1.  10 recettes?

Lorsque ce samedi 7 février, j’ai reçu deux enveloppes contenant chacune un exemplaire du livre intitulé « 10 recettes pour éviter  de se séparer », je ne savais pas quoi en penser. Sur chaque enveloppe la même adresse,  « à l’intention du p. Remy », puis une partie d’adresse, sans signature, un intermédiaire, un porteur qui a déposé le colis et qui, sans doute s’était considéré pas très important. Mais le commanditaire n’était nullement mentionné. Ce qui rendait le décryptage  de la situation difficile, surtout dans le contexte personnel où je me trouvais.

Plongé dans des luttes « intestines » de mon corps contre une méchante grippe, qui,  elle ne voulait pas entendre parler de la séparation, j’avais la tête ailleurs. Oh, oui, effectivement, deux exemplaires, un souvenir d’une conversation téléphonique me revint, c’était à deux jours avant le départ d’Alexandre après une dizaine d’années de séjour à Hong Kong. Nous étions sur Wan Chai en train de faire quelques courses chez l’Armée de salut. 

Profitant des écouteurs, nouvelles générations, qui fonctionnent selon le principe de résonance extérieure que les oreilles internes analysent et envoient au cerveau qui fait le reste, je pouvais converser, sans être coupé de l’extérieur. Certes! Dans une rue bruyante, une conversation est plus difficile mais possible, par ailleurs, quelques jours plus tard, moi-même je partais aussi  en voyage (en Asie). J’ai eu en effet une conversation avec une femme qui souhaitait avoir mon appui pour un projet éditorial. 

Elle n’avait que quelques minutes de disponibles profitant de la pause entre deux patients, moi la rue qui séparait les deux endroits différents, Alexandre absorbé par ses propres affaires marchait pas loin. Elle me fera parvenir deux exemplaires du livre qui sera présenté à Parenthèses  dans les semaines à venir.  C’est comme souvent, la relation en commun qui nous a fait nous connecter. 

2. 7 février 

C’est le jour où se déroule la journée de formation pour les fiancés à Sha Tin sur le dialogue dans le couple, essentiellement, alors que je suis au fond du lit. Je regarde la page de couverture au design propres aux livres de cuisine. Avant de réaliser ce qui en était, ma réaction immédiate était la suivante: sans doute une bonne âme a voulu me faire éviter de m’ennuyer  durant une lente convalescence, et que le deuxième exemplaire soit la suite. 

Mais pourquoi des recettes de cuisine ? Qui veut me protéger et de quelle séparation.  Je comprends que les recettes de cuisine c’est juste une expression, comme pour dire « Mon Dieu, qu’est-ce qu’ils sont bêtes! », Dieu fait partie du décor, il est évoqué par habitude, juste pour des raisons purement utilitaires. Ici la cuisine est concernée par les recettes du bonheur à maintenir. 

Me séparer de la grippe, oui, et de ce pas, mais ça ne marche pas comme cela. Il faut mettre en place tout un protocole favorable, s’assurer de sa bonne application et attendre le résultat escompté. Qui arrivera en son temps. Pour ne pas se séparer c’est semblable.

3. Tous les ingrédients secrets d’une relation épanouie

Si je n’avais pas eu ce contact préalable, introductif m’initiant au pourquoi du comment, en trouvant ce livre dans un point-relais d’un mall ou d’une boutique d’aéroport, je serais passé à côté sans m’attarder. D’autant plus que les 10 recettes ont pour sous-titre « Tous les ingrédients secrets d’une relation épanouie. » Il n’y a pas mieux que d’indiquer où se trouve le secret qui peut vous concerner. 

En faisant ce triste constat: encore un livre qui contient des solutions secrètes, il suffit de l’acheter, pas cher, un papier journal ou presque, dans une édition Poche-Marabout. Et ça marchera, ou pas mais c’est désormais le problème d’éventuel lecteur. C’est incroyable que les gens marchent sans sourciller.  Et en plus ce Marabout ne sonne pas très chrétien, alors que je suis contacté en qualité de prêtre catholique. 

Soit, marabout est un pieux Hermite, saint de l’islam, dont le tombeau est un lieu de pèlerinage, en Afrique un musulman sage et respecté…, c’est pratiquement tout ce que je trouve sur l’Internet comme explication du mot marabout. En effet, il y a une proximité spirituelle. Celle-ci ne me déplait pas.

Pour me rafraîchir la mémoire, je suis allé chercher aussi des infos sur la maison d’édition. 

4. Marabout 

«  Année de création : 1949

Marabout, qui fut pionnière du livre de poche francophone lors de sa création, ne cesse d’innover et de se réinventer. La maison d’édition s’est résolument orientée vers le livre pratique. Marabout est rapidement devenue le leader de ce marché grâce à sa capacité à allier sujets tendance, graphisme soigné et prix ajustés.

Le catalogue couvre de nombreux domaines : cuisine, santé, éducation, bien-être, nature, jardin, loisirs créatifs, jeux, sport et s’enrichit régulièrement de nouvelles collections ou de concepts novateurs qui rencontrent un vif succès auprès d’un large public y compris à l’international. Marabout explore aussi l’univers de la BD avec la collection Marabulles ; celui du polar avec BlackLab et l’univers du roman avec La Belle Étoile. »

C’est dans la catégorie éducation, bien-être, qu’il faut situer ce livre. Mais en premier cela concerne les recettes de cuisine. Et alors, c’est trois fois par jour que le corps en est concerné et l’esprit en dépend y compris lorsqu’il s’en abstient.

5. Ce secret qui nous tient

Avant même d’entrer dans le vif du sujet, si ce genre de livre pullule chez les éditeurs, et que c’est sous cette forme accessible à tous pour révéler le secret à tous, c’est qui veut dire que si ce secret avait été bien gardé, il ne serait pas communiqué à tous, mais uniquement à des initiés et ce au prix  d’un silence que les initiés  ne sont pas prêts à rompre. 

Là,  le secret est à rompre, on le fait à bas prix. Le bénéfice de la démocratisation dépasse les intérêts des recettes de coca cola ou de la chartreuse.

C’est le secret de la vie de l’auteur qui, bien de façon pudique mais en arrière-fond nette, se présente au lecteur, à qui elle confie qu’elle aurait aimé tomber sur un livre semblable bien plus tôt, et qui l’a beaucoup marqué : « Christine l’admirable », une sainte du 13 siècle aux mœurs un peu particuliers (pour éviter tout contact avec les autres humains, elle vivait dans les arbres). 

Isabelle Jordan met Christine l’admirable en contraste avec la situation d’une autre, celle-là une illustre connue, Agatha Christie, qui après avoir refusé 9 prétendants, en a accepté un qu’elle épousa le lendemain, qui une dizaine d’années plus tard a simplement constaté qu’il aimait une autre. 

Dans les deux cas bien extrêmes, la même souffrance et la même difficulté, trouver un juste milieu entre les différentes solutions, déception toujours, ou alors comment  la sainte du moyen-âge a pu échapper à la déception, mais le livre devrait garder lui aussi ses secrets. 

6. février 23 Isabelle Jordan a Parenthèse

Lundi matin je trouve le rappel de la soirée, j’en ai dû rater l’annonce principale qui était faite durant ma douce convalescence pour retrouver l’harmonie de mon corps avec mon esprit dont ils forment un couple inséparable jusque ad mortem, en effet rien ne pourra nous séparer excepté la mort, mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

Aussitôt, je décide de relayer l’information sur les canaux de la CCFHK, moyennement appréciée, car sans signature de l’auteur, une erreur éditoriale de ma part. Nous nous sommes expliqués au conseil pastoral qui a eu lieu le lendemain. 

Il n’en demeure pas moins qu’après Marabout et les casseroles que traînent les couples en difficulté, que l’auteur aidé de l’éditeur essaie de transformer en pot-au feu dont les vapeurs s’échappant de la marmite entrouverte comme la bouche déjà prête à consommer, s’additionne cette remarque très franche qui exprime l’étonnement de voire une annonce pareille sur les réseaux de la CCFHK.

Et ce que je  trouve à la librairie n’est pas de nature à me rassurer. Sauf deux organisatrices et l’auteur, il n’y a que des hommes, plutôt jeunes. L’étonnement partagé puisque d’ordinaire ce sont les femmes qui viennent très majoritairement à ce genre d’événements. L’étonnement est un peu estompé par l’arrivée de quelques femmes, évidemment pas un seul couple.

7. Depuis 1973 divorce par consentement mutuel. 

Les couples modernes se forment et vivent leur relation sans filet. Un constat partagé par tout le monde. Pas de référence au passé qui garantisse le filet  de sécurité fourni par la tradition, sauf quelques tradis plus ou moins tradis, personne ne se réfère plus à ce passé. 

Il faut tout inventer en se considérant comme le seul responsable et maître à bord, et souvent sans être capable (c’est moi qui parle) de distinguer entre bâbord et l’autre côté, on se prend très vite les pieds dans le filet.

Mais les spécialistes sont là pour analyser les échantillons des situations vécues, faire des statistiques pour trouver quelques constantes. Parmi ceux-ci se trouvent

5 poisons :

Comparaison

Perfectionnisme

Jugement 

Contrôle 

Sacrifice (donner quelque chose que l’autre n’a pas demandé et sans le dire, une double peine) 

8. 9 chapitres

1. Bien regarder l’autre sur toutes les coutures. (« l’amour ne dure que 3 ans ») le temps de construction qui  succède à celui de déconstruction. 

2. Faire un grand ménage avant de s’installer (distinguer entre ce qui appartient à l’autre et ce qui appartient à la famille d’origine, l’arrivée de l’enfant le vérifie)

3. Le rythme (problème de communication, important mais n’est pas l’objectif en soi et n’est pas la solution miracle)

4. La sexualité (un des éléments de vérification)

5. L’argent (héritage, même matériellement parlant si on n’a rien hérité)

6. Le conflit (arrêtez d’être gentils soyez vrai) à distinguer de l’agissement  qui ne se règle pas par le compromis; conflit à cause de l’erreur d’interprétation, ou de sentiment d’impuissance. Essayez de remettre du pouvoir dans l’impuissance. 

7. La trahison (pas seulement sexuelle) mais qui aussi est destructrice. Le travail d’accompagnement pour dépasser la peur s’impose.

8. Gérer les enfants, le couple devient parental et doit veiller à son espace propre. 

9. La place du travail (les séparations après la retraite, des études faites aux USA, mais pas en France) 

Suit l’échange avec l’auditoire : 

-Travail en Visio. Protections qui rassurent, ça aide à respecter l’intimité.  

-Le livre suivant : la consolation après le chagrin d’amour. 

-À quel moment il vaut mieux se séparer ? 

Difficile question, car je ne sais pas ce qui est bon pour vous, donc je ne peux pas vous donner de conseil. 

Qu’est-ce qu’une bonne séparation ? etc

Donc les questions ne portent pas sur comment éviter de se séparer, mais comment engager le processus de séparation, dans les meilleures conditions tant qu’à faire.

9. Le reste est à écrire dans les cœurs et les corps des concernés.

Des recettes, pas vraiment, plutôt un guide d’accompagnement  sur le chemin de changement désiré et à opérer. Savoir faire mijoter un pot au feu pour consumer l’union a trouver ou retrouver, c’est important. 

Savoir éviter des pièges des projections et des sous-entendus qui ne conduisent pas aux malentendus, c’est du bon sens.  En somme, suivant le vieux sage suisse Paracelse du 16 siècle, savoir doser les cinq poisons (comparaison, perfection, jugement,  contrôle et sacrifice, dont la présence est inévitable) pour que cela se transforme en médicaments, c’est la question de proportion que l’expérience des autres indique et la sienne prouve.

Mais le plus important est de savoir quel est l’objectif de la vie à deux, sous quel régime matrimonial est-elle réellement envisagée et vécue? Le livre ne donne pas de recette pour savoir comment sauver un couple, dont les partenaires se sont jurés la vie à deux ou pas. La perspective chrétienne et catholique d’un mariage unique n’y est pas à l’ordre du jour. 

Peut-on s’étonner, mais on ne peut pas ignorer que ce livre n’est pas une recette pour une vie spirituelle réussie qui nécessairement ne passe pas par un tel impératif. Nécessairement? Il peut y avoir de la spiritualité dans une vie de couple occidental sans référence à une religion quelconque, c’est bien évident. Et de plus, des erreurs de casting sont constatables à souhait dans les mariages religieux et souvent la seconde union, éventuellement celle-ci sacramentelle, si la première ne l’était pas, est solide à vie et prouve une meilleure résistance à l’usure du temps. 

En France, le nombre de familles recomposées a diminué de manière significative (la preuve du réel emporte, c’est usant et compliqué à gérer) et donc on divorce moins. Est-ce le signe que la société a déjà touché le fond pour enfin rebondir et envisager l’avenir en couple sur des bases nouvelles. Oui sans doute, mais cela se fait pour le moment par la croissance continue du nombre de célibataires et par l’augmentation du nombre des couples sans enfant mais avec un animal de compagnie qui dépasse le nombre de couples avec enfant(s).

Que c’est un phénomène mondial et que cela concerne la partie du monde riche en bien matériel dont l’individu peut jouir, on le sait depuis longtemps. Et par-dessus tout, suivant cette logique, pour ne pas risquer de divorcer, on ne se met pas en couple. Tout comme pour ne pas risquer de mal éduquer les enfants (et pour quel avenir), on en a pas du tout. 

Et à la place de la vie de famille, on apprend à vivre seulement le chagrin d’amour provoqué par la mort (pour la majeure partie de cas provoquée par l’anesthésie inévitable! pour ne pas trop faire souffrir la pauvre bête) des protégés qui arrivent plusieurs fois dans la vie des humains dont l’espérance de vie est multiplié par 5-6. On n’est pas encore au stade de vouloir mourir avec. Et tant mieux. 

10. Épilogue

L’intérêt du livre est dans son applicabilité à toutes les situations de couples ou pas,  tous, nous avons à éclairer nos lanternes sur nos rapports aux autres  et surtout à soi-même et pour ce dernier exercice nous n’avons pas besoin des autres. Nous n’avons pas besoin des autres pour constater que les cinq poisons sont en chacun de nous. Et que toutes les recettes contenues dans le livre, ou imaginable par ailleurs, ne décrivent finalement que notre manière d’être avec les autres, couple ou pas. 

Avant de venir à la soirée, je suis allé chez le dentiste et pour tuer le temps et les mauvaises sensations que génère (chez moi!) la présence dans un cabinet dentaire, j’ai presque terminé la lecture du livre. C’était pour me distraire en regardant les  malheurs potentiels des autres. Mais en filigrane perlait des petites gouttes de prise de conscience que tout cela n’est pas si éloigné de moi-même et que peut-être cela n’était pas une bonne idée que de prendre un livre pareil à ce moment. 

Une fois arrivé à la soirée, au cours de  l’échange, j’en parle. Et à la fin de la partie officielle une jeune chinoise (rare femme) qui a appris le français sur l’Internet m’a semblé intérressée par mon expérience chez le dentiste. Elle est dentiste. Bienvenue dans le monde de projections et du dosage des poisons pour calmer les esprits et la douleur. 

Finalement je ne regrette pas d’avoir lu ce livre chez le dentiste, cela m’a presque aguerri, car sur le fauteuil je n’ai cessé de remercier l’Eternel de m’avoir offert (pas gratuitement, rassurez-vous) un spécialiste qui me permet de retrouver mon harmonie de couple entre mon corps et mon esprit, les deux étant inséparables jusqu’à la mort qui n’est pas à identifier avec la mort d’une dent qu’il va falloir extraire. 

Souvent, ce qui fait le plus mal, c’est l’idée d’avoir mal que le mal lui-même. Sur ce, à la prochaine fois, peut-être!? Sans trop de mal.

FIN