Avec près de 2 millions de retraités expatriés, la France est l’un des pays qui compte le plus de séniors à l’étranger. Promesse d’une qualité de vie supérieure, climat plus clément ou retour aux racines, les motivations sont multiples. Mais cela complexifie la gestion de l’administration et rend plus difficile la vérification de l’existence des bénéficiaires. L’Agirc-Arrco – régime de retraite complémentaire des salariés du privé – intensifie donc ses contrôles, car la moitié de ces retraités perçoivent une pension complémentaire de cet organisme.
Et les pays de résidence se résument à 6 pays dans le monde, pour 77% des retraités expatriés : l’Algérie, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, le Maroc et la Belgique. Si les échanges de données sont faciles entre pays européens, ça l’est beaucoup moins si l’on quitte le continent. Or les pensions de retraite contributives peuvent être perçues partout dans le monde.
Cependant, la Cour des Comptes a récemment tiré la sonnette d’alarme sur l’ampleur des fraudes et des versements indus. La somme de 200 millions d’€ de paiement à tort a été avancée et 1/4 des retraités contrôlés ont fini par perdre leur pension, faute de s’être manifestés. Mais la dérive la plus fréquemment constatée est la non-déclaration de décès. Certains bénéficiaires ont perçu la pension d’un proche pendant des décennies. Autre phénomène, celui d’une forte propension de centenaires parmi les expatriés, ou de décès jamais signalé à la caisse de retraite française. Les usurpations d’identité sont aussi fréquentes pour les assurés nés hors de France. Et les sanctions restent trop marginales, pointe la Cour des Comptes.
Or, entre 2025 et 2031, l’Agirc-Arrco prévoit une campagne de 400 000 contrôles ciblés, avec une plus grandes collaboration des établissements bancaires locaux. Jusqu’ici, seul le « certificat de vie » faisait foi, mais désormais, cela s’accompagnera de convocations physiques à la banque. Les retraités contrôlés devront ainsi se présenter avec une pièce d’identité valide ; un justificatif de domicile ; et un RIB. Ce dispositif est en cours d’extension au Maroc, en Tunisie et en Turquie, avant de s’attaquer à l’Europe du Sud.
Enfin, l’application mobile « Mon certificat de vie » est progressivement déployée, avec une reconnaissance faciale pour valider son existence sur smartphone. Ainsi, en cas d’absence à un rendez-vous bancaire ou de non-envoi du certificat de vie dans les délais impartis, l’Agirc-Arrco suspend le versement de la pension complémentaire sans préavis. Et la tolérance est nulle alors que pour certains seniors, l’usage de la biométrie ou le déplacement dans une agence bancaire lointaine est un véritable parcours du combattant. Ainsi, le « contrôle d’existence » est devenu le pilier d’une retraite perçue sous haute surveillance.




