Kung Hei Fat Choi, l’année du Cheval, symbole de passion, de détermination et d’énergie vibrante. C’est ce que nous nous souhaitons à nous tous, pas seulement cette année-la. À cheval entre l’ancien et le nouvel an civil 2025/26, mes deux derniers voyages en Inde que je vais relater, vont suivre les traces de la passion, de la détermination et d’énergie débordante. 

Pas tant les miennes, car tout est limité et le retour de mon second voyage en Inde en février fut marqué par le besoin du remède de cheval pour vaincre quelques virus égarés dans mon corps. C’est arrivé à l’occasion d’une course à pied épique pour ne pas rater la correspondance à Mumbai. 

Presque 5 heures de battement auraient dû largement suffire, sauf que la compagnie aérienne a décidé de retarder le vol de trois heures, puis l’arrivée effective 30 minutes plus tard, transfert d’un aéroport à un autre, tout cela en pleine nuit…, je passe les détails.

Ce podcast contient de larges extraits du carnet de voyage en novembre. Le voyage était programmé à l’occasion d’une réunion à Madurai, ce à quoi se sont adjoints deux autres destinations, Chennai et Pondichery. Chercher à entrer en contact avec les communautés francophones locales a motivé cette extension. 

A cette occasion, on peut découvrir des endroits dont on entend parler. Pas grand chose de francophone en définitive sauf à Pondichéry, par tradition qui se meurt.  Se rendre compte directement de la situation est toujours mieux que d’entendre dire que ceci ou cela.

2025 nov 18-19 Chennai 

Après une journée d’ultime préparation et la suite passée dans l’avion et en voiture, le reste de la nuit je suis enfin allongé et me suis endormi. Je me trouve à Chennai chez St Thomas, c’est là que la tradition identifie le martyr de l’apôtre. Une rencontre historique, adoucie par la magie d’a temporalité et celle de la pluie de novembre (une des deux moussons de l’année) qui s’accorde avec l’adoucissement saisonnier apprécié de tout être vivant.

Je découvre les traces du fondateur de l’Eglise en Inde, Thomas apôtre, je le fais en compagnie de deux confrères de Chennai, John et Anthony. Ils sont aux petits soins avec moi, un peu comme ceux de Taiwan comme s’ils craignaient que quelque chose de mauvais puisse arriver à leur protégé. Une surprotection ne me semble pas nécessaire, mais je comprends le réflexe culturel de responsabilité, et m’exerce à la patiente acceptation du mode relationnel.

Nous nous trouvons au tombeau de l’Apôtre situé en dessous de l’autel de la cathédrale. C’est comme pour St Pierre de Rome, au Vatican, le parallèle est mis en  avant  lors de la visite, discrètement, mais clairement.  

Alors, dans l’ambiance digne des catacombes, je médite sur les nervures et ligaments de la foi chrétienne qui permettent d’unifier le corps du Christ au travers les siècles et les continents. En effet, les Actes des apôtres, une fois commencés à être rédigés, ne cessent de continuer à narrer les hauts faits des herolds de la foi. Depuis deux mille ans, des Actes sont écrits dans de tels endroits. 

La sève de la foi y semble s’écouler tout doucement au rythme de la lenteur tropicale que la chaleur moite étourdit les esprits dans les moments des pauses somnolentes. Rien n’y est pressé, tout y est au rythme de la vie qui s’accorde avec la nature et puisque la gratia supponit natura (la grâce se manifeste sur la nature), la foi se laisse modeler par les éléments dont le climat fournit le contingent majeur.

Pour s’en rendre compte rien de tel que d’aller sur la côte, dont la plage, une des plus larges au monde, s’étend d’une bande de sable large de plus d’un kilomètre à la marée haute. C’est long pour y arriver sous le soleil soulagé par la mousson, mais chargé d’humilité. Mais la récompense est dans la rencontre avec un cheval (est-ce prémonitoire pour l’année en cours, magnifique cheval blanc tacheté de brun et de noir. 

Un souvenir des conquêtes lointaines des royaumes oubliés ou presque comme celui de tamils au XIII siècle qui grâce aux chevaux se sont répandues pour porter aux contrées lointaines la vérité de leurs muscles et la bonne parole de leur paix. 

La forterresse visible sur l’horizon de la ville depuis la plage rappelle les muscles bienveillants des conquérants de l’Ouest. Conquête et protection ont toujours été deux vecteurs de la réussite économique et à cette occasion politique.

Finalement, Coastal taste lunch pour satisfaire nos besoins culinaires va prendre le dessus sur le reste. 

En route pour Pondichéry 19 novembre

Les routes indiennes sont bordées de panneaux publicitaires, de moins en moins nombreux à croire, au vu du nombre de structures de soutien abandonnées depuis un certain temps. Mais celles pour les élections et quelques bons business fonctionnent de façon aussi légale que nécessaire.

« Quality and trust »  la tête du propriétaire d’une compagnie en vogue exprime tout le désir à la fois en politique que dans l’économie. Si la qualité des produits, y compris politiques, est garantie, il faut encore une autre qualité, celle qui est relationnelle et laquelle se résume par le mot confiance. 

Tout l’enjeu est là, si vous me faites confiance, je peux vous conduire au septième ciel. Si cela va s’accompagner de quelques difficultés, c’est la faute aux obstacles indépendants de ma volonté. Conquêtes et protection sont toujours nécessaires.

Sur la route, nous nous arrêtons dans un endroit où on s’occupe des personnes âgées abandonnées, la figure de la Mere Teresa de Calcutta se profile déjà à l’horizon, mais ce serait pour une autre fois. Si aucune aide n’est à espérer de l’intérieur du pays, l’aide extérieure n’est pas bien vue non plus, chacun gère sa fierté comme il peut. 

Au moins, ceux-là sont dans un environnement naturel sans pollution, rassurés que quelqu’un va s’occuper d’eux jusqu’au dernier moment. Au milieu de la forêt la discrétion est garantie, ce ne sont pas les oiseaux de bonne augure qui vont transmettre des messages d’une  mauvaise.

Et en vient ce simple chapelet de mots égrenés sur les os de leur vie.

La terre est la terre,

le ciel est le ciel,

la vie est la vie,

et le corps est nulle part, 

sans vous, 

peu importe qui vous êtes,

Nous sommes, 

Nous sommes ensemble

pour le présent, 

et même  pour un avenir meilleur.

[Earth is Earth

Heaven is H

Life is L

And Body is nobody

Without you

Who you are

You are

And we are together

For the present 

Even for a better future!]

“Accident prone zone, go slow”.

Oui, quand des zones accidentées sont indiquées, on sait qu’il faut faire attention. Une des pensionnaires est littéralement pliée en quatre, accroupie en se déplaçant  les genoux et bassin pliés, tout nain à côté d’elle est presque géant.  

Elle s’approche d’une chaise, l’envisage et l’aborde en se redressant sur ses deux jambes pour se hisser sur le meuble qui la fige en pièce de musée qui semble avoir été vivant autrefois. Comment elle a pu le faire, la loi de l’aerodynamique me semble contredite, mais la femme connaissait son secret. 

Souple et recroquevillée sur elle-même, une triste métaphore de ce que l’esprit peut commander au corps ou pas. Chez d’autres des membres atrophiés, le souvenir d’une lèpre, active jadis.

Pondicherry 

Accueil très chaleureux par le curé de la seule paroisse francophone de la ville et de la région. La messe y est célébrée en français tous les matins sauf le jeudi, le jour où je suis là, mais en revanche je suis à la messe dite en tamil pour les garçons de l’orphelinat paroissial.

Dans le passé, quatre églises successives y étaient érigées, tempêtes et incendies en ont eu raison avant celle qui demeure, mais qui demande des réparations et, le prix de deux millions US dollars estimé, que personne n’est censé vouloir payer.

Le curé a son bureau à l’intérieur du presbytère, dans le hall central qui donne sur la rue. Ce que l’on appelle avoir pignon sur rue. Il a succédé de cette habitude de son prédécesseur et une fois les paroissiens consultés, il a décidé de maintenir sa présence dans un endroit aussi stratégique.

Profitant d’une bibliothèque en francais bien fournie (le curé a étudié en France le droit canon et la bible), je me plonge dans un article sur la figure de Jeremy chez saint Matthieu chap 1-2, alors que pour saint Jean c’est la figure d’Elie qui sert d’arrière-plan. Cela me servira sans doute pour l’animation du groupe biblique sur l’Evangile de Saint Matthieu à Hong Kong. 

Jérémie 31 nouvelle alliance,  sur la base de pardon et d’obéissance, fait écho aux pleurs de Rachelle (considérée comme mère du peuple d’Israël), symboliquement ce texte exprime le deuil de la mort du peuple en exil. Qui est alors Israël? Celui que Rachel pleure? Ou celui que représentent scribes et pharisiens? Les exégètes continuent à discuter. Je m’endors avec cette question et emporte dans le sommeil les pleurs de Rachelle pour ses enfants, dont je fais partie.

Après la messe en Tamil et le petit déjeuner à la Pondichéry, une visite accompagnée d’un guide local qui parle francais et qui veut retourner en France. Hier soir (à pied) et ce matin (en scooter), Vincent m’a montré la ville avec des traces françaises garanties par le traité du 1er novembre 1954 (la rétrocession de Pondicherry à l’Inde).

Les noms des rues sont toujours en français, au moins cela de bien négocié par les français en 1954 l’année de la rétrocession du comptoir d’abord britannique, puis français. Mr Dupleix et autre Lamartine sont là, même si certains d’entre eux sont déjà dédoublés des noms indiens, la loi de la nature fait la nature de la loi.

Après le déjeuner, nous partons pour Madurai, la gentillesse du père Kennedy n’a pas de bornes. Il a bien vu que mes calculs pour faire le trajet par d’autres moyens de locomotion (bus) n’étaient pas justes, avec le chauffeur ils vont faire aller-retour dans la nuit. 

Sur la route, comme si c’était pour me consoler, il m’explique que les arbres  parasols sont aussi appelés les arbres qui dorment toujours, car on peut y dormir à n’importe quel moment de la journée, le branchage est suffisamment dense pour apporter de l’ombre, ca frole la tentation de dormir, égal à la tentation: inutile de travailler, le repos suffit. Mais au passage j’apprends que Singapour veut dire pays de lions en tamoul. Le lion ne dort pas tout le temps.

Après 6 h de route nous arrivons rue Pilar chez les pallotins. 

Et mes deux anges repartent en me laissant sur place, quelle générosité! 

La soirée entre call avec Marie pour préparer le voyage au Kyrgyzstan en avril et la récréation avec les confrères. 

Une nuit plutôt reposante et le vendredi matin me réveillent les chants de prière des prêtres réunis en retraite diocésaine. 

J’apprends que dans Tamil Nadu il y a 33 diocèses. 

Le terrain des pallottins, rue Pilar, abrite essentiellement le bâtiment provincial et sert d’accueil pour les retraitants spirituels. A part, dans le jardin se trouve le bâtiment de l’école où sont volontaires les trois jeunes allemandes, aux motivations bien humanistes. L’eau est collectée des toits et une fois filtrée, elle est prête pour l’usage du centre. 

Le financement allemand est visible sur les plaques de remerciements. 

Derrière les murs d’un ensemble de maisons, je vois des religieuses. 

À ma gauche L’Enfant Jésus Health Center et à ma droite Shantha Centenary Nivas. 

Tout un quartier catholique sur la rue Pillar (le nom d’une congrégation indienne)

Asia-Oceania meeting, 

Seulement 9 membres, plusieurs empêchés de pouvoir se rendre, même au dernier moment (visa refusé, problèmes familiaux) 

Après l’allumage de quatre mèches à l’indienne à côté de la statue de V. Pallotti  fait à la manière d’un bouddha, le message du général est lu par father Rahul (membre du conseil général siégeant à Rome, mais originaire de la province de Raipur, que l’on retrouvera dans le récit sur le second voyage en Inde.

La lecture des minutes de la réunion à Séoul en 2023. 

J’apprends sur les Nadars, cette caste du Tamil composée des riches producteurs de l’huile de palme, commerçants, souvent discriminés par d’autres castes de la région, pour se défendre ils pratiquaient les arts martiaux de Varma Kalai. Les Nadars, donc étant d’une caste inférieure, mais enrichis, ont pactisé avec les Thivars, ces derniers étant considérés comme des criminels  pour leur capacités à tuer en tranchant la tête avec une épée. On en parle parce qu’ils sont majoritairement catholiques.

Le 22 novembre, anniversaire du p. Raou, on évoque le passage du jésuite italien Nobili (1577-1656) à Madurai qui a révolutionné l’approche missionnaire dans le sud  de l’Inde en essayant d’adapter le christianisme à la culture locale, qui comme Matteo Ricci en Chine à l’égard des mandarins, a visé les castes supérieurs d’hindous.

Le soir, la performance des étudiants de Pillar.

Nous recevons des cadeaux de bienvenue et place aux danses traditionnelles de Madurai région

23 Christ Roi

Les croix dans les églises dans le Tamil Nadu sont disposées plus bas qu’en Europe. 

Surélevées un peu sur le mur ou disposées au sol.

Plus on s’éloigne du sud, plus les vocations sont plus nombreuses. Raipur a plus de 100 séminaristes.

Plusieurs communautés religieuses ont perdu leur propriété à cause de problèmes administratifs. 

Zapota, un  fruit  dont je découvre la forme et le goût à midi.

24 novembre

Trois diocèses des Dalits et 11 autres dans le Tamil Nadu. 

Grâce aux jésuites qui promeuvent la promotion des Dalits. 

Session du matin

Suggestions

1. Organiser congrès missionnaire à May Sur 

in October 2026 

Etc

Les mots de la fin : discussions très ouvertes, réalistes dans les projets et confiant dans l’avenir.

La présentation de HK avec les photos a été une réelle découverte pour certains. 

Appel téléphonique avec les représentants des français  dans la région. 

900 familles à Delhi et 600 à BANGALORE. 

50-100 français à Chennai. 

25 novembre:  visite d’un monastère chretien et d’un temple hindou.

Dans le sud, les vaches ne sont pas si sacrées que cela. 

Les Dalits les mangent, ou sont envoyées au Kerala pour être mangées par la population. 

L’élevage des vaches  pour le  lait et même la viande se pratique.

Visite du monastère bénédictin fondé en 1949 par les pères Henri Le Sceaux et Jules Monchanin, appelé Ashram au lieu-dit Shanitnavam (le bois de la paix).

Avant 1968 rien ne se passe. Mais plusieurs visiteurs voient leur vie changer.

Les Camaldules viennent  en 1980 et ont ouvert le pont avec  la culture locale. 

Discussion avec le prieur de la communauté, fr Dorotech, dont l’oncle est un pallotin.

Brahma, Vishnu et Shiva et la trinité chrétienne, le parallèle entre les deux théologies inspire les fondateurs et continue à inspirer les membres du monastère actuel. 

 Explorer le mystère de la trinité chrétienne à l’aide de la vision hindou. 

Dans un style télégraphique, je transmets les résultats de nos échanges :

Toute la Trinité est révélée sur la Croix. 

La lumière et la ténèbre sont ensemble pour signifier le mystère de Dieu. 

Le tabernacle est dans une pièce sombre dans ce monastère. 

Le tabernacle avec deux triangles et Jésus souriant. 

Le déjeuner sur la route dans un restaurant ou se restaurent les dalits et les bramans, sans se mélanger, dans une connivence pacifique. Est-ce déjà le progrès dû à la suppression officielle des castes?

Dans l’après midi la visite de Brihadishvara, un temple hindou imposant, impressionnant, animé d’une foi fervente des pèlerins qui très nombreux s’empressent à offrir des présents dans “le saint des saints”.

Au retour nous croisons des bus roses, ils sont gratuits pour les femmes, dans tout Tamil Nadu. Les hommes peuvent le prendre, mais en payant.

Le lendemain je prends de Madurai le train, moderne et bien confortable,  qui m’emmène à  Chennai pour y passer la dernière nuit en communauté avant de prendre le lendemain l’avion pour Hong Kong.  Un retour aussi ordinaire extérieurement que bien chargé de découvertes liées aux  nouvelles rencontres et des prises de conscience.