Religion un trublion de la fête de l’huma(nité)
Il y a peu, l’on avait l’impression que c’en était déjà fini, et pourtant, le sentiment religieux continue de troubler les consciences. Dû au contexte actuel, marqué par la remise en cause de toutes les valeurs autrefois considérées comme sûres, ce trouble se manifeste souvent chez les porteurs eux-mêmes de tels sentiments. La récupération idéologique a toujours été d’une efficacité redoutable, mais dans certaines sphères culturelles elle semblait plutôt endormie. Alors que encouragés par nos amis de l’autre rive, elle revient en force sur la vieille Europe.
Mais il rejaillit aussi sur les observateurs, voire opposants, actifs qui se croyaient avoir déjà été libérés de toute influence de ce type de production émotionnelle, dont on se défend de façon aussi indolore qu’efficace.
Ne pas s’encombrer de ce qui peut nuire à la vie à laquelle on aspire, c’est tellement naturel que personne ou presque n’y voit même pas en quoi cela pourrait poser un quelconque problème. Mais déjà une conscience ainsi se questionne elle-même, car elle qui reçoit un soupçon jeté d’une ombre insaisissable sur les convictions endormies va tôt ou tard finir par remettre en cause la tranquillité que les évidences procurent, qu’elle procurait jusqu’alors.
C’est l’ombre du spirituel qui y plane, non pas comme une alternative, auquel cas on s’en débarrasserait sans difficulté, mais comme une complémentarité, voire un vis-à-vis (celui de chez Karl Young). Il n’est pas clair du tout dans sa résonance, mais cela mérite que l’on s’y attarde. Une sorte d’appel à explorer un inconnu possible, l’âme ouverte à cela est déjà dans le collimateur. Et pourtant la résistance s’organise.
Les évidences n’ont pas besoin de se justifier, c’est un principe de base qui est admis comme tel dans la culture ambiante, il suffit de demander à un enfant pourquoi ceci ou cela, la réponse est sans appel, parce que c’est évident.
Nous les adultes, qu’un sentiment religieux pourrait provoquer, on espère que les évidences nous posent en nous-mêmes plus qu’elles ne rassurent. C’est le cas du fait que nous existons, que nous qui sommes, comme l’univers qui est. Certes, c’est déjà une victoire que nous prenons pour acquis. Pourquoi s’encombrer du reste si incertain, si peu vérifiable.
Pour garder pure une conviction qui dénie le spirituel, il faut a tout prix se protéger des influences nocives de cette nature-la. Pour s’en protéger, les évidences mettent l’écran entre ce qui est reconnu comme réel et le reste, ce reste jugé comme ne l’étant pas.
Young ne va pas y trouver une référence délibérément identifiée dans la transcendance religieuse chrétienne ou autre. Il y voit de la cohérence naturelle que l’être humain cherche à acquérir. Aucun écran ne pourra empêcher de vouloir combler ce désir. Puis chaque être le réalise comme il peut dans l’accomplissement de la transcendance identifiée dans une religion ou dans un accomplissement de soi quelconque.
Je passe volontairement à côté des visions philosophiques qui classent nos perceptions et notre auto-conscience dans le domaine des illusions. Illusions, dont on doit se libérer au plus vite. Sauf nous-mêmes, évidemment! Dans cette vision, nous sommes la seule réalité à exister réellement. Pour le reste, l’illusion, que l’illusion, tout est illusion, comme disait l’autre dans la Bible pour créer un petit segment sémantique, vanité, tout est vanité et de là le chemin direct mène à la vacuité, elle-même évanescente…
Restons seulement avec une approche un peu plus respectueuse de la réalité de chacun et donc du monde visible dont nous constatons une réelle épaisseur. Dans cette approche, la religion, et surtout ce qu’elle représente (une puissance étrangère qualifiée d’étrange), et à quoi elle renvoie (un système de valeurs), est la seule à avoir le droit d’être reléguée dans le domaine de l’illusion. Encore plus forte et plus irréelle que celle provoquée par le magicien qui crée une vraie illusion, bien réelle, tangible et qui émerveille.
C’est à cause de son fonds de commerce que la religion grouille de spiritualité et de transcendance. C’est un parti pris, un choix que semble vouloir respecter une majorité issue de la cuisse de Jupiter.
Quand le devoir de transmission réclame ses droits.
Depuis plusieurs années, la question de l’enseignement de la religion à l’école secoue régulièrement la vie de l’Église catholique en France. C’est le cas aussi maintenant de la Pologne. Le catéchisme fut introduit dans les écoles publiques à la suite du concordat signé en 1993, la paroisse gardant dans ses locaux (églises ou salles) la préparation aux sacrements.
Pour répondre à cette nouveauté, il a fallu non seulement mobiliser les prêtres, surtout des vicaires dans les paroisses. Cela ne suffisait pas à cause de la généralisation de l’enseignement, tout au moins dans les premières années. Il a fallu former un corps laïc d’enseignants, des catéchistes diplômés. Considérer le catéchisme comme une matière scolaire comme une autre supposait la formation diplômante des enseignants.
Pour ce faire, on a créé pratiquement dans tous les diocèses des centres d’études universitaires diplômants. Aux côtés d’un séminaire déjà existant, cela constitue un autre pôle universitaire géré par l’Église catholique du pays. Un phénomène d’autant plus remarquable au sens d’être remarqué, que ces créations ont eu lieu dans une période de démultiplication du nombre de diocèses, qui est passé après 1992 de 27 à plus de 40.
Un effort considérable a été fourni pour former des cadres enseignants. Il en résulte une augmentation objective du niveau des connaissances dans le domaine de la religion catholique.
La presse catholique gratuite ou presque distribuée dans les paroisses et surtout la création de la Radio Maryja à la fin du 20e siècle sont des exemples supplémentaires de cet effort consenti par les évêques de former et d’informer sur ce que l’Église est, quelle est la place de chacun et ensuite, quelle est la place de l’Église dans le reste de la société.
Par conséquent, il en résulte l’accroissement de la compréhension de la religion et un vécu plus assumé de la foi chrétienne, jusqu’à la vie quotidienne.
La catéchèse ainsi enseignée par des catéchistes formés dans le domaine de la doctrine a été bénéfique pour le niveau de la vie religieuse de l’ensemble des populations catholiques. Cependant, cette pénétration s’était effectuée à des degrés tout de même très variables suivant les cercles sociaux où de tels spécialistes se trouvaient et comment ils y étaient accueillis.
Le catéchisme à l’école n’a cependant pas enrayé la déchristianisation. Certes réduit à son strict minimum, notion volontairement vague, le catéchisme à l’école, peut-être même, bien au contraire, sans le vouloir, a de facto accentué le phénomène de déchristianisation.
Toutes proportions gardées, c’est actuellement un peu similaire à la situation en France dans le passé récent où la culture catholique était maintenue surtout dans les écoles privées. Depuis un demi siècle environ, la présence de la culture catholique est devenue anecdotique sur l’échelle du pays, dans les écoles catholiques y compris la déchristianisation est persistante. Le chauffeur d’Uber à Paris voulait savoir ce que représentait le pape qui allait venir 4 jours plus tard.
Mais la place de l’école catholique au sein de la société française demeure persistante, surtout pour des raisons d’excellence des résultats scolaires nettement supérieurs à ceux obtenus dans l’enseignement public.
Anecdotique est donc la place de la religion dans l’ensemble de la société et dans les médias publics. Même la place accordée par les responsables des institutions éducatives gérées par l’Église catholique dans le contexte politique de la République est anecdotique. Anecdotique et gênée, car marquée d’un militantisme laïcard, ce qui rejaillit sur l’ensemble de la société. Alors, que l’on le sait, cette manière de traiter la place de la religion n’est pas conforme avec une vision ouverte du respect des religions inscrite dans la constitution. Elle déborde les cadres de la république laïque telle qu’elle est définie par la Constitution.
L’approche des élections présidentielles en France au printemps prochain donne déjà des signes de crispation dans ce domaine. Tellement forte est la volonté de la museler ou alors de la faire parler comme l’entendent les programmes politiques, chacun pour sa pomme. Et là, ce n’est plus anecdotique, les leviers pour trouver l’électorat se trouvent à dispositions de maîtres en communication et ils sont plus efficaces dans certains endroits que d’autres.
Quand la tradition est rattrapée par la modernité.
Les écoles catholiques privées en France, tout en y jouant un réel rôle de consolidation de la présence religieuse dans les consciences des jeunes, dans leurs origines, de facto étaient mues par un désir missionnaire des responsables. Ce désir consistait non seulement à obtenir de bons résultats scolaires grâce à une discipline et au maintien d’un bon niveau de culture et de la vie chrétienne chez les futurs adultes.
Dans le passé, la fonction éducative purement chrétienne des écoles catholiques était assimilée par les autorités ecclésiastiques à celle des petits séminaires. Ces écoles étaient considérées comme des incubateurs de vocations sacerdotales et religieuses, dont elles n’avaient pas forcément le statut ou l’avaient déjà perdu depuis un certain temps.
Après ce petit détour comparatif par la France, revenons à la situation générale en nous référant surtout à la situation polonaise. La transmission des données de la foi chrétienne, considérée dans l’ensemble comme faisant partie du vivier culturel d’une société, ne dépend pas uniquement du nombre d’heures de catéchisme dispensées dans les écoles et/ou à la paroisse. Elle dépend de la culture familiale et sociale en général.
Mais si le catéchisme devient le lieu quasiment unique d’instruction religieuse, sans aucun relais familial ou seulement de façon anecdotique, la pénétration du sentiment religieux est quasiment inexistante. Alors qu’aux yeux de l’Église, la responsabilité des catéchistes laïcs, encore plus que celle des vicaires, devient d’autant plus redoutable. Le poids d’une telle responsabilité pèse trop et de façon injuste. Même si comme en Pologne, ils sont plutôt bien formés, ils n’ont pas à porter tout le poids tout seuls, mais en situation de responsabilité différenciée.
De la même façon que l’on ne peut pas faire le deuil d’un proche par le simple passage à l’église du corps ou dans un crématorium pour l’incinérer, l’on ne peut pas non plus concentrer tous les efforts d’initiation mystagogique sur quelques cours de caté et quelques messes parfois saupoudrées par le produit de la culture pop pour faire fan. Certes, tous les chemins mènent à Rome, mais pour y faire quoi?
L’école est pour instruire, y compris pour faire acquérir des réflexes civiques tels que désirés par la politique générale du pays. Dans la plupart des pays qui sont sous l’emprise majoritaire de la modernité, la place de la religion y est réduite à la fonction d’auxiliaire de la vie en société.
Société et vie telles qu’elles sont conçues et mises en place par la société civile. L’intérêt pour la religion s’y réduit à celui d’y voir une sorte d’Ehpad de l’Ancien Régime qui recèle des électeurs potentiels, et qui de fait est en lien avec la vie ordinaire par ce biais-là aussi.
Sauve qui peut
Nous sommes à l’heure d’un changement radical en cours. Les fondations de l’ordre mondial établi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale flanchent. Elles sont remises en cause par l’usure du temps auquel tendent à survivre les convictions qui les ont fait naître et ont servi de fondations pour construire les différentes Trente Glorieuses après la Seconde Guerre mondiale.
D’où la visite hautement symbolique du pape Léon à Metz en septembre dernier pour honorer l’œuvre de Robert Schuman, principal acteur de la réconciliation européenne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Le pape Léon XIV a choisi Metz pour porter un message de paix au cœur de l’Europe. Terre marquée par les guerres mais aussi par la réconciliation franco-allemande, la Moselle est liée à la figure de Robert Schuman, l’un des fondateurs de l’Union européenne.
En célébrant une messe pour la paix dans la cathédrale Saint-Étienne, le Saint-Père veut rappeler que la réconciliation entre les peuples est possible et que l’Europe peut offrir au monde un témoignage de fraternité, particulièrement dans le contexte des conflits actuels.
Schuman a eu, au grand dam de beaucoup, la tare d’être mu dans ses actions par la foi chrétienne catholique, comme le général sur qui les deux films récents méritent une attention particulière. Ou encore Jacques Delors, le président de la Commission européenne et, pour ceux qui ne s’en souviennent plus très bien, le père de Martine Aubry.
Sans y faire forcément référence explicitement, la visite du pape à Metz renvoie à la place du catholicisme social de Vie Nouvelle, mouvement dans lequel étaient engagés Jacques Delors ou encore un autre ténor de la politique française, Michel Rocard. Cette évocation donne l’occasion de poser la question de savoir où sont dans l’Église catholique en France d’aujourd’hui, les cathos de gauche? Dans l’écologie et le véganisme pour certains, sûrement ailleurs ou nulle part pour des dénaturés.
À présent, ces fondations sont corrodées par des agents acides nouveaux qui, voyant la faiblesse des anciennes, se targuent de la compétence complaisante pour établir de nouvelles fondations. Comment vont-ils faire? L’avenir proche, assez proche, très proche le montrera.
La baisse de la pratique dominicale, corroborée par celle des vocations sacerdotales et religieuses, est un phénomène durable difficilement réversible à court ou même à moyen terme. Il semble s’affirmer dans une partie des pays catholiques (en Europe en général) la tendance à faire appel aux dispositions qui ont été établies à l’époque où l’Église représentait une force politique considérable.
S’y référer de façon nostalgique, c’est manquer la cible et le bon sens. Se tourner vers un passé considéré comme certainement meilleur que l’incertitude générale actuelle, ce faisant dans le contexte du sauf qui peut ne garantit pas un bon salut.
Dans la défense du catéchisme à l’école en Pologne, les parents préfèrent, sous pression de résultats scolaires, reléguer les cours de caté au rang insignifiant d’activités obligatoires. De ce point de vue, c’est tout comme en France depuis déjà bien longtemps, ou l’efficacité scolaire prime sur l’approche spirituelle de la vie des élèves.
En Pologne comme en France, les droits auxquels l’école catholique dans ses principes prétend encore sont fortement remis en cause. On va se référer aux acquis toujours en vigueur dont le caractère immuable est surtout considéré comme tel par les défenseurs du statu quo. C’est un peu comme certains acquis sociaux en France.
Dans les explications de la baisse des vocations, on fait surtout référence au fait que l’on compare la situation à la baisse à la situation qui était un hapax dans l’histoire de la Pologne millénaire. Dans les années charnières entre le deuxième et le troisième millénaire, les séminaires étaient archi-pleins et le nombre d’ordinations était conséquemment très élevé en comparaison avec la situation d’avant, niveau auquel tend à revenir la situation actuelle. En France, un tel pic a eu lieu dans la seconde moitié du XIXe siècle, jamais égalé ni avant ni évidemment après.
En Pologne, 75 % de moins d’ordination en 2026 en comparaison avec l’an 2000. La déchristianisation galopante affaiblit les dispositifs structurels de l’Église catholique en Pologne, affaiblissement renforcé par la fuite de certains prêtres vers la FSSPX, dont le nombre de chapels a triplé en 10 dernières années.
La déchristianisation ou une certaine rechristianisation, mais sur des bases anciennement abandonnées et vers lesquelles on veut revenir en trouvant une valeur refuge dans le respect du sacré et du rituel qui le met en valeur. Le sacré, presque trop chrétien pour être gobé sans hésitation.
Souvent on prend pour argent comptant tout désir de l’être humain marqué par des velléités spiritualistes pour un signe pur et simple du désir d’être un bon chrétien. Hélas, faire de la sorte, ce n’est pas tenir compte d’une distinction qui doit permettre de purifier l’approche. Le désir du sacré n’est pas synonyme d’un désir chrétien d’être disciple de Jésus-Christ.
Le désir du sacré exprime avant tout le besoin d’être reconnu dans la dimension transcendantale à laquelle on aspire par l’attirance exercée par le désir de se réaliser pleinement. Pas besoin d’aller dans les profondeurs de son être, il suffit de constater l’envie de se réaliser autrement que par les manipulations des chiffres derrière lesquels se trouvent des réalités matérielles quantifiables.
Comme je l’ai soufflé lors d’une réunion à l’oreille de mon voisin dans une réunion qui soulignait le désir du sacré chez les jeunes comme signe du retour à l’Église lui ai-je répondu qu’il fallait encore christianiser le sacré. Tout ce que la nature produit, -le désir du sacré en fait partie-, le désir de se laisser élever n’est nullement à négliger ou méconnaitre. Il est à travailler chrétiennement pour le configurer au Christ qui, de tout être vivant humain en particulier et en premier, en fait une histoire sacrée.
Le pape à la rescousse
C’est du 23 août dernier, trouvé dans le Quotidien catholique par Internet (Internetowy Dziennik Katolicki), sous le titre : « Catechistes laïcs: Les paroles de Léon XIV constituent une voix importante dans le débat polonais sur la religion à l’école ». En voici de larges extraits.
« Promouvoir la liberté est indissociable de la défense de l’espace de conscience », a déclaré le pape Léon XIV lors d’une rencontre avec les autorités et des représentants de la société civile de Saint-Marin. Selon l’Association des catéchistes laïcs, ces paroles du Saint-Père revêtent également une importance particulière pour la Pologne, où le débat sur la place de la religion et de l’éthique dans le système éducatif persiste.
Lors de sa visite à Saint-Marin, Léon XIV a souligné qu’« il n’y a pas de véritable liberté civile sans liberté individuelle », entendue comme le respect et la promotion de la dignité de la personne humaine. Le Pape a également fait remarquer que la liberté implique aussi la protection de la conscience et la possibilité pour ceux qui restent fidèles à leurs convictions malgré l’adversité de s’exprimer.
Le Saint-Père a par ailleurs insisté sur le fait que la laïcité de l’État n’implique pas nécessairement le rejet de l’inspiration chrétienne. Il a présenté Saint-Marin comme un possible « laboratoire » de la bonne politique, où – sans renoncer à la laïcité de l’État – on peut s’appuyer sur les principes de la doctrine sociale de l’Église, tels que le souci du bien commun, la solidarité, la subsidiarité et la justice sociale.
« Ce sont des mots très importants dans le contexte de la situation en Pologne. La laïcité de l’État ne peut être comprise ni comme une sécularisation programmatique de la vie publique ni comme l’éviction des croyants de la sphère publique », déclare Tomasz Sypniewski de l’Association des catéchistes laïques. La liberté de conscience inclut le droit des parents et des élèves de participer aux cours d’instruction religieuse.
Si l’État autorise formellement cette possibilité, mais en entrave systématiquement l’exercice en modifiant l’emploi du temps, en limitant le nombre d’heures ou en minimisant l’importance de la matière, la question de la portée réelle de cette liberté se pose (en gras sont faits par RK). Selon l’Association des catéchistes laïques, la distinction papale entre laïcité et laïcité est particulièrement importante.
Léon XIV ne remet pas en cause l’autonomie de l’État, mais rappelle simultanément que celui-ci doit protéger l’espace de la conscience des citoyens. D’après l’Association, le débat polonais sur l’organisation de l’instruction religieuse doit être appréhendé dans ce contexte. Ces dernières années, de nouvelles modifications ont été introduites en Pologne sur ce sujet : la possibilité de regrouper des élèves de différentes classes, l’exclusion des notes de religion du calcul de la moyenne et la limitation de l’instruction religieuse à une heure par semaine.
Chacune de ces décisions peut être présentée comme une solution organisationnelle. En pratique, cependant, leurs conséquences combinées affectent l’accessibilité et l’importance de l’instruction religieuse à l’école. « Pour que la liberté de conscience soit véritable, elle ne saurait se limiter à l’affirmation que “chacun peut choisir”. Il faut aussi créer les conditions permettant à ce choix de s’exercer réellement », souligne Tomasz Sypniewski. « Les parents qui choisissent une religion pour leurs enfants ne doivent pas être considérés comme des citoyens aux droits inférieurs. »
Les paroles de Léon XIV s’inscrivent également dans son message à l’intention des jeunes. Lors de sa rencontre avec les fidèles à Saint-Marin, le pape a encouragé les jeunes à écouter le Christ et leur a rappelé que la véritable liberté est liée à la vérité et au Christ. Il a également remercié les prêtres, les catéchistes et les éducateurs pour leur travail auprès des jeunes.
« C’est précisément pourquoi la présence d’enseignants de religion bien formés dans les écoles est si importante. Un catéchiste n’est pas un fonctionnaire chargé de transmettre des informations religieuses. C’est un enseignant et un éducateur qui aide les jeunes à aborder la vérité, la responsabilité, la conscience, les relations humaines, le sens de la vie et le bien commun », explique Tomasz Sypniewski. « En ces temps de crise de l’autorité, de solitude chez les jeunes et de mutations technologiques rapides, les écoles ont plus que jamais besoin d’espaces propices à ces échanges. »
L’Association des catéchistes laïques souligne que la question de la religion à l’école ne saurait se réduire à un conflit entre « État laïque » et « État religieux ». La Pologne demeure un État impartial, et l’enseignement religieux y est facultatif. L’enjeu principal réside toutefois dans la capacité de l’État à offrir à ses citoyens une réelle possibilité d’exercer les droits qu’il a reconnus et garantis.
« Léon XIV nous rappelle que la liberté exige la protection de la conscience. Il est donc pertinent de se demander : pouvons-nous, en Pologne, construire un État laïque qui n’ait pas peur des croyants, de leurs convictions et de leur présence dans la vie publique ? », interroge Tomasz Sypniewski. « Nous espérons que la réponse ne sera pas de nouvelles restrictions, mais un véritable dialogue et le respect de tous les citoyens. »
L’Association des catéchistes laïcs souligne que le message du Pape adressé aux autorités de Saint-Marin est universel : la liberté, le respect de la conscience, le dialogue et la sollicitude envers les personnes doivent également constituer le fondement de la politique éducative. »
La mise en avant des valeurs
Reprenons certains éléments de ce texte qui prend le pape a témoin et qui sert de parasol pour se protéger.
« La laïcité de l’État ne peut être comprise comme une sécularisation programmatique de la vie publique ni comme l’éviction des croyants de la sphère publique ».
Il est peut-être utile de revenir à ce premier et fondamental constat: la laïcisation n’est pas à identifier avec la sécularisation programmatique. Auquel cas, elle sera l’expression d’une idéologie aux tendances dictatoriales tôt ou tard mue en persécution.
La liberté, le respect de la conscience, le dialogue et la sollicitude envers les personnes doivent également constituer le fondement de la politique éducative.
Cette injonction adressée aux pouvoirs politiques qui décident de la place qu’ils vont par leur bon vouloir réglementer en se référant aux principes sur lesquels leur système de valeurs repose, résume bien le débat de la place de la religion à l’école.
La religion, en l’occurrence chrétienne, dans son édition catholique, est pour la liberté, intérieure surtout où on commence par elle. Pour le respect de la conscience, pour suggérer que la religion ait aussi le droit de réclamer la possibilité d’en former à sa guise, dans le dialogue et la sollicitude qui font partie des béaba de fondamentaux de la religion dans ses plus généraux postulats.
Puisque tout ceci constitue le fondement de la foi chrétienne que l’Église catholique peine à appliquer dans son enseignement, il doit en être de même pour le pouvoir public. Qu’il me soit permis d’affirmer qu’une telle approche prend les autres en otage du raisonnement qui est destiné à défendre les acquis de la structure catéchétique menacée par les velléités du pouvoir exécutif du pays qui cherche à satisfaire les désirs de la majorité (des parents cherchent la réussite scolaire avant tout, comme partout et en France y compris).
Un des problèmes de la catéchèse en Pologne, tout comme en France, est la confusion de facto entre le catéchisme comme le chemin de progression dans la foi et l’instruction religieuse dont le seul but est d’informer. Souvent confondue avec l’information sur ce que sont les religions dans leur ensemble et en particulier, elle permet de reconnaître la place de la religion dans l’histoire et la culture générale.
Et pour terminer, trouvé sur le même site le même jour:
« Apprenons à ne pas nous replier sur nos convictions et nos certitudes religieuses, mais à rester ouverts à une relation authentique avec le Christ », encourageait Léon XIV dans sa réflexion précédant la prière de l’Angélus qu’il a récitée avec les fidèles réunis sur la place Saint-Pierre au Vatican.
FIN
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Le pape à l’Angélus : ne nous limitons pas à nos croyances.
« Apprenons à ne pas nous replier sur nos convictions et nos certitudes religieuses, mais à rester ouverts à une relation authentique avec le Christ », encourageait Léon XIV dans sa réflexion précédant la prière de l’Angélus qu’il a récitée avec les fidèles réunis sur la place Saint-Pierre au Vatican.
Le Pape a souligné que la foi « ne nous est pas donnée une fois pour toutes ; au contraire, nous devons sans cesse redécouvrir le visage du Christ et son Évangile, approfondir son message et renouveler les choix de notre vie afin qu’ils soient en accord avec notre profession de foi, en surmontant la tentation de croire que nous savons déjà tout et que la foi devient une habitude. » C’est pourquoi nous devons répondre chaque jour à la question : qui est Jésus pour moi et quelle est la signification de sa présence dans ma vie ? C’est « dans la pratique de notre vie que nous pouvons vérifier si le Seigneur Jésus est pour nous simplement une grande figure historique qui a dit et fait des choses importantes, ou le Christ de Dieu, Celui qui a été envoyé pour nous faire connaître l’amour du Père et transformer nos vies et le monde dans lequel nous vivons. »
Par conséquent, nous devons apprendre à ne pas nous enfermer dans nos convictions et nos certitudes religieuses, afin de rester ouverts à une relation authentique avec le Christ. Parfois, en matière de foi chrétienne, nous nous contentons de récits de seconde main, de stéréotypes, de ce qui nous a été transmis, même avec les meilleures intentions du monde. Or, Jésus nous appelle à une réponse personnelle, à le connaître intimement, à nous laisser façonner par son amitié, dans une rencontre toujours renouvelée qui peut même nous amener à emprunter des chemins inconnus et à faire des choix différents de ceux que nous avions imaginés. « Cela s’applique aussi bien à notre cheminement personnel qu’à celui de l’Église et aux choix pastoraux, où il semble parfois suffisant de continuer comme avant », a souligné le Pape. Il a ajouté que nous devrions souvent nous interroger : « Qui est le Seigneur pour moi ? Le connais-je vraiment ? Que me demande son Évangile aujourd’hui ? Quels choix dois-je faire ? »
Paroles du Saint-Père Léon XIV
vatican.va , pb / Vatican




