« Semaine sanglante » : mémoires vives et peu communes

 

 

Les catholiques peuvent-ils encore sortir dans la rue pour célébrer leurs héros ? Le 29 mai, à l’appel de cinq paroisses du XXe arrondissement, quelque 300 fidèles voulaient relier le square de la Roquette à l’église Notre-Dame-des-Otages, rue Haxo, deux hauts lieux de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871), l’épilogue de la Commune de Paris. Le 24 mai à la prison de la Roquette (démolie en 1900), les communards assassinèrent l’archevêque de Paris Mgr Georges Darboy et quatre ecclésiastiques ; le 26 mai rue Haxo, les émeutiers massacrèrent onze religieux (outre 35 gendarmes et quatre « mouchards »).  

150 ans après ces crimes, la procession, déclarée et autorisée, aurait dû parvenir pacifiquement à son terme. Sauf que le même jour, la CGT, le PCF, LFI, le NPA, la Libre pensée et la Ligue de l’enseignement organisaient une « montée au mur » des Fédérés au cimetière du Père Lachaise. Et ce qui devait arriver arriva : les pèlerins se virent attaquer au cri d’« à mort les Versaillais ! ». 

Un cri, en l’occurrence, absurde.  

Ce Louis Daufresne

 

 

Ce n’est pas franchement de cette façon là que j’aurai imaginer de commémorer le 14 juillet 1789 et donc célébrer la fête nationale de mon pays d’adoption. Cependant voyant cette information sur le site LifeSiteNews j’ai été comme hypnotisé par l’information. 

 

« Les catholiques peuvent-ils encore sortir dans la rue pour célébrer leurs héros ? Le 29 mai, à l’appel de cinq paroisses du XXe arrondissement, quelque 300 fidèles voulaient relier le square de la Roquette à l’église Notre-Dame-des-Otages, rue Haxo, deux hauts lieux de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871), l’épilogue de la Commune de Paris. 

 

Le 24 mai à la prison de la Roquette (démolie en 1900), les communards assassinèrent l’archevêque de Paris Mgr Georges Darboy et quatre ecclésiastiques ; le 26 mai rue Haxo, les émeutiers massacrèrent onze religieux (outre 35 gendarmes et quatre « mouchards »).  

 

150 ans après ces crimes, la procession, déclarée et autorisée, aurait dû parvenir pacifiquement à son terme.

 

Sauf que le même jour, la CGT, le PCF, LFI, le NPA, la Libre pensée et la Ligue de l’enseignement organisaient une « montée au mur » des Fédérés au cimetière du Père Lachaise. Et ce qui devait arriver arriva : les pèlerins se virent attaquer au cri d’« à mort les Versaillais ! ». 

 

Un cri, en l’occurrence, absurde.  

Les religieux martyrs étaient restés auprès du petit peuple de l’est parisien. Ils n’avaient aucune accointance avec Adolphe Thiers, précurseur de la IIIe République, autoritaire, bourgeoise et anticléricale ».

 

C’est la seule, unique source d’information dont j’ai disposé pour y accéder, ou plus exactement c’est par cet unique canal que j’ai reçu l’information. Ce qui ne m’a pas laissé indifférent, et ceci à plusieurs titres, comme on le verra au fur et à mesure, dans le développement de ce post.

 

Certes, voulant en faire un post, en me servant d’un tel matériau de base, aurais-je pu éviter, à mon tour, une résonance bien politique, comme ce que cette procession lancée pour commémorer les victimes catholiques de la rue Haxo, malgré elle, mais bonant malant, a entrainé?

 

De fait, on n’est jamais maître de la résonance que l’on engendre par des prises de paroles publiques sur les sujets aussi sensibles que sont en l’occurrence la religion et la politique. Et en délivrer une c’est permettre à ceux qui sont aux manettes de la communication de s’en saisir quitte à les emballer et en faire un produit de consommation de seconde main.

 

Je trouve que certaines commémorations avec leur statut interne bien propre (propre avant tout dans le sens de l’intention affichée) sont à éviter pour éviter ce genre d’amalgame. Certes cela aurait dû déjà être le cas de la manifestation pro communarde.  

 

Et on peut se poser des questions sur les intentions qui ont accompagnées une telle décision qui de plus était le résultat d’une concertation entre de très nombreux partenaires d’une cause commune. Cause commune minutieusement préparée et affichée pour la circonstance par des partenaires d’un front uni, qui sans doute avaient besoin de se refaire une santé. 

 

Et ceci à la source, là où on s’abreuve des sillons remplis du sang versé sur les opposants obstinés et rétrogrades, représentatifs d’un obscure passé appartenant au crépuscule d’un monde déchu, dont les ombres traînent encore dans les rues de Paris.

 

Car célébrer un événement de la sorte, c’est à dire malgré tout en grande pompe, c’est célébrer un événement que l’histoire peut objectivement qualifier de bavure, bavure due à une obstination totalement contre-productive. 

 

Mr Thiers devient un prête nom emblématique d’une telle attitude qui est si souvent adoptée sous le ciel parfois ombrageux de la vie politique de nos sociétés modernes. 

 

Un prêt nom, comme celui d’un cimetière parisien pour les indigènes qui se trouve justement à Thiais (que l’on me pardonne ce lacanisme) et qui d’une mystérieuse façon s’unit, voire communie dans l’outre-tombe avec le « vénérable » père Lachaise. Un destin symbolique qui lie les vivants aux morts, et surtout des morts aux morts.

 

Mais la mémoire est courte, incertaine et les informations malléables, sujets à des interprétations plus ou moins plausibles, plus ou moins croyables. Surtout quand il s’agit des évènements auxquels on a envie de se référer. Envie de transpirer l’air frais au contact avec les vieilles pierres des monuments aux morts à la gloire de vivants.

 

Provoquer une marche et y répondre c’est à coup sûr provoquer le piège de la haine mimétique. René Girard a conceptualisé cette évidence à partir de la figure biblique de bouc émissaire (cf. Lévitique 16). Il a mis en évidence la corrélation entre la faute de tous, insupportable surtout pour certains, à ceux qui sont au pouvoir, et le besoin de la décharger sur un petit groupe qui ne peut pas se défendre, les circonstances historiques favorisant la vulnérabilité d’une telle, animale ou humaine minorité. 

 

Le cheptel est toujours composé de têtes qui dans ces circonstances tombent et font tomber le corps entier. Le corps des victimes pour la régénérescence des promoteurs de telles actions. Le corps des promoteurs dans ‘le jeu vidéo’ nuit sur les planches de la haine mimétique. 

 

Et y tomber dans un jeu de miroirs, que même le caractère expiatoire de la procession catholique ne parvient pas à stopper. Sans doute ni conscient ni voulu, difficilement assumé de part et d’autre.

 

Ce qui est hors de discussion c’est la méprise grossière sur l’aquentence des religieux avec les bourgeois de Versailles. Eux, qui en fait étaient si solidaires du peuple du quartier. Ils étaient loin de jeux politiques menées par la République ébranlée et les communards branlants.

 

Méprise d’autrefois, qui se prolonge et se consume pour embraser d’un feu nouveau tous les tièdes, même niais d’aujourd’hui. Cela prouve que les légendes ont une longue vie et certaines d’entre elles sont bien savamment réanimées.

 

Y consentir, c’est aller bien vite en besogne. Mais les vindictes populaires et leurs résonances sont de ce calibre là. Voilà sur quoi est fondée (entre autre) notre belle République. 

 

Il serait bon de se rappeler le travail colossal de Mircea Eliade sur les mythes fondateurs et les légendes grâce auxquelles on les construit. Mais cela concerne tout le monde, le christianisme y compris, cela va de soi, sans le dire, mais c’est mieux en le disant. 

 

Une anti manifestation organisée par des éléments de l’extrême gauche a provoqué la dispersion d’une marche sous forme d’une procession expiatoire. Les projectiles blessant des priants ont eu raison de la marche ainsi stoppée et dispersée sous l’œil apparemment d’un seul policier. Qui devrait en avoir toute une paire pour être précis afin de voir en profondeur, dans une perspective que son métier exige, perspective d’impartialité. 

 

La manière d’encadrer la procession, ou plutôt son absence, permet de chercher des explications à une telle attitude de la préfecture de Paris. Préfecture qui oscille entre la confiance un peu aveugle et un laisser aller qui frôle l’amateurisme à moins que cela ne soit franchement délibéré.

 

Qui peut le savoir, la République depuis déjà bien longtemps n’est pas en situation de remplir le contrat social de n’être d’aucune religion et permettre à toutes d’accomplir leur propre mission. Dans la mesure où cela ne contredit pas l’ordre public. Cela va de soi. Et nous y voilà, face à l’ordre public.

 

Mais les projectiles, pas plus que les insultes copieusement exprimées, car « généreusement offerts » à l’adresse « des fachos de Versailles », n’ont pas vraiment eu raison de la démarche. Ce qui a eu raison de la procession c’est bel et bien l’absence du service d’ordre.

 

Du coup, cette situation renforce la conviction d’un statut de citoyen de seconde zone, tôt ou tard voué à disparaître. Question de temps, de moyens parmi lesquels celui de persévérance. C’est le sens de l’histoire qui semble favoriser aujourd’hui ceux qui ne l’étaient pas hier. Il n’y a rien à opposer à cela, c’est ainsi depuis toujours. 

 

Mais qu’est-ce qui peut arrêter un bateau à voile foncer en avant si le vent est favorable. Se sentir d’être dans le vent de l’histoire c’est disposer d’un sacré atout, c’est disposer d’une bonne longueur d’avance sur les autres dans la course vers l’avenir et la place à y occuper. Et y régner en maître.

 

Et le vent de l’histoire semble bien favorable pour les courants de pensée qui depuis plusieurs générations se font sentir. Ces courants qui migrent parfois sur l’échiquier politique de la répartition des forces contradictoires de gauche à droite pour prendre cette échelle bien simple mais bien réellement appliquée. Tout au moins jusqu’à présent. 

 

L’exemple d’une telle migration est celui des idées novatrices assignées aux idéologies nationalistes du XIX siècle qui ont changé de camp pour aller à l’opposé. C’est que l’on a observé notamment avec l’avènement du mouvement de l’internationale marxiste, qui pour justement être international, devrait s’affranchir du local, nationale. 

 

De ce point de vue, rien que l’Europe est encore le théâtre de ce transfert qui encore aujourd’hui se cherche, où on agite de vieilles peurs pour de nouvelles solutions. 

 

Ce qui en Europe occidentale était au XIX siècle bien vrai surtout dans l’Allemagne naissante, en Grande Bretagne cherchant son nouveau souffle impériale et en France démocratiquement stigmatisée bleu blanc rouge, demeure la référence pour les temps présents.  

 

Commémorer un massacre d’il y a 150 ans peut paraître pertinent. Surtout quand il s’agit de préparer le terrain pour l’accueil d’une béatification. Il s’agit de la reconnaissance de leur martyre comme témoignage de foi. 

 

Et refaire un même itinéraire que celui de leur martyre n’a rien d’extravagant non plus en apparence tout au moins. Car, si un itinéraire physique est ressuscité, c’est bien pour lui assigner une valeur symbolique et envoyer un signal fort. 

 

C’est une diagonale de la France que certains auteurs français décrivent avec brio. C’est la méridienne verte qu’il faudrait repeindre à cette occasion en rouge pour être conforme avec la valeur que l’on assigne à la ligne rouge. 

 

Ligne qu’il ne faut jamais dépasser sous peine de lourdes conséquences en termes de représailles plus ou moins facilement justifiées grâce à l’appareil juridique préparé à cet effet.  

 

Appareil réglé de tel sorte qu’il puisse fonctionner en déclenchant la machine à punir installée dans un tel champs miné et bourré de toutes sortes d’explosifs plus ou moins aux couleurs bleu blanc rouge (pour la France). Pour en faire la fête de la liberté, pour une certaine égalité, dans les cadres d’une bien tronquée fraternité.

 

Rien de tout cela n’excuse une certaine désinvolture aux allures provocatrices. Les organisateurs de la marche de la rue Haxo fin mai dernier et les 300 participants face à un groupe de 30 anti-manifestants bien équipés et bien déterminés à parvenir à leur fin, auraient méconnu la valeur sensible de leur démarche priante. 

 

Avec une expiation à la clef dont l’Église catholique est coutumière et qu’elle n’assume qu’à l’égard de ceux de l’extérieur. Elle le fait aussi pour des raisons internes, et on peut facilement deviner celles que l’actualité s’empresse de fournir, et à l’occasion de se rappeler aux bons souvenirs du tribunal divin. Les dernières découvertes macabres dans les pensionnats catholiques au Canada et pas seulement, font froid dans le dos. On va sans doute y revenir une prochaine fois.

 

Revenant à notre manifestation, force est de reconnaître que la machine à punir était bien là. Provocation pour provocation, la réponse du berger à la bergère. D’ailleurs n’était-ce prévisible ?

 

Mais peut-être que les services des Renseignements Généraux étaient pris par des sujets bien plus sensibles pour l’avenir de la République. C’est bien probable, toujours est-il, les organisateurs auraient dû s’attendre à une réaction de ce genre. 

 

Le climat social en France (et pas seulement) à l’égard des religions en général et de certaines religions en particulier est bien connu. Ce climat est désormais installé de façon durable. Ceci parce que le ciel au-dessus d’elle, en termes symbolique et combien réel, est déchiré. 

 

Un énorme trou grandit sans cesse dans la couche protectrice, à l’image d’une couche d’ozone. Couche d’ozone protectrice contre les méfaits du rayonnement des ultraviolets des « réacteurs nucléaires » dans lesquels on fabrique des idéologies diverses et variées, y compris dans toutes les religions. 

 

Et la réaction en est une preuve physique, preuve conduisant à l’épreuve de force et qui force la réflexion. Pour ne pas confondre une gêne dans l’œil provoquée par un projectile avec une conjonctivite, cela nécessite une consultation médicale bien adaptée. Le prix à payer en est moindre que dans la situation d’un mal non identifié, et la solution est plus facile à trouver. Question de temps aussi, pas seulement des moyens.

 

Je répète ce que j’ai dit au début, je dispose d’une source unique d’information, aucun autre commentaire. Je me situe face à mes propres réactions qui résultent d’un croisement de deux sources que sont ses informations et la manière dont l’Église catholique s’en saisit.

 

D’un côté, de l’observation de l’évolution de la situation politique en France dans la gestion des faits religieux. Il y a un haut fonctionnaire attaché au ministère de l’intérieur qui est chargé de le suivre, ce qui déjà de façon concrète signifie que la religion est non seulement reconnue mais prise en compte de façon bien réelle et active par la République actuelle.

 

Et c’est déjà une bonne nouvelle, même si ce service est créé pour suivre les mouvements religieux anciens, nouveaux, suivre certains plus que d’autres selon les indications du sismographe qui enregistre les vibrations de la plaque tectonique de la sérénité républicaine.

 

De l’autre côté donc, il s’agit de voir la manière dont l’Église catholique s’y situe et l’aborde pour son propre présent et l’avenir du message chrétien. En le faisant de la sorte je ne me situe pas en dehors ni de l’Eglise catholique, totalement assumant sa riche et parfois lourde histoire, ni de la société où il m’est donné de vivre et pour laquelle travailler. 

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May 31, 2021 (LifeSiteNews) — A Catholic procession held Saturday in Paris to commemorate the killing in hatred of the faith of 10 priests and seminarists during the socialist insurrection of the “Commune” in 1871 was violently attacked by a group of communist activists and “antifas.”