Cette matinée-là n’était pas comme les autres ; je me suis réveillé avec le souvenir d’un rêve bien étrange. 

 

Joyeuses fêtes de Noël, je disais au président d’un pays appelé Utopia, et il m’a répondu avec une gentillesse qui révélait une totale adhésion à ce qu’il disait : joyeuses fêtes à tous les enfants de la terre. 

 

Heureux d’une telle magnifique rencontre avec quelqu’un qui, au sommet, dirige un pays jeune et puissant. Une fois réveillé je me suis posé la question de savoir si sans le christianisme une telle fête de l’enfant, de tous les enfants, aurait eu lieu.

 

La réponse fut immédiate, oui sans doute, car la religion chrétienne, quelle que soit son influence sur la société ambiante, n’est plus à la page. Et cela, bien que pas seulement pour cette raison, depuis que l’on a inventé la pub. 

 

Dans son élan missionnaire qui fait partie de son ADN, la religion chrétienne s’est fait désormais distancer par les intérêts commerciaux qui deviennent omniprésents. 

 

Les intérêts commerciaux sont finalement seuls autorisés à être présents en tant qu’influenceur majeur pour ne pas dire unique sur ce terrain de communication, dont “les largesses” géographiques n’ont rien à envier à leurs homologues financiers, l’un étant proportionnel à l’autre. 

 

Le pouvoir est à ceux qui l’exercent, (je n’ai copié personne dans cette formule, mais je suis quasiment certain que quelqu’un d’autre l’a déjà inventée avant moi, ce qui modère bien l’originalité de mon propos).   

 

Fort d’un tel constat, nous ne pouvons que nous incliner devant un rouleau compresseur qui dicte les goûts et oriente les envies. Et la pub est faite pour cela.

Intrigué par une information trouvée sur internet au sujet de la récupération par les nazis des calendriers de l’Avent au profit de leur propagande, je me suis vite rendu compte que le pouvoir est aussi aux responsables politiques qui gèrent à leur façon ce type de réalités.

Hitler s’est vite rendu compte de l’influence de tels outils de communication sur les catholiques, influence jugée néfaste pour sa politique. 

 

L’histoire des calendriers de l’Avent remonte à la fin du 19e siècle. Tout au début, il s’agissait de rassembler les pages du mois de décembre pour faire patienter les enfants jusqu’à Noël et ses cadeaux. C’est une manière comme une autre de récupérer la religion au service de la bonne éducation des enfants. 

Et de le faire de cette manière-là n’est pas forcément une mauvaise chose du point de vue de l’influence de la religion sur les enfants. 

Le problème apparaît clairement lorsque cette récupération pédagogique ne sert qu’exclusivement l’éducation des enfants, peu importe le fondement religieux. 

C’est un problème relatif, car même dans cette perspective, la religion exerce encore de l’influence sur les enfants. Et, dans une perspective radicale d’éradication, tant que cela existe quelque part, cela peut représenter une réelle menace pour la société et doit être extirpé jusqu’à la plus petite trace. 

 

Mais là on serait dans une traque des signaux faibles, et avec un jeu pareil aux allures de comportements névrosés, on ne finira jamais. 

 

Les contacts des enfants de Hong Kong avec la religion chrétienne qui suivent leur scolarité dans des établissements catholiques font qu’un certain nombre d’entre eux, adolescents ou une fois adultes, demandent le baptême. 

 

D’ailleurs, il serait intéressant de connaître les statistiques comparées avec la situation en France à cet égard. 

Mais il est si facile de se couper de la source en tant que vivier culturel qui recèle en son sein les germes de la foi, et ce toujours pour des “bonnes” raisons. 

 

Dans ce contexte on n’a pas besoin d’un système politique coercitif, c’est pour des raisons pratiques de facilité qu’une telle coupure se produit. 

 

Je suis conscient du fait que d’autres facteurs jouent en faveur d’un tel éloignement, les derniers soubresauts qui traversent les communautés et l’Église catholique dans son ensemble le prouvent.

 

Tant de catholiques se sont éloignés de la foi, en se contentant de la fonction éducatrice des enfants. L’Église elle-même dans ses visées pastorales n’a pas toujours été très claire non plus. 

 

Et pourtant, quitte à insister, rien de mal en soi dans la première approche de la religion de procéder ainsi, à savoir initier par le calendrier de l’Avent par exemple. Si toutefois le cœur dit à l’adulte d’aller plus loin pour accompagner les enfants et se laisser entraîner pour approfondir les données de la religion. 

 

C’est ce qui arrive souvent aux parents qui de la sorte accompagnent leurs enfants sur le chemin de la foi qui devient aussi le leur.  

Cependant la question est de taille. Qui a le droit d’influencer les autres, et plus particulièrement les enfants dont la malléabilité est bien plus grande que celle des adultes ? 

 

Cela pose la question de l’exercice du pouvoir et par là même des abus éventuels, comme est mis au grand jour ce qui se produit dans le secret de certaines relations. 

 

En espérant que l’Église de France parviendra à donner le la à d’autres Églises locales, mais aussi agir sur les réalités sociales pour en faire un travail de vérité comme elle semble vouloir le faire pour elle-même.

 

Qui règne sur ce terrain et d’où tient-on la légitimité pour le faire ? Comment est-il partagé entre la famille et la société ? Le pouvoir in fine est toujours exercé d’en haut vers le bas. 

 

Dans la société, ce pouvoir est exercé au nom d’un bien supérieur par rapport au contenu des valeurs existantes dans le cercle familial ; la société et la famille le partageant souvent de façon similaire, mais parfois bien dissemblables.  

Les champs multiples d’actions et donc d’influences, presque à l’infini, que représente la civilisation de ces dernières décennies par l’entremise des moyens de communication, font nettement pencher la balance vers le côté extérieur à la famille. 

A moins que la famille ne soit totalement en phase avec ce qui lui parvient de l’extérieur, car poreuse et sans aucun filtre. Mais, même s’il y a dans le flux d’images et de paroles bien des choses constructives pour le développement humain équilibré de l’enfant, une telle situation est d’une dangerosité extrême. 

On le sait bien, le numérique, ce nouveau venu sur le terrain où s’exerce un tel jeu d’influences, en est déjà bien saturé. Dans le filtrage indispensable, il ne s’agit plus seulement de l’accès au contenu, mais de la raison pour laquelle on le fait. 

 

Il est évident que sans exercer une sélection, une sorte d’anarchie viendrait régner sur de tels réseaux, ce qui déjà se constate parfois, lorsque l’on donne la parole à tout le monde. 

 

Comme il est difficile de faire un bon usage de nouveaux moyens de communication, qui sont de plus en plus puissants dans l’exercice d’influence sur l’environnement humain. 

 

Rappelons-le, il a le droit d’influencer les autres, celui qui a le pouvoir de le faire. C’est un simple constat le plus objectif que l’on puisse établir. 

 

Trois étapes de l’évolution dans la manière d’aborder le calendrier de l’Avent le prouvent. Les pages du calendrier que les enfants découvraient chaque jour étaient d’abord remplies de “bonnes paroles” tirées de la Bible etc. Puis on les a enrichis des chocolats que l’on découvrait dans les petites fenêtres.

 

La troisième étape est celle de la récupération nazie ou autre. De la dimension purement religieuse, malgré son caractère utilitariste bien que souvent accompagné des bonnes intentions émanant de la toute bonne foi, on est passé à la dimension commerciale, puis à la dimension purement idéologique. 

 

Cette double alliance du commerce et de l’idéologie prédomine dans certains pays en reléguant la réalité religieuse et spirituelle au domaine strictement privé. Alors que dans d’autres on ne constate que la pure et simple élimination de tels réquisits de la religion jugés comme néfastes, car sentant la naphtaline et provoquant des éternuements de l’inconfort au contact de la poussière des sacristies.  

 

Hitler a fait remplacer les personnages de la crèche par lui-même et ses semblables, et à la place de chocolats il a mis les tanks et les mitrailleuses. S’il a fait ainsi, c’est pour passer du soft power du christianisme au hard power de l’humanité nouvelle, fondée sur la conscience d’une supériorité des forts sur les faibles. 

Une telle tautologie échappe souvent aux analystes, car il est évident que le christianisme n’a jamais voulu devenir plus fort autrement que par la puissance de l’amour qui se révèle dans sa faiblesse comme cet enfant de la crèche. 

Le christianisme affirme cela comme une vérité fondamentale qui concerne tout le monde. Les sciences qui étudient la psychologie du comportement humain semblent actuellement lui donner raison. C’est dans la faiblesse que l’on trouve la force, faut-il encore comprendre ce retournement à la lumière de l’amour qui chasse tout orgueil et suffisance. 

Et avouer une telle faiblesse, c’est se rendre compte à l’évidence qu’il n’y a pas que la ligne du hard power pour conduire le monde et éduquer les enfants. Sans tomber dans le piège de la pédagogie positive, il suffit de regarder l’apport de Confucius à la culture chinoise pour savoir que l’humanité ne peut que s’enrichir de tels apports.  

 

Mais pour le christianisme cela ressemble davantage au chemin de la croix qu’à un parcours de santé publique. Tout en veillant à le préserver du syndrome de victimisation parfois aux allures d’autoflagellation, il est évident que la crise de la foi, touchant par une nouvelle vague le christianisme dans la société dite moderne, risque d’être remplacée par la crise du foie, et ceci pour deux raisons. 

 

Par l’indigestion provoquée par le trop de chocolat et autres foies gras, accompagnée de l’indigestion due au surdosage de l’injection d’une substance collagène que contient tout gonflement idéologique à caractère commercial ou purement politique, pour remplir tout l’espace mental. 

 

Bienheureux qui sait distinguer, d’une part entre les bonnes et mauvaises crises de la foi, et d’autre part entre les mauvaises crises du foie provenant de la malbouffe souvent bien alcoolisé en lien avec les problèmes liés aux prédispositions génétiques que l’influence extérieure peut aggraver et le bénéfice que l’on peut en tirer malgré tout, une fois l’avertissement du danger accueilli.

 

Même à l’époque moderne, les calendriers de l’Avent ont beaucoup de succès chez les enfants dans les familles catholiques. 

 

Et les calendriers de Noel et leur contenu purement chrétien ont bien survécu aux bourrasques nazies, car pour la plupart leurs propagateurs et les influenceurs ignorent purement et simplement la puissance d’une telle récupération.

 

Et tant mieux, heureux les innocents qui savent se préserver et les autres avec. 

 

Leur influence sur l’ensemble des catholiques est pourtant bien limitée. 

 

Bannir les signes religieux de l’espace public dans les pays à forte présence chrétienne, voire catholique, pour contenir une influence jugée néfaste pour la société moderne, c’est faire comme Hitler autrefois.  

 

Plus d’un tiers de catholiques en Allemagne à l’époque des nazis, c’était décidément trop pour gouverner de façon efficace. 

 

Si on quitte le terrain névrosé sur lequel on voudrait éradiquer tout soupçon d’une présence religieuse, et admettre la présence d’une religion, quel est alors le pourcentage jugé admissible d’une influence jugée mauvaise par les pourvoyeurs politiques ? Qui peut le savoir ? 

 

Joyeuses fêtes de Noel, et n’oubliez pas de manger un peu de foie gras levant le verre de blanc en guise de toast pour tous les enfants de la terre et leur bien-être.