C’est l’un des défis majeurs de tout temps et encore davantage maintenant alors que nous connaissons une démultiplication des moyens de communication. Le problème n’est plus de savoir où trouver l’information désirée, mais celui de savoir comment traverser la jungle pour y arriver. Mais pour cela faut-il encore savoir ce que nous cherchons. 

A ce sujet il me vient à l’esprit l’image d’un film de guerre qui met en scène un chien qui porte un message en traversant la ligne de front. Mais en route ce quadrupède du courrier se laisse égarer par un lapin à la poursuite duquel il se lance éperdument, oubliant sa mission. La diversion a toujours été une arme puissante et cela concerne aussi bien l’accès à l’information que la manière de la communiquer.

Ce défi concerne tout le monde et aucune entité humaine individuelle ou collective n’y échappe. C’est d’autant plus vrai aussi pour la religion qui est censée communiquer en vérité. Car fondant son discours sur une certitude profonde, sous forme d’une évidence intérieure en terme des convictions qu’elle proclame.

Comment y trouver accès sans que les cieux ne nous tombent sur la tête? Sans que l’accès y soit obstrué volontairement ou involontairement du dehors ou au-dedans de nous mêmes?

S’adressant dernièrement aux représentants des médias chrétiens, le pape François rappelle que leur rôle n’est pas de propager des commérages, mais de porter l’espérance. Gossip versus Gospel, faudrait-il encore voir en détails où et pour qui est-ce dedans une bonne nouvelle. Si les Gossips se vendent massivement, avec l’Évangile il en va bien autrement. 

Évidemment le pape s’adresse aux représentants des médias chrétiens. Est-ce fini le temps où le pape disait il y a plus d’un siècle ce qu’il pensait et ce qu’en pensait L’Église de l’époque au sujet de tous les médias? Certes pas, car le regard vigilant inspiré par l’Evangile, éclairée par la Bonne Nouvelle qui y est contenue, s’exerce non exclusivement à l’intérieur de l’Eglise qui en est chargée, mais dans l’esprit missionnaire d’être en vérité avec tous, concerne aussi ce qui se vit dehors. Tout le monde, tous ceux du dehors comme ceux du dedans, chacun est concerné par la même vérité et son impact réel connu ou pas, reconnu ou pas, est à prendre en compte par le croyant.  

N’est donc pas fini le regard vigilant de tout pape sur ce que colportent les médias, d’où que cela vienne, de quelque source et nature que ce soit et de quelque niveau de considération que ce soit. Non, car tout ce qui touche à l’homme dans son ensemble, concerne la foi chrétienne. On est d’accord ou pas c’est ainsi dans notre foi. D’où une telle importance accordée à l’anthropologie, cette vision de l’homme que la Bible fournit et qui est en constante confrontation avec bien d’autres visions, allant des plus ou moins connexes au plus ou moins éloignées, voire opposées et ou hostiles; le développement nécessaire à ce sujet c’est pour une autre fois. Mais déjà se concentrer sur les activités pro Domo sua, comme le pape sait faire tout le long de son pontificat, c’est déjà le premier devoir de tout pouvoir.

Comment les médias chrétiens peuvent témoigner de la vie chrétienne sans « commérages” diaboliques?

Et comment témoigner du Christ sans cacher la vérité ou en manipulant des informations le concernant ?

Voilà la très étroite ligne de crête entre les deux versants, une sorte de partage des eaux. D’un côté les eaux de la vérité, de l’autre des eaux du contraire ? 

Pas si sûr non plus, car des deux côtés, côté Gospel et côté Gossip, il peut y avoir de l’autre. La difficulté, c’est comment les démêler, les distinguer, et comment être sûr qu’un tel mélange toujours inévitable alimente les attentes, savoir si elles sont bonnes ou mauvaises, et pour qui, mais ça c’est une autre histoire. 

Si les attentes humaines naturelles sont davantage côté Gossip, rien n’y fait, dans un jeu médiatique de transmission d’information le Gospel va passer à la trappe. D’autant plus facilement qu’il a si peu de soutien financier provenant des produits publicitaires en faveur de l’Evangile. D’ailleurs ses promoteurs, que sont les responsables de sa résonance missionnaire, ne cherchent pas trop à en faire de la publicité en craignant d’en faire un produit commercial comme un autre. Sauf quelques exceptions que l’on trouve plutôt dans certaines églises d’inspiration américaine, Gospel va tomber dans les oubliettes de l’histoire médiatique et publicitaire, et ses thématiques classées sans suite, mêmes celle de Jésus, et de son épopée, Jésus considéré comme né sous X. 

Et si les attentes sont côté Gospel, elles ont du mal à se frayer le chemin. Rien ne semble les aider de l’extérieur, et ce n’est pas facile de l’intérieur. La communication de la Bonne Nouvelle n’est plus audible et donc pas recevable, constat général et sans appel. Du coup on va aller plus facilement vers d’autres sources que celles officielles, censées fournir les clefs de réponses aux questions existentielles, que l’on se pose.

Ainsi la soif n’est toujours pas étanchée, car si c’est jouissif de se nourrir de quelques gossips faciles à absorber et à digérer, cela ne l’est pas côté Gospel non plus. Ce n’est pas là que l’on trouve satisfaction plénière, ni dans l’Evangile ni dans les faits divers de nature douteuse en terme de message, dont au fond on n’a rien à faire. Tout ceci c’est pour des faibles, car impatients d’une nourriture facile à avaler et digérer sans manière. Au coeur d’une telle insatisfaction prend donc place un troisième versant, comme étant un versant distinct de celui de Gossip avec lequel il ne faut pas le confondre non plus. L’analyse objective de la cartographie de partage des eaux de nos communications le détecte et l’impose.

C’est un versant où la soif inassouvie par les Gossips est toujours en attente d’une vraie bonne nouvelle. Comme chez Amélie, comme chez Éric-Emmanuel, Woody Allen, ou autre Lelouch, Scorsese, tous ces torturés d’esprits aux fouets métaphysiques. Sans exclure les chiffonniers d’Emmaüs, ni même Charlie Hebdo dont la soif de la liberté fait couler beaucoup d’encre à laquelle parfois se mélange du sang. 

Communiquer l’espérance décharnée de toute épaisseur de vie humaine ne sert à rien, cela s’apparente à mouliner en prenant tout le monde pour des hamsters adonnés à la tâche qui enivre sans issue. Communiquer en vérité suppose parfois une posture pleine de risque.

Car pour toute l’espérance que la vérité contient, il faut une issue, celle de la porte de secours dans des situations de danger imminent. Une telle porte est à intégrer dans le plan de constructions de nos huttes nomades dans lesquelles nous nous abritons pour le meilleur et pour longtemps. 

Et c’est indispensable de façon consciente, surtout si nous pensons pouvoir prendre de la hauteur dans nos stratosphère existentielles qui peuvent mener au ciel. Mais ces stratosphère peuvent aussi faire miroiter des cieux bien plus proches de notre écorce, de notre peau, et nous alourdir dans la marche vers le haut. Sans statuer pour savoir s’ils ne se cachent exclusivement ou en connexion partagée par le même fil d’espérance.

Or pour sentir le poids réel d’une vie, il faut une sacrée dose de légèreté d’esprit. Et l’inverse est aussi vrai, le poids des Gossips empêche la légèreté de la vie. Les Gossips ne sont jamais à prendre à la légère, ils sont les indicateurs de la vie réelle. C’est au milieu d’un tel terreau qu’est semée la Bonne Nouvelle de l’Evangile.

Pour récapituler, primo, nous sommes ce que nous sommes, secundo, nous cherchons toujours le meilleur, tertio, nous n’y parviendrons pas tout seul, il nous faut des soutiens multiples, variés.

Tertio, c’est aussi le titre du journal catholique qui à l’occasion de son anniversaire de 20 ans d’existence, a eu le droit, le privilège même d’une attention particulière de la part du pape François. Le journal fut créé à la suite de l’encyclique du pape Saint Jean Paul II dont nous avons commémoré la mémoire le 22 octobre dernier. Tertio millennio adveniente est un document plein d’espérance chrétienne pour l’humanité qui franchissait le seuil millénaire. 

Qu’en est-il 20 ans plus tard, une nouvelle génération se présente avec ses attentes et ses doutes, ses espérances et ses craintes. Est-elle plus assujettie aux Gossip que les précédentes, difficile à savoir. Tout dépend de l’efficacité du filtre imposé par la source de Gospel, reconnue formellement dans quatre Évangiles ou pas. Tout dépend surtout de la capacité de ceux qui en ont la charge de le faire au nom de leur foi. C’est lourd, c’est pour une légèreté bien divine.

Porter les paroles de réconfort dans les situations difficiles, où se répand la haine bien cachée dans les Gossips sans apparente importance, c’est parfois la seule réponse. Mais c’est un aveu d’impuissance, car la parole seule sans action, c’est somme toute dérisoire, voire contre productif : alors il faut aller au charbon. Mais aller au charbon de la foi, c’est comme toujours par le chemin d’espérance qu’il faut passer. Communiquer la vie de Dieu par le sacrement du frère (la charité réellement produite) c’est le plus puissant levier d’action divine, c’est le plus grand de tous les sacrements.  

Les uns le pensent de façon exclusive comme charité à exercer à l’intérieur d’un cercle bien défini, alors que les autres se défendent contre un tel rétrécissement, mais sont incapables d’aller à la source qui a toujours besoin de la parole et du geste fraternel pour être signe de la présence divine, donc sacramentel. Ce que le pape François clame dans sa dernière encyclique Tutti fratelli.  

Doux rêveur à l’instar d’un poète raté bien qu’au demeurant sympathique, ou alors porteur d’une vraie espérance qui fait vivre et qui devient un portique par où passer pour se laisser décontaminer de tant de Gossips? Les eaux du baptême purifient tout cela, elles coulent du côté est du Temple dans toutes les directions, et ce depuis la vision d’Ezéchiel, ce prophète d’autrefois dont nous parvient l’écho poétique d’espérance qui ne trompe pas.

Ézéchiel 47:1-12

47 Il me ramena vers la porte de la maison. Et voici, de l’eau sortait sous le seuil de la maison, à l’orient, car la face de la maison était à l’orient; l’eau descendait sous le côté droit de la maison, au midi de l’autel.

2 Il me conduisit par le chemin de la porte septentrionale, et il me fit faire le tour par dehors jusqu’à l’extérieur de la porte orientale. Et voici, l’eau coulait du côté droit.

3 Lorsque l’homme s’avança vers l’orient, il avait dans la main un cordeau, et il mesura mille coudées; il me fit traverser l’eau, et j’avais de l’eau jusqu’aux chevilles.

4 Il mesura encore mille coudées, et me fit traverser l’eau, et j’avais de l’eau jusqu’aux genoux. Il mesura encore mille coudées, et me fit traverser, et j’avais de l’eau jusqu’aux reins.

5 Il mesura encore mille coudées; c’était un torrent que je ne pouvais traverser, car l’eau était si profonde qu’il fallait y nager; c’était un torrent qu’on ne pouvait traverser.

6 Il me dit: As-tu vu, fils de l’homme? Et il me ramena au bord du torrent.

7 Quand il m’eut ramené, voici, il y avait sur le bord du torrent beaucoup d’arbres de chaque côté.

8 Il me dit: Cette eau coulera vers le district oriental, descendra dans la plaine, et entrera dans la mer; lorsqu’elle se sera jetée dans la mer, les eaux de la mer deviendront saines.

9 Tout être vivant qui se meut vivra partout où le torrent coulera, et il y aura une grande quantité de poissons; car là où cette eau arrivera, les eaux deviendront saines, et tout vivra partout où parviendra le torrent.

10 Des pêcheurs se tiendront sur ses bords; depuis En Guédi jusqu’à En Églaïm, on étendra les filets; il y aura des poissons de diverses espèces, comme les poissons de la grande mer, et ils seront très nombreux.

11 Ses marais et ses fosses ne seront point assainis, ils seront abandonnés au sel.

12 Sur le torrent, sur ses bords de chaque côté, croitront toutes sortes d’arbres fruitiers. Leur feuillage ne se flétrira point, et leurs fruits n’auront point de fin, ils mûriront tous les mois, parce que les eaux sortiront du sanctuaire. Leurs fruits serviront de nourriture, et leurs feuilles de remède. »

Quand la poésie se mêle de l’espérance, cela peut porter au loin le regard qui distingue entre la réalité et les mirages, comme les oreilles ainsi bien aiguisées distinguent facilement Gospel de Gossip.