Face aux tensions budgétaires, à la hausse des frais de scolarité et à une gouvernance jugée inadaptée, Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, a détaillé sa stratégie de réforme de l’AEFE. C’est, selon ses termes, un « choix politique assumé » pour moderniser le premier réseau éducatif mondial.
Pour la ministre, si cette réforme est nécessaire, c’est d’abord pour valoriser un réseau unique de 612 établissements dans 138 pays, qui affiche quasiment 100 % de réussite au baccalauréat. Mais c’est aussi parce que le réseau possède un potentiel inexploité. Le pilotage géopolitique reste à construire et les réseaux d’anciens élèves sont encore balbutiants alors qu’ils pourraient, à terme, lever des fonds.
Mais l’AEFE fait face à des défis réels. Sa trajectoire financière est sous tension, tant pour l’État que pour les familles. La ministre constate que le fonctionnement économique actuel est inadapté à la réalité, hérité de décennies d’exceptions et d’exemptions qui ont rendu le modèle difficile à manœuvrer et rigide.
Sur la question cruciale des frais de scolarité, Éléonore Caroit se montre directe : une hausse moyenne de 7 % a été observée cette année, et elle qualifie le mécontentement des familles de légitime. Elle affirme que les familles n’ont pas à absorber de coût supplémentaire. C’est pourquoi l’enveloppe des bourses va augmenter pour atteindre 110 millions d’euros en 2027, complétée par 7 millions d’euros ajoutés par le Parlement. La ministre promet également une comptabilité analytique sérieuse pour apporter de la transparence aux parents.
Pour sortir du statu quo, la ministre refuse une administration passive et propose plusieurs transformations majeures. D’abord, la gouvernance : elle souhaite créer des pôles distincts au sein de l’Agence, l’un pour la gestion des établissements et des personnels, l’autre pour l’animation et le développement du réseau. Elle veut aussi renforcer l’intégration avec le Ministère de l’Éducation nationale. Ensuite, le modèle contractuel va remplacer les situations héritées par des règles claires et équitables. Enfin, concernant le projet de loi dédié aux Français de l’étranger, Éléonore Caroit annonce vouloir porter la réinternalisation de la gestion des bourses. L’objectif est d’assurer une attribution plus rapide, pluriannuelle par cycle scolaire, et au plus proche des familles.
Pour mener ce cap, un nouveau directeur général a été nommé : Alexandre Morois. Face aux inquiétudes des syndicats et des parents, la ministre défend son profil d’homme de dialogue et de gestionnaire financier. Sa feuille de route sera de conduire la réforme structurelle sur un triennal budgétaire pour donner de la visibilité. Une rencontre avec les syndicats est d’ailleurs fixée dès le 17 juin. Le calendrier est désormais précis : après la restitution prochaine des missions parlementaires, les premiers arbitrages politiques seront rendus avant le conseil d’administration du 26 juin, qui actera le lancement concret de la réforme. Les textes seront préparés à l’automne pour des effets budgétaires dès 2027.
En conclusion, la ministre assure que les évolutions se feront graduellement, sans coup de volant du jour au lendemain. Ce qui ne changera pas, c’est l’exigence pédagogique d’excellence, qui reste le socle de tout le reste.




