AGI et techno utopie

 

Après avoir parcouru en trois étapes les différents aspects de l’AI, chaque fois sur sa présence et ses répercussions dans la société, dans son ensemble et dans la religion catholique en particulier, partons à la recherche de la voix de la France. 

 

Traditionnellement déjà Alain Turing et ses collaborateurs français et polonais, tous engagés dans le déchiffrage de l’Enigma des Nazies durant la seconde guerre mondiale, sont considérés comme les pères de l’informatique qui prépare le terrain à l’arrivée de l’AI. 

 

Même si la France a poursuivi les recherches avec la création du Minitel et donc d’un Intranet pour couvrir l’Hexagone, ce sont les autres qui en ont profité pour connecter le monde entier en couvrant de son maillage la planète entière, la France y compris.

 

Dans cette partie je vous propose de voir comment l’AI trouve sa place en France et comment la religion catholique de ce pays s’en “mêle”. 

 

Je ne vais pas ici citer les cas de l’influence de l’AI sur les décisions destructrices (suicides, homicide, harcèlement etc.) et toute sorte d’aliénation par la sortie du réel (amour virtuel ou encore capacité à voler, testé grâce à l’incitation de l’AI, qui se solde par l’écrasement au sol), ou encore les arnaques avec la création des comptes bancaires frauduleux et furtifs, sans revenir sur les “fake news”, harcèlement, images et voix imitées pour des raisons toutes aussi louches etc. 

 

On aura compris que, si le monde virtuel n’est pas fondé sur l’éthique et le respect de la vie, cela peut représenter un réel danger pour le monde réel. AGI (Artificial General Intelligence) à tous les atouts pour mener une telle œuvre dévastatrice dans les têtes et les cœurs bien humains. 

 

Les dernières décisions du gouvernement australien (en vigueur depuis le 10 décembre 2025) pour bannir l’accès des réseaux sociaux aux utilisateurs de moins de 16 ans, sont une des réactions pionnières en réponse aux défis du réel, posés par le virtuel de l’AI. La France semble emboîter le pas au lointain cousin.

 

AGI englobe un ensemble de courants regroupés sous le sigle TESCREAL (transhumanisme, singularisme, cosmisme, rationalisme, effectif altruisme et longévité) qui participent aux utopies para religieuses. Chaque courant suppose le dépassement de l’homme et la création d’une nouvelle forme d’existence. 

 

De là, à la création d’une religion technologique avec son paradis de techno utopie, il n’y aura qu’un pas. Sur cette ligne de raisonnement, facile de trouver quelque chose de divin dans l’AI. Et surtout créer un dieu virtuel à l’image du commanditaire. Plus besoin d’ennuyeux rassemblements dans les lieux de culte, chaque individu pourra se procurer ce qui le satisfait. Dans une nouvelle Bible de référence, on mettra en gros “à son image et sa ressemblance il le créa”.

 

Et si d’aventure cet AGI ainsi composé est exploitée pour des raisons idéologiques, ce qui semble se profiler comme une arme de communication, le danger pour la réalité humaine est aussi réel que celui de tester la pesanteur en volant… qui fatalement entraîne vers la chute. 

 

 

Entre marteau et marteau. 

 

La position de la France dans le jeu d’influences entre les grands de ce monde se dessine comme la voie médiane, une sorte de troisième force. Cela est vrai aussi bien pour la politique que pour la religion. Observer la manière dont la France, l’État et l’Église catholique, se positionnent face à l’AI, peut s’avérer riche en précieux renseignements pour la manière dont chacun peut se situer individuellement et collectivement.  

 

De la fascination à l’inquiétude, encore plusieurs fois on va sans doute parcourir ce chemin, tout en avançant vers l’inconnu. On va le faire avec une volonté, de plus en plus faible, de maîtriser la machine. Soumis à la pression de la concurrence, les régulations contraignantes, la collecte et la manière de gérer accès aux datas pour nourrir l’AI, vont devoir céder tout au moins par endroit.

 

“Chefs d’État et de gouvernement, institutions, entrepreneurs et société civile se réunissent ce lundi 10 et mardi 11 février (2025) dans le cadre du grand raout parisien. L’objectif : dessiner les contours d’une voie capable de peser face aux mastodontes américains et chinois. Macron a annoncé 109 milliards d’investissements privés «dans les prochaines années».

 

Article Libération – par Amaelle Guiton et Elise Viniacourt

publié le 9 février 2025 à 20h41 – (mis à jour le 9 février 2025 à 21h39)

 

“Pour Paris, c’est une équation à plusieurs paramètres : ne pas se laisser distancer dans une compétition technologique qui voit les Etats-Unis et la Chine faire la course en tête, en insistant sur la nécessité d’une «autonomie stratégique» française et européenne ; mettre en avant son «attractivité» propre tout en cultivant son image de puissance d’équilibre à même d’installer les pays du Sud autour de la table ; plaider pour une gouvernance internationale et des normes communes… mais appuyer plus ou moins discrètement sur la pédale de frein quand la régulation risque de handicaper ses propres «licornes». 

Après quelques journées apéritives, discussions scientifiques sur le plateau de Saclay puis…

 

Entre le ciel et la terre.

 

L’Église catholique de France ne veut pas être distancée non plus, ni par le Vatican, ni par l’Élysée. 

Quand l’IA rencontre les religions : perspectives pour l’Église catholique

Publié le 12 février 2025  Facebook Twitter Linkedin WhatsApp

“Le colloque intitulé « Quand l’IA rencontre les religions : perspectives pour l’Église catholique », organisé par la Conférence des évêques de France (CEF), s’est tenu le 10 février 2025 à Paris, dans le cadre de l’AI Summit Paris 2025. Cet événement a exploré les interactions entre intelligence artificielle (IA) et religion, particulièrement dans le contexte de l’Église catholique.

Le colloque… visait à réfléchir aux usages de l’intelligence artificielle dans les pratiques religieuses et à ses implications anthropologiques, éthiques et pastorales.« Nous – les évêques de France – nous pensons que l’intelligence artificielle générative peut être mise au service de l’Église dans sa mission pastorale et que cela mérite d’être étudié et aussi expérimenté », a souligné Mgr Denis Jachiet, président du pôle Dialogue, dans son discours d’introduction, à la Maison de Breteuil, le 10 février 2025.

La première table-ronde avec Gilles Babinet du Conseil national du numérique et Louis Lourme, recteur des Facultés Loyola Paris portait sur les applications potentielles de l’IA pour enrichir la foi tout en interrogeant ses impacts sur la compréhension de l’humanité. La seconde table-ronde avec Antoine Couret, fondateur d’Allonia et ancien Président du Hub France IA et Laurence Devillers, Professeure en IA à Sorbonne et Présidente de la Fondation Blaise Pascal portait sur comment l’Église pourrait concevoir des IA adaptées à ses missions spirituelles, tout en respectant ses principes éthiques.”

Je ne connais pas le contenu de cette table ronde, mais je doute fort que le débat porte sur la communion virtuelle, ou encore la confession à distance etc. Mais plutôt sur la manière dont AI peut aider à la mission de l’Eglise dans l’évangélisation par la parole et dans l’entraide par les actions concrètes caritatives. Alors que l’usage omniprésent du téléphone portable à conduire la prière, et même célébrer la messe ou d’autres sacrements, n’est pas encore clairement régulé.

 

Un colloque dans la continuité d’Antiqua et Nova

Ce colloque s’inscrivait dans une réflexion plus large initiée par le Vatican, notamment avec le document Antiqua et Nova publié le 28 janvier 2025, qui met en garde contre un usage idolâtre de la technologie et insiste sur son rôle comme complément à l’intelligence humaine. « Ce texte souligne l’importance d’un usage responsable de la rationalité et de la capacité technique.” 

“L’IA devrait assister et non remplacer le jugement humain, tout comme elle ne devrait jamais dégrader la dignité de l’humain ni sa créativité. Dans ce texte, le Vatican dénonce l’utilisation intentionnelle de l’IA à des fins de manipulation comme avec les “fake news” ou les “deep fakes” qui sont produites par l’IA. De telles pratiques risquent de progressivement miner les fondements de la société en alimentant la polarisation politique et le mécontentement social», a relevé Mgr Denis Jachiet avant de préciser que l‘intelligence artificielle peut effectivement être perçue comme une manifestation moderne de la « tentation prométhéenne de l’homme », alimentant l’illusion d’un salut par la technique. Cette vision s’inscrit dans la continuité du mythe de Prométhée, où l’homme cherche à égaler ou surpasser les dieux grâce à la technologie.”

Revenons sur les principaux dangers vus lors de ce colloque : “fake news”, la polarisation politique et salut par la technique. Le premier et le dernier sont déjà bien familiers aux experts en communication, pas trop mal étudiés pour faire ressortir les dangers évidents que AI amplifie, toute innocemment, elle qui n’a pas de conscience morale. 

C’est tout autre chose dans le cas de la polarisation politique que AI amplifie déjà, et qui va continuer. Sans aucun contre-pouvoir, elle devient un outil entre les mains de ceux qui gèrent la sphère politique de leur pays. Dans ce domaine non plus aucun échappatoire par neutralité n’est possible. Chaque gouvernement est sonné pour se prononcer et agir en conséquence. 

 

Faire entendre une parole d’Église fiable face aux avancées technologiques

Le Père Laurent Stalla-Bourdillon, Directeur du Service pour les professionnels de l’information (SPI), constate « C’est en testant elle-même ces outils que l’Église catholique parvient à se faire une idée précise des possibilités et des limites. ». Dans cette optique, un groupe de travail réunissant le SPI et la Conférence des évêques de France a été constitué pour évaluer les modèles de langage et renforcer les compétences des différents acteurs de la vie ecclésiale. 

« La mission du service pour les professionnels de l’information m’a conduit à observer ce qu’il faut appeler le magistère de la parole dans les espaces publics«, en se posant la question sur « les intelligences artificielles génératives seront demain le premier prescripteur de connaissance religieuse ? » avant d’ajouter que l’Église catholique : « peut trouver dans ces nouveaux outils numériques une capacité inédite d’exprimer son propre point de vue selon des paramétrages précis. Il est possible de leur donner une tonalité pastorale voulue dans un monde où la quête de sens et le désir de répondre aux questions existentielles restent fondamentaux. »

Une belle perspective se présente devant l’Église catholique pour ne pas se laisser distancer. Il lui faut être présente dans les paramétrages des données concernant la religion et la doctrine. C’est un champ missionnaire émergent. Mais que veut dire la remarque qui porte sur la nécessité de veiller à ce que le message chrétien soit transmis de manière fiable et éthique? Sans doute le rapport entre la grâce et la nature et la dimension de liberté dans le fait de croire constituent actuellement le point d’attention de la part de l’Église à l’égard de l’interférence de la part AI. 

Mais d’autres défis l’attendent pour accompagner ce paramétrage. Qui aura l’autorité régulatrice et comment ceux qui voudront y échapper en la contournant seront pris à partie? L’Eglise a-t-elle les reins suffisamment solides pour relever ce défi qui se présente de façon extrêmement variée suivant les régulations propres à chaque pays. Comment va-t-elle représenter son autorité? 

Autant de questions qui attendent des réponses. Voir déjà comment sur le terrain français tout cela va être pris en compte et concrètement géré, devient un terrain d’expérience qui peut, comme souvent, donner des pistes de réflexions pour d’autres.

 

Trois éléments à retenir du colloque : « Quand l’IA rencontre les religions, perspective pour l’Église catholique »

·      les usages pratiques de l’IA : De nouvelles technologies comme les robots-prêtres ou applications religieuses émergent déjà dans certains contextes, posant des questions sur leur intégration dans la vie ecclésiale,

·      les enjeux éthiques : le colloque a insisté sur la nécessité d’une intelligence artificielle guidée par des principes chrétiens tels que la dignité humaine, la justice et la solidarité,

·      la vision théologique : l’Église doit veiller à ce que ces technologies ne remplacent ni Dieu ni l’humanité, mais servent au bien commun.

 

Le colloque, pas le premier de ce genre, a permis à l’Église catholique de poursuivre une réflexion approfondie sur les opportunités et défis liés à l’IA. Il a souligné la nécessité d’un leadership moral pour orienter ces technologies vers un usage responsable et enrichissant pour les croyants et ceux qui voudront le devenir.

Un boom qui va tout transformer ou une bulle qui va exploser en laissant un souvenir rêveur. Dans les deux cas, AI va laisser un goût d’inachevé. Et tant mieux, mais ne parlons pas pour les autres dans le futur plus ou moins lointain. 

L’Église catholique de France, tout comme le gouvernement français, chacun pour sa part, sont des acteurs majeurs du pays. Ils remplissent l’espace entre le ciel et la terre (la religion) et entre les terres proches et lointaines (la politique). Ils sont ainsi unis dans leur souci commun pour la France qui est une portion de l’humanité. 

Et pour l’Eglise catholique cette portion de l’humanité est en même temps une portion du peuple de Dieu. Chacun pour leur part, la France et l’Eglise de France, lèvent la voix pour faire connaître leur compréhension de ce qu’est AI et comment elle pourra servir le bien commun. 

L’avenir montrera comment cette voix sera réellement entendue. Et au profit de qui? 

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Photos :

Photomontage réalisé à partir d’images de la photographe Henrike Stahl et de la banque d’images Unsplash. (Henrike Stahl/Libération)

Photos colloques : ©CEF