Boxing day

 

Depuis que je suis prêtre, c’est une tradition chez moi, comme pratiquement pour tout prêtre engagé dans le travail pastoral auprès des communautés célébrantes, de partir pour quelques jours de repos après Noël et Pâques. Pratiquée en France, après quelques années, j’ai aussi repris cette habitude à Hong Kong.

 

Durant toutes ces années-là, j’ai passé “Boxing day” entre Paris, Londres et Bognor Regis, ou Hong Kong et Johannesburg ; ou encore de façon moins exotique, avec quelques amis prêtres en France surtout dans l’Yonne, sans oublier des déplacements plus familiaux en Pologne. Ce dernier printemps entre Hong Kong, Pékin et Ałmaty. 

 

C’est dans l’avion embarqué à Pékin que je mesure, de façon auditive, la proximité géographique, presque frontalière entre les deux grandes langues et cultures, civilisations mêmes. Le chinois et le russe sont deux langues majoritairement parlées dans cet avion. C’est l’effet de l’expansion économique pour le premier et les restes de la domination dans toute la région encore dans le passé récent de l’autre. Auquel il faudrait ajouter l’influence de la langue arabe véhiculée par le Coran qui, portée sur la vague de l’influence musulmane, en expansion constante dans la région, s’y affirme et réaffirme comme une force avec laquelle il faut compter.

 

Lors de ce déplacement, je suis aussi frappé par la rudesse de certaines employées ou passagers (voir plus loin) de l’aéroport de Pékin, à la limite de la brutalisation. Sans doute j’exagère car je me mets à réfléchir en russe qui, dans la description des événements et des émotions qui les accompagnent ne connaît que des extrêmes, (oczen, beaucoup, très, trop etc). Cela tranche avec le fou-rire de deux hôtesses, en voyant comment un passager a fait déplacer un autre pour gagner du temps dans l’évacuation du couloir. Belle est la vie ! 

 

Le rappel à l’ordre pour le respect des règles de sécurité à bord est fait par une voix pas très humaine, l’IA sans doute, qui semble taper dans les graves presque métalliques, sans doute aussi dans le but d’impressionner. C’est la première fois que j’entends une telle insistance, sans aucun doute nécessaire, sur les respects de la loi dans un avion. Et cela complète à sa façon la liste des aspects propres à un déplacement géographique, réellement physique que le mental enregistre et la conscience constate. 

 

Bien installé, après le repas de bonne qualité (classe économique) je me mets à écrire un podcast sur le Forplay. L’atterrissage se fait à la régulière, mais trois heures de différence, je n’y ai pas fait attention, c’est la première surprise. La seconde est que je vois des gens en vêtements légers. Moi qui ai tout préparé pour affronter l’hiver. 

 

Déjà sur place, la seule chose à visiter c’est la montagne, dit mon hôte et mon contact jusqu’à maintenant virtuel qui désormais devient bien réel lui-aussi. J’irai demain, finalement pas, le plan est changé. Pour ce qui est de la plus grande surprise qui est liée au transfert de l’aéroport jusqu’à chez les franciscains, cela mérite un chapitre à part. 

Combien ça coûte?

 

Une fois la douane passée, la valise récupérée, à la sortie de l’aéroport, je suis assailli par un homme (les autres étaient tenus en embuscade) qui veut proposer le taxi pour 30 US dollars. Je sais que c’est trop. Alors un homme muni d’un badge taxi surgit et m’accompagne pour me montrer les vrais taxis. Mais il m’abandonne au milieu du chemin. Je suis assailli de nouveau, je refuse plus catégoriquement. Je rentre à l’intérieur et demande à un autre agent de m’indiquer un vrai taxi. Ce qu’il fait en disant que la somme sera indiquée sur le compteur. Le chauffeur d’une voiture banalisée me montre sur son tel le compteur à zéro. Je monte rassuré. Une grave erreur, je ne me méfie pas assez.

 

On arrive à destination, devant une église (cathédrale même). Il est presque minuit. Tout est fermé, à l’arrière se trouvent deux maisons. Le portail ouvre légèrement mais ne cède pas, on fait le tour, le chauffeur montre le compteur. 50 miles, ce qui fait 50 dollars, je proteste, il se fait menaçant, j’interpelle un passant qui vérifie sur son portable: 52 mille et des poussières. 

 

Je capitule, je veux entrer dans la maison, mais aucun moyen, je demande au chauffeur d’appeler le numéro indiqué, il copie le numéro, très difficilement, puis appelle, mais le correspondant n’est pas joignable. Il me passe le wifi, j’appelle depuis le mien, sans réponse, deuxième essai, puis sur son téléphone le franciscain répond. Je suis sauvé. Cela m’a coûté 10 fois le prix réel. 

 

Conclusion, il ne suffit pas d’être vigilant, il faut encore se méfier de ses propres raisonnements, et surtout mieux préparer les voyages à haut risque. J’ai en toute évidence sous-estimé le degré du risque. A l’aéroport, ils étaient tous de mèche, qui s’est allumée dans ma tête à ne pas pouvoir m’endormir. La bonne nouvelle, si je fais plus attention, demain et mercredi, les dépenses devraient être moindre que l’offrande d’aujourd’hui. 

 

Tout de même, je n’ai jamais vu un pays aussi tordu dans la corruption. L’hôte m’a confirmé que c’est un sport national d’une envergure qui donne le tournis quand on y pense surtout sur l’ampleur. Le gouvernement organise régulièrement des réunions avec les représentants des différentes religions. Un pays majoritairement musulman, les représentants de l’slam, interpelés à ce sujet, répondent que ceux qui ne sont pas honnêtes ne viennent pas à la mosquée. 

 

Tout un sujet à réfléchir qui se met en place dans ma tête. Vive l’honnêteté ! Et vive la nuit de sommeil qui n’a pas été très longue, mais suffisamment reposante pour affronter la journée encore pleine d’autres surprises. 

 

La première surprise du lendemain venait du fait qu’il me fallait absolument enregistrer une application pour avoir la connexion en dehors du wifi. J’enregistre une ECart, je paie 14 US dollars et… ça ne fonctionne pas. Puis à l’aide de mon hôte, une autre, turque, très pratique selon lui. Je le fais avec son aide, 6 USD partent de mon compte, pareil, cela ne marche pas non plus (en fait je n’ai jamais vérifié si le compte était réellement débité ou non, mais je le ferai un jour). 

 

Le franciscain essaie avec un QR code photographié, finalement sans savoir comment, il enregistre l’application ECart sur son IPhone, et chez lui cela marche! Il va la garder, cela va lui servir. Pour résoudre mon problème, il décide de m’amener dans une boutique pour acheter une carte physique. En effet, je l’ai compris plus tard, mon téléphone refuse obstinément des Cartes électroniques, bien que réelles mais sous forme virtuelles.

 

On marche donc vers le quartier commercial, où on trouve une boutique qui propose un service, mais cela ne marche pas non plus, la raison en est la nouvelle réglementation ou quelque chose dans ce genre. Puis, Tele2 fait affaire, non sans difficulté non plus, on a failli aller ailleurs. Finalement le vendeur a eu une idée: couper le téléphone et rallumer. Simple, mais on n’y pense pas toujours.

L’horizon d’Astana

 

Ouf, maintenant je peux essayer de contacter l’évêque d’Astana, car les tentatives depuis Hong Kong n’ont rien donné. Cette fois-ci non plus. Pas de son, aucun de deux numéros ne répondent. Après moult essais, avec le concours du curé de la cathédrale qui habite avec les franciscains, on y réussit. La secrétaire répond, l’évêque aussi. Je me présente, c’est toi, Remigiusz!? A l’époque on se tutoyait, viens je t’attends. Je suis surpris pas son accueil direct, cordial. 

 

Dans les derniers préparatifs pour aller à Astana, je suis avec le curé qui visiblement prend le relais du responsable de la communauté franciscaine qui, tellement préoccupé par ma connectabilité, allait enfin prendre les médicaments oubliés le matin. Qu’il ne tombe pas malade à cause de moi, il ne manquerait plus que cela. 

 

Le curé, comme les franciscains, est aussi de Varsovie. Il est prêtre diocésain de Praga, la partie de la rive droite de la capitale polonaise. Il a connu Mgr Hoser, mon confrère pallottin, avec qui j’ai travaillé à Paris pour le seconder dans la gestion de la congrégation en France dans les années 2000. 

 

Une fois arrivé en Pologne pour prendre le poste d’archevêque de Varsovie-Praga, pour le discréditer, les communistes polonais l’ont accusé d’avoir déclenché le génocide au Rwanda en 1994, me dit le prêtre de Varsovie. 

 

C’est trop d’honneur, une pensée sarcastique effleure ma conscience. Mgr Hoser était en effet le Supérieur de la région de Rouanda et très engagé dans le planning familial aux cotés de la femme du président assassiné ce qui a déclenché le génocide.

 

N’empêche que, après son décès en 2021 à la suite du covid, les premiers signes de dévotion populaire en Pologne et ailleurs à l’égard de cet homme, Henri Hoser, médecin, prêtre et évêque, convergent en faveur de la préparation du dossier le concernant en vue de la démarche visant la reconnaissance des vertus héroïques, vertus dont j’ai été témoin et que je reconnais dans mon fort intérieur.

 

Pour moi à Almaty, l’étape suivante consiste à acheter le billet, départ dans deux heures et demie, il reste trois places et le lendemain j’arriverai d’Astana à Almaty juste à temps pour prendre le vol pour Bishkek. L’évêque lui-même viendra me chercher à l’aéroport. Je suis tellement chanceux, il me faut maintenant savoir comment me rendre à l’aéroport. 

 

Suivant le conseil, j’enregistre l’application dédiée, il faut attacher le mode de paiement, celui-ci étant fait, je commande le taxi (Uber), finalement le paiement se fait autrement, je ne comprends rien, mais ça marche. 

 

Je n’ai rien vu de la ville d’Almaty, sauf le centre-ville lors de l’incursion faite à la recherche de la planche du salut pour pouvoir surfer sur le WEB et commander les billets et Uber. En revanche, ce que j’ai pu entendre lors de ces si brefs échanges, surtout avec ces deux, gardien de la communaute et curé, m’a permis de comprendre un tout petit peu pour savoir comment va la vie ici, dans ce pays, de là-bas. 

La rencontre

 

Encore un peu de turbulences et ça devrait être bon de pouvoir poser le pied à terre. Atterrissage, comme amarrage ou même alunissage (j’aurai préféré lunage, un néologisme revendiqué), toutes sortes de tricotages entre les fils du temps et les fils de l’éternité se trament et laissent peu à peu place pour faire apparaître la grammaire de la vie. Dans le fuseau, grand comme un cigare flambé par derrière, j’admire l’efficacité et la beauté du “tramway”. My way!

 

Une fois accueillie, une expression de la part de l’évêque, Tomasz Peta, à qui je viens de rendre visite à Astana attire mon attention. Au Kazakhstan, dit-il, nous sommes à mi-chemin entre Hiroshima et Fatima. Très parlant! Il est au Kazakhstan depuis 36 ans et évêque depuis? Il attend “sa délivrance” en août, l’âge canonique pour être relevé de ses fonctions, la lettre est déjà envoyée au Vatican. 

 

Une belle rencontre après 50 ans. J’égraine dans ma tête et devant lui ou devant d’autres toutes mes connections kazaques. La grande mère de la jeune française baptisée à la collégiale de Montmorency au début de ce millénaire, les origines Ukrainienne et kazaques d’une amie de Poznan née en Allemagne lors de la seconde guerre mondiale dans un camps à la frontière franco-suisse, et évident le curé actuel de ma paroisse natale en Pologne, ancien missionnaire, ou encore Gregor né ici et travaillant comme Prêtre dans le Val d’Oise. Sans oublier Alexandre, pallottin qui y a passé du temps durant des années occupé à gérer la mise en place de la catéchèse en Sibérie et dans l’étendue de la grande steppe. Mais aussi l’un ou autre missionnaire américain ou un autre encore. 

 

Le matin, en présence d’une douzaine de fidèles, la messe à 7 h à la cathédrale présidée par l’évêque. Je concélèbre avec un autre prêtre polonais très avancé en âge qui fait une courte homélie après les lectures y compris celle de l’Évangile, toutes assurées par l’évêque lui-même.  

 

Après la messe j’y reste saisi par la statue du ressuscité, exactement la même que celle de mon enfance avec la trace rouge de son cœur transpercé. Une communion au-delà de 50 ans et plus. 

 

Au petit déjeuner, je me fais parler russe, mon voisin de table est un autre évêque (émérite) d’origine allemande né au Kyrgyzstan, polyglotte et écrivain. Je lui offre deux livres en français, content d’alléger un peu ma valise. Il me questionne sur mon séjour en France et à Hong Kong. 

 

Presque sans transition, il me propose de venir enseigner l’ecclésiologie au séminaire. Et mon collègue du séminaire, Mgr Peta, tente sa chance en m’invitant à travailler au Kazakhstan. Les formations, les conférences, les retraites etc, je veux bien, mais pour ce qui est d’y travailler de façon stable, j’objecte en mettant en avant mon âge.

 

Comme hier Tomasz, pardon Monseigneur, m’accompagne à l’aéroport et il peut car il veut même rester le temps que je vide la bouteille d’eau avant de passer à la douane. J’emporte dans ma valise l’icône qu’il m’a offerte la veille, au dos avec la prière destinée à la Mère de la Grande steppe.

 

Je viens d’atterrir à Almaty pour reprendre dans quelques heures le vol pour Bishkek. 

Bishkek

 

Une fois sorti de la douane, j’attends Marie. Embouteillages, froid, pluie; pas mécontent d’avoir pu enfiler des vêtements chauds. Marie arrive de l’autre bout de la ville. Nous allons chez moi, c’est une guest house, une chambre très bien équipée. Une fois la valise posée, nous repartons dans un restau Nalat pour manger du cheval. Marie veut me faire goûter du local, j’en suis ravi. 

 

Elle partage ses impressions sur le pays, sur la mémoire collective indispensable pour assurer l’identité nationale fabriquée d’éléments historiques choisis à dessein. Ce que l’on appelle en musique des morceaux choisis des mélodies qui font plaisir car ils procurent le sentiment d’harmonie et d’unité, les dissonances de Messiaen ou de Gershwin, ici sont priés de s’abstenir! 

 

Parmi ces éléments historiques se trouvent des figures des plus emblématiques, considérées comme des héros nationaux, parmi lesquels la première place revient à Manas le Noble : héros mythique et unificateur des 40 tribus kirghizes, il est le personnage central de la plus grande épopée au monde. Parfois, dans les épopées nationales semblables, on fait référence à trois héros épiques de la trilogie de Manas : Manas lui-même, son fils Semetey et son petit-fils Seitek, qui ensemble représentent la continuité de la nation.  

D’autres sont à signaler; Kurmanjan Datka (1811-1907) : Connue sous le nom de “Reine de la Nation”, elle fut une dirigeante kirghize qui a négocié avec l’Empire russe pour protéger son peuple et Tchinguiz Aitmatov (1928-2008), célèbre écrivain et intellectuel kirghize, dont les œuvres ont marqué la culture et l’identité kirghizes à l’intérieur et à l’international. 

Vendredi de la première semaine de Pâques, le beau ciel et un soleil printanier aux relents du zefir d’à propos, une marche de plusieurs heures pour arriver au parc de Oak, que je ne verrai finalement pas. A la place de celui-ci, je m’aventure dans un autre parc se trouvant à mi-chemin, en s’arrêtant dans une aire de repos. Le parc porte le nom de Mahatma Gandhi, mais n’a rien d’indien, sauf la proximité avec la grande route qui porte ce nom. 

 

Après son cours de russe, je rejoins Marie au Ready georgien pour le déjeuner. La commande a été faite par elle avant mon arrivée, c’est le deal général passé avec elle depuis la veille. Étant donné que j’arrive à peu près systématiquement légèrement en retard, pour tuer le temps et surtout pour ne pas aggraver le programme à suivre, commander des plats à l’avance me va très bien car même pour le menu je n’ai pas d’exigences particulières. Lors de mon arrivée à Ready Georgien, le souvenir d’un restaurant georgien à Moscou surgit à la surface de ma mémoire, avec pour convives Julien et Catya qui nous accueillent, nous étions en route pour les JMJ à Cracovie en 2016. 

 

Marie retourne chez elle travailler une validation à préparer. Avant son départ, j’ai acheté un billet pour le théâtre du soir, nous étions devant, en attendant le spectacle je pars pour le Musée d’histoire. Après le rechargement de la batterie au musée, batterie épuisée par les photos, un ice tea pris dans un quick food en attendant la recharge complémentaire, me voici dans la salle du théâtre. Je ne sais absolument pas ce qui m’attend. Rideaux!

Akyns et aytyshs

“L’art populaire au Kirghizistan est profondément enraciné dans la tradition nomade et la vie pastorale, mettant en valeur des savoir-faire artisanaux transmis de génération en génération. Il se caractérise par l’utilisation de matériaux naturels comme la laine, le feutre, le cuir et le bois, et est souvent inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.” AI est toujours prête à compléter les informations. 

Mais ce qui m’intéresse le plus c’est ce qui est décrit en termes de patrimoine culturel immatériel. La qualification “d’immatériel” m’interroge et laisse un léger sourire au coin. Ce n’est tout de même pas de l’art purement éthéré, qui aurait pour support le pur esprit. Mais faute de mieux, c’est un peu vrai dans cette expression. Il s’agit d’un produit qui laisse des traces matérielles, mais seulement sur la bande d’enregistrement audio et visio. 

Au côté de Kok-Boru qui est un jeu équestre traditionnel très populaire, se trouve l’art nommé akyns. Les akyns sont des artistes, conteurs épiques qui perpétuent la tradition orale, notamment la célèbre épopée de Manas. C’est cela que sans le savoir je suis venu voir et écouter. 

Je suis aux anges, impressionné à la fois par l’originalité et le degré de virtuosité musicale et vocale. Improvisation et chant : Les akyns composent et chantent des poèmes en s’accompagnant souvent d’instruments traditionnels, comme la komuz (luth kirghize). Mais ici il y a mieux, c’est dans le cadre d’un festival où les compétiteurs munis de leur instrument à cordes, se répondent, un venant de Kazakhstan et l’autre de Kyrgyzstan.

Un akyn (ou aqïn) est donc un poète-chanteur improvisateur et conteur épique traditionnel d’Asie centrale, principalement au Kirghizistan et au Kazakhstan. 

Voici en résumé selon AI, ce que l’on peut retenir de cette tradition :

  • Improvisation et Chant : Les akyns composent et chantent des poèmes en s’accompagnant souvent d’instruments traditionnels, comme la komuz (luth kirghize).
  • Contenus épiques et sociaux : Ils racontent des épopées anciennes, mais improvisent aussi sur des sujets d’actualité, sociaux ou politiques, jouant un rôle important dans la société.
  • Patrimoine UNESCO : « L’art des Akyn, conteurs épiques kirghizes » a été inscrit en 2008 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
  • Concours (Aytysh) : Les akyns participent à des duels poétiques appelés aytysh, où ils s’affrontent en improvisant.

Ils sont considérés comme des gardiens de la culture orale et de l’histoire nomade de la région.”

Pâque orthodoxe 

 

Le lendemain, le déjeuner pour goûter de délicieux szasz liki et une assiette de légumes que Marie prendra en doggy bag pour achever la consommation chez elle. Samedi dans la nuit pour dimanche, rdv à la cathédrale orthodoxe. 

 

La cathédrale orthodoxe bandée avec beaucoup de monde dehors, office célébré en russe, les orthodoxes sont surtout des Russes venus depuis le XVIII siècle, avec les soldats russes pour veiller sur la sécurité. 

 

Avant de nous mêler à la foule, nous entrons dans la boutique qui se trouve à l’intérieur de l’enceinte du parvis, pour sortir chargés des cadeaux achetés, moi de petites icônes à offrir aux mariés lors des célébrations en France en juillet et en septembre prochains. Sous le coup de minuit la procession se forme, les gens qui sont dehors suivent. 

 

Nous nous mettons en mouvement autour de la cathédrale, un peu comme à la Mecque autour de l’Aqaba. Un moment, j’entrevois une porte latérale, pourquoi ne pas y entrer, la procession va se terminer dans l’église. Je suis dans un endroit d’où on peut tout voir derrière la balustrade qui délimite espace autorisé pour les processionnants officiels, évêques, prêtres, diacres et d’autres acolytes, une ambiance très priante avec la proclamation maintes fois répétée, 

 

Христос воскрес, он по-настоящему восставший Аллилуйя

 

Répété des dizaines de fois renforce la conviction de la même foi. La ferveur de leur foi me saisit. 

 

Les chrétiens sont une portion de l’humanité marquée par la foi en la résurrection. Cela fait d’eux des étrangers sur cette terre, ils se réunissent dans les assemblées dans le cadre de leur paroisse, mot paroisse venant du grec signifie le rassemblement d’étrangers. 

 

Croire en la résurrection de la chair, c’est défier la loi, la logique de la nature que les sciences scrutent en détail. C’est dire que la vie est plus forte que la mort, et que l’amour est plus fort que tout. Étrangers, mais heureux, car pleins de joyeuse espérance à partager.

 

Deux heures suffisent pour nous imbiber de cette ambiance où la ferveur domine, bien qu’encadrée par l’armée russe qui veille sur la tranquillité des russophones, sont-ils tous des citoyens et ou d’origine russe? Je l’ignore. 

Une paroisse internationale

 

Le lendemain rdv à la petite église où j’ai été deux jours auparavant pour rencontrer le curé, un jésuite de Varsovie (encore un) qui m’avait aidé à “déverrouiller” mon téléphone localement. Je ne peux pas concélébrer sans autorisation de la part de l’administration d’État. La messe en semaine est célébrée en russe. Cette fois-ci, le dimanche, la messe est en anglais avec en prime les premières communions des enfants de quatre familles, une par continent, il manquait l’Océanie et l’Australie. 

 

Un texan comme célébrant principal avec à ses côtés un autre prêtre, une petite chorale dont Marie fait partie, soutient l’attention spirituelle, dans l’assemblée, bien que retenue l’émotion est palpable. A la fin de la messe, un parent remet un grand bouquet de fleurs à la sœur qui a préparé les enfants, et fait une brève exhortation de circonstances pour souligner l’importance de la messe de dimanche. 

 

A la sortie de la chapelle, je rencontre des francophones libanais, africains, kirghizes, allemands, russes, polonais etc. Une mosaïque de la race humaine en miniature dans l’écrin de la culture française, alors que bien d’autres canadiens, cubains, sud-africains et autres russes parlant l’anglais, partagent avec les francophones la même foi catholique. 

 

Je suis dans l’avion au décollage de Bishkek qui tarde, un incident technique, hier j’ai prié pour un safety voyage, une demande inhabituelle. La suite va montrer qui a eu raison. 

 

Peut-être la prière, mais probablement on ne le saura jamais. L’escale à Pékin en présence d’une foule de passagers qui font de longues queues pour passer la douane. Finalement l’on nous extirpe de la file d’attente, considérée comme trop longue au risque de pouvoir remettre en cause l’efficacité du connecting flight, nous sommes conduits vers un autre chemin. 

 

Hong Kong à l’horizon et la vie d’ici reprend en laissant dans le passé très récent la vie de là-bas. 

FIN