The Peak

Mon séjour à Hong Kong est ponctué par des ascensions au Peak et l’arrêt chez les Mep où j’ai ma tanière temporaire, d’où je fais des escapades récréatives autour et sur les flancs de la colline. Le temps agréable, utile, si prêt de la ville et déjà ailleurs, certains de mes lundis y trouvent leur raison d’être. 

En solitaire quasiment tout le temps, avec quelqu’un rarement, parfois en croisant des connus, et abordant ou me laissant aborder par des inconnus, les touristes ou locaux. 

Ces derniers n’aimant pas trop qu’on les prenne pour des touristes, alors que ceux-ci sont si attachants par leur fraîcheur du regard, avide de curiosité nourrie à la hauteur de la vue sur la baie de Victoria. 

Curiosité récompensée surtout par la féerie du soleil couchant, qui, grâce à la brume  et les nuages, suspendus entre la mer et le ciel, naviguent dans les airs de façon incertaine de leur consistance et parfois même de leur existence, mais sont de mèche avec le soleil et les montagnes et la mer pour ensemble faire voir de toutes les couleurs. 

La nuit qui prend possession de la terre après le shift du jour, éteint les ardeurs multicolores de la nature pour continuer à se donner en spectacle pour plonger dans la gamme des gris. Mais, il y a la ville, qui grâce aux éclairages urbains usant de toute la palette diaphragme de l’arc en ciel prend le relais pour continuer à charmer et émouvoir les spectateurs, touristes comme locaux dont je fais partie. 

Mon temps là-haut est rempli de solitude, de convivialité des hôtes, à la chapelle et dans la salle à manger, la connexion aux deux chaînes françaises permet de reconnecter avec la France et ses mondes. Sans oublier l’ordinaire de la vie de la CCFHK et d’ailleurs à suivre, à accompagner. 

Tout ceci forme le décor d’une existence qui ne veut pas être haut perchée, mais qui cherche des cimes à épouser. Et c’est pour une raison très simple, plus haut on est perché, au plus loin l’on voit. 

Tout en sachant que pour un insulaire, les horizons des mers sont particulièrement plats. Leur monotonie n’a de distraction que de vagues mouvements des bateaux qui tanguent sur les reliefs mouvants des vagues  engendrées par la nature et par les passages d’autres navires, qui, pour un insulaire ou même embarqué sur une rafiole quelconque, de loin sont une minuscule aspérité a peine visible à l’œil nu. 

Une fois mouillé, on comprend par le corps la force de la nature. Mais ne devançons pas le cours des choses. C’est juste pour donner un avant-goût de ce qui va suivre. Ce qui va suivre est une  broderie historico-littéraire sur les grandeurs et les misères d’une carte trouvée, perdue et retrouvée. Elle renseigne sur les connexions entre les peuples grâce aux voies maritimes, les véritables routes des mers…

Comme toutes les bibliothèques du monde qui se respectent, inépuisables dans les investigations envisagées, celle de Mep est particulièrement riche en ouvrages de références. La bibliothèque invite à partir au large.

Un livre

Dans mes escapades au Peak, parmi tant d’autres, un livre fait figure de compagnon intéressant, mais particulièrement malmené. Après la rencontre avec ce livre durant la lecture d’une bonne partie de son contenu, une période de fréquentation assez assidue en tournant les pages les unes après les autres, il fut délaissé au fond du placard, partageant l’obscurité des vêtements et d’autres objets conservés sans être certain de leur utilité future.  

Tel fut le sort du livre qui m’a d’abord fasciné, puis pour des raisons que j’ignore, fut abandonné; sans doute la vie étant ce qu’elle est, nous nous laissons déporter de tant d’actions entreprises pour nous laisser entraîner par bien d’autres, toujours cherchant à être ailleurs. 

À chaque fois que j’ouvrais l’armoire, je le voyais, avec sa couverture grise-dorée, délaissé  dans un coin le moins inspecté.  Récemment, étant à court de lecture sur du papier (j’essaie de ne plus utiliser l’écran après 22h), je me suis penché sur ce livre en lui tendant les bras, ce que, bien qu’inerte qu’il soit, il n’a pas refusé, semblant même vouloir bouger vers moi. 

J’ai donc repris la lecture à l’endroit du marque-page à peu près au milieu du livre, en me souvenant vaguement de ce qu’il y avait dans les pages précédentes. Pris par ce que je lisais, la machine à remonter le temps et surtout les événements relatés, s’étant mise en marche, je commençais à songer à en faire un podcast. 

Le sujet le mérite. Mais pour remonter le temps, il fallait  chercher dans ma mémoire et dans mes notes. Google drive a signalé la présence d’une note au titre bien énigmatique.

« 2017 sept 20 araignées “

Voici le contenu de cette note : 

“ In Timothy Brook, La carte perdue de John Selden, sur la route des épices en mer de Chine,   Histoire Payot, 2015 Paris.

P.  166:

“Les lignes qui rayonnent à partir des roses des vents sont appelées  des lignes de Rhumb: ce sont des lignes qui conservent une direction magnétique constante. Sur les vieux portulans, ces figures quadrillent la surface de la carte en formant une toile d’araignée très dense, digne du filet dans lequel les Lilliputiens emprisonnent Gulliver.

Suite en photo, pages non numérotées entre 144 et 145 »

En relisant la citation, je comprends le titre de la note. C’était pour partir dans la direction d’un projet de livre sur les araignées, vieux de bien d’avant mon arrivée à Hong Kong. La citation étant destinée à l’alimenter. Un autre projet arrêté peu après mon arrivée à Hong Kong, bien avant  le Covid et jamais repris, projet pratiquement oublié qu’une telle référence était censée relancer à l’époque. 

Le livre retrouvé s’inscrit dans la logique de relancement de ces deux vieux projets. Restons avec celui-ci.

Avant d’aller plus loin, il me faut d’abord me comprendre dans cette citation. Elle n’est pas seulement la matière de base pour le projet sur les araignées. Elle contient un nœud, essentiel pour l’histoire de la cartographie maritime. On le comprend mieux en lisant la partie qui précède la citation mentionnée.

p.165 “La rose des vents qui figure sur la carte de Selden et qu’elle ne devrait pas s’y trouver: ces roses ne s’inscrivaient pas dans la pratique  cartographique chinoise avant le XXe siècle….”

Une rose de vent est un symbole graphique figurant sur les cartes, boussoles et portulans, indiquant  les points cardinaux et souvent les directions intermédiaires. Elle représente symboliquement l’exploration.

p. 166:  “A l’époque où Hyde et Shen ont annoté la carte de Selden, la rose des vents n’était plus qu’un vestige d’une phase particulière de la cartographie européenne, celle que l’on appelle le portulan.”

Or comme on le verra plus tard, la carte de Selden n’est pas un portulan.

“Le plus ancien exemplaire [de portulan] conservé remonte au XIII siècle. Ils ont continué à être utilisés jusqu’au XVII siècle, moment où la cartographie mathématique a évincé la méthode utilisée pour les désigner. Au lieu de cartographier une route sur l’eau, les portulans tracent  en effet des lignes côtières le long desquelles passaient les voies de navigation. La difficulté qu’affrontait  un cartographe de portulan était de trouver le moyen de passer d’une section à l’autre en conservant une échelle et une orientation cohérentes. Les roses de vent apportent la solution.”

Nous y voilà. Mon énigme à moi est un peu levée, l’utilité des roses de vents qui permettent de s’orienter, idéalement en nombre de 16, s’explique : “Si  tous les points  pouvaient être étalonnés en fonction de leur angle magnétique par rapport à chaque rose, la carte obtenue était parfaitement correcte.” (p166)

Si mon énigme s’éclaircit, mais sans doute aucunement la vôtre. Ce podcast est une invitation à lire sur les cartes et à lire au sujet des cartes maritimes. Pourquoi pas au moyen de la lecture de ce livre, si certains ont envie et courage de s’y aventurer. 

Et méditer sur le rapport entre la terre et la mer, les routes et les droits qui en découlent, sur notre risque de nous perdre en mer, celui des océans, ou de nos turbulences personnelles existentielles et collectives politiques.

Les cartes de la mer

La carte de la mer est très importante pour les navigateurs. Leur sécurité tout autant. Deux conceptions juridiques s’affrontent alors au XVII siècles pour rendre le commerce maritime viable. Pour Grotius (Pays Bas) la mer appartient à tout le monde, ce sont des eaux internationales avec le droit de libre passage. 

Alors que pour Selden (so British) les mers peuvent devenir des propriétés, comme des territoires terrestres. C’est dans le cas de Selden que l’on voit la mise en place de la logique de la cartographie des océans faite à l’image de ce que l’on fait avec la cartographie appliquée à la terre. Sur les mers et océans comme sur la terre.

Il en reste de ce débat une définition juridique toujours d’actualité sur des eaux territoriales, qui sont reconnues comme appartenant au pays qui par ces eaux en est le prolongement de son territoire souverain, à une certaine distance entourant le territoire du pays qui a accès à la mer. 

Une situation cocasse se trouve dans la mer d’Okhotsk délimitée par Kamchatka ou la distance est telle que les eaux territoriales russes ne couvrent pas la totalité de la mer et donc au centre il y a une zone des eaux internationales formant une enclave, ou tous ceux qui veulent viennent pêcher librement en y jetant leurs filets avant de remplir leur chalutier et partir pour gagner leur port. Ce qui veut dire qu’ils ont le droit d’accès garanti par le droit international.

La carte de Selden

John Selden (1584-1654): juriste, orientaliste, historien du droit, parlementaire, théoricien de la constitution, auteur de la Mare Clausum  (la Mer fermée) publié en 1652.

Alors que Hugo Grotius (ou Grot) publie  Mare Liberum en 1609. Depuis, deux conceptions vont se côtoyer, sans vraiment s’entrechoquer,  les accroches seront évitées  tout au moins par des inventeurs eux-mêmes. Or l’usage que l’on en fait de leurs conceptions et de leurs personnages jusqu’à présent aura tendance à les opposer, ce qu’ils sont aussi.

“La carte perdue de John Selden est une  fascinante intrigue à tiroirs, qui nous emporte des mers de l’Extrême-Orient jusqu’à l’Angleterre de Jacques 1er Stuart, sur les traces d’une mystérieuse carte de Chine de 1608 dont John Selden, orientaliste convaincu, fut le dernier propriétaire.”

“Découvrant  cette immense carte unique en son genre au sous-sol de la Bodleian Library d’Oxford, Tim Brook décide d’en percer les secrets. Et c’est ainsi qu’à partir d’une insolite  rose de vents, de deux papillons du désert de Gobi, d’un ambitieux capitaine de Chine et d’un faisceau de routes commerciales, il nous entraîne dans le sillage des imposantes jonques chinoises.”

Il y a peu de cartes qui ont un destin aussi fabuleux que celle de Selden. Une autre est digne d’être mentionnée, c’est celle de l’Amérique réalisée un siècle plus tôt, en 1507,  par un certain Martin Waldseemüller. Elle est présentée comme l’acte de naissance de l’Amérique, acquise par la bibliothèque du Congrès en 2003 au prix de 10 millions de dollars. 

Cette carte a un prix exorbitant grâce à un petit détail. En bas est écrit le nom Amérique. Parce que l’auteur était admirateur de l’explorateur géographe, Amerigo Vespucci, sinon le continent s’appellerait Columbia. 

Or, la carte de Selden est précieuse pour une autre raison. C’est une carte chinoise, “la plus importante des sept derniers siècles. Elle représente la partie du monde que connaissaient les chinois de ce temps, c’est-à-dire la superficie  qui s’étend de l’océan Indien à l’Ouest aux îles des Épices à l’est, et de Java au sud, du Japon au Nord.”  

Tim Brook, l’auteur du livre consacré à la carte de Selden, précise par la suite, que, à la différence de la carte de Waldseemüller maintes fois imprimée, celle de Selden est une pièce unique, sa survie tient à la passion d’un savant qui sans connaître le chinois a favorisé la sauvegarde du savoir, “à la fois anglais et universel”.

“C’est une grande carte, qui mesure 160 cm de long sur 96,5 cm de large” Bien que la moitié de celle de Waldseemüller, elle est la plus grande carte murale de son temps. Elle est faite de deux immenses planches de papier intégrés, alors que celle de Martin Waldseemüller était composée des douze planches, l’usage de ces derniers fut vite abandonné pour des raisons sans doute pratiques.

“Ces deux cartes revêtent, chacune a sa manière, une importance considérable. Waldseemüller a dessiné son planisphère à l’instant précis où le Nouveau Monde surgissait aux regards.”

La carte de Selden reflète elle aussi à sa façon la rencontre de la Chine avec le monde moderne, vu de l’autre côté du globe. Son auteur a tenu compte des traditions établies de représentation de la Chine, tout en s’en écartant pour figurer les terres situées au-delà de celle-ci “comme aucun cartographe chinois ne l’avait fait.”   

Brook note avec un amusement certain sa préférence pour un détail de la carte qui représente les papillons qui volent au-dessus du désert de Gobi.

D’autres mystères demeurent. “Absence presque totale de documentation susceptible de nous éclairer sur cette carte.” Alors que la carte a voyagé et était consultée et scrutée même par des regards différents multipliant par deux, aux dires de l’auteur, le nombre d’histoires que celui-ci aurait aimé raconter en détails.

“Les marchands et les marins qui voyageaient à la surface de la carte de Selden le faisaient pour l’argent et n’avaient pas d’autres préoccupations.” (Pour cette partie les citations sont des pages 21-24)

La mer fermée. 

Nostra mare des Romains a sans doute inspiré Selden.

L’ouvrage de Selden est impressionnant par ses dimensions et sa volonté d’être le plus objectif possible, l’auteur “affirmant avec insistance qu’il ne soutiendra rien de plus et rien de moins, il consacre ensuite 500 pages à élaborer en théorie et en pratique une défense détaillée en faveur de la juridiction britannique sur les mers environnantes.” 

Soutenir que les océans sont la mer ferme de l’Empire britannique c’est admettre avant tout l’hégémonie d’une puissance maritime. Les Hollandais de Groten n’avaient pas cette prétention. Savaient-ils qu’il ne l’était pas raisonnable de le prétendre, ou savaient-ils surtout qu’ils n’avaient ni les moyens, ni la volonté d’aller jusque-là ou les Britanniques sont allés? 

Ce ne sont que de pures hypothèses, mais vouloir sécuriser les chemins commerciaux sur les océans que l’on découvre n’a rien d’exagéré, question de bon sens posée par de bons commerciaux.

Selden se défend d’être partial à la fois au service du roi et au service de la conception impériale britannique afin d’asseoir son hégémonie sur les mers et les océans. Il est probablement tiraillé entre le désir d’un travail bien fait et l’attirance pour un bon ordre des choses, que l’Empire peut procurer à ses sujets et au-delà. De Groot qui a une conception bien opposée n’est pourtant pas un ennemi juré de Selden, et réciproquement, les deux hommes s’apprécient et se respectent.

“les deux hommes considèrent la liberté comme la condition naturelle de l’humanité et affirmaient l’un comme l’autre qu’elle ne pouvait être limitée que par convention et en aucun cas par l’obligation imposée unilatéralement.” Brook insiste et conclut que tous les deux, Selden et De Groot s’opposaient “à la tyrannie d’État et comprenaient que le droit était l’arme la plus efficace pour la combattre” p. 75/6

Tyrannie à laquelle n’a pas survécu un autre protagoniste de la carte de Selden.

Le tourbillon politique

Un autre personnage entre en scène pour comprendre l’importance de la carte de Selden. C’est Mgr Laud. 

“L’archevêque Laud était une figure controversée aux yeux de ses contemporains et une personne complexe à ses propres yeux.” Pasteur, célibataire, d’origine modeste, archevêque de Londres sous Jacques Ier, et archevêque de Canterbury sous Charles Ier. Mais il a mal choisi en misant sur la fidélité à Stuart, dont l’impopularité grandissante incommode de plus en plus largement, à cause, y compris, de la prétention  de Jacques à la souveraineté de droit divin. 

Laud (comme Selden) est dans l’œil du cyclone politique qui traverse le Royaume pour le secouer jusqu’à dans ses fondations. Le roi et les évêques réclamaient à cor et à cri le respect de leurs prérogatives et, de l’autre, les républicains du parlement, qui souhaitaient mettre fin à ces privilèges pour imposer les leurs. 

Mgr Laud se laisse facilement aveugler par ses propres certitudes, tout en se révélant un manipulateur vaniteux. Sa fidélité obstinée lui a valu l’emprisonnement et l’exécution. Alors qu’il était conscient du danger. Deux ans avant son emprisonnement, il lègue à la bibliothèque de Bodleian l’essentiel de ses manuscrits orientaux pour éviter qu’ils ne tombent entre les mains de ses ennemis. “Trois ans plus tard il serait décapité par des extrémistes puritains qu’il méprisait.” p. 155 etc.

Laud et Selden, les deux hommes se connaissent bien. Selden admire Laud comme chancelier d’Oxford. Les deux s’accordent pour condamner la médiocrité intellectuelle et la vacuité morale du puritanisme. Laud aura certainement trouvé amusante la remarque narquoise de Selden affirmant que “le Puritain prétend être jugé par la parole de Dieu: s’il s’exprimait clairement, il dirait par lui-même” 157.

Un profondément humaniste, l’autre profondément ecclésiastique, les deux hommes s’apprécient pour ce qui étaient de leurs intérêts communs. Mais leur destin commun prendra une forme tragique lorsque Selden se trouvera nommé membre du comité du parlement constitué pour rédiger les accusations contre l’archevêque. Sans  échapper à une sinistre participation de l’autre, Selden aidera Laud en fournissant des documents pour sa défense. 

Selden n’appréciait pas les idées de Laud, jugés trop raides et lui trop inflexible. “Il admettait encore moins que l’on put considérer sa mise à mort comme un acte de justice légal.” (p. 155-158) 

À la recherche des traces perdues 

En lisant le livre sur la carte maritime chinoise de Selden légué à la Bibliothèque d’Oxford, on se met à croire que parfois étudier l’histoire peut s’avérer bénéfique pour non infléchir l’avenir, au moins pour essayer de s’y comprendre. 

Les lois étiquetées à partir du droit divin se heurtent et se chamaillent avec les règles étiquetées  en vertu de la loi purement humaine fondée sur l’observation et pas sur des aprioris, jugées comme telles dans le cas de la religion.  Ce conflit se poursuit à notre époque. La qualification morale en dépend, elle qui est aux dimensions de l’étendue de la loi limitée à un pays qu’elle couvre, ou alors universellement, comme le prétendent les défenseurs de la législation du droit divin. 

Si c’est plus rassurant dans ce second cas, il n’est pas moins nécessaire de confronter cette législation aux détails de la vie qu’aucune casuistique seule ne pourrait prétendre prendre en compte.   

La chrétienté de hier, l’islam d’aujourd’hui, les religions ont des réponses diverses, est-ce complémentaire ou contradictoire? Les idéologies politiques font leur beurre sur les frictions entre les courants religieux en conflit. Le puritanisme, d’où qu’il vienne, celui d’hier n’est pas moins dangereux que le puritanisme d’aujourd’hui. 

Le détricotage du droit international (au nom de l’homme ou au nom de Dieu, dans la version chrétienne homme/Dieu) ne peut que faire perdre de nouveau les traces des cartes pour les déplacements, dont tout le monde veut assurer le libre passage. 

L’histoire de la carte de Selden est un exemple et un symbole; exemple d’une traçabilité possible et symbole d’une universalité que les découvertes font intégrer dans les ventres des uns et des autres.

“La carte de Selden inclut certaines des îles qui se trouvent dans cette mer, mais uniquement celles qui concernent les routes qui longent les côtes. Les îles des Pratas, au large de Hong Kong, y figurent accompagnées de la légende Nan’aoqi (que nous pourrions traduire approximativement par “remous  du sud de Macao”. (p. 248.)

En conclusion, Brook avoue avoir accompli une somme considérable de recherche qui ressemblait davantage à un labyrinthe qu’à une ligne droite: 

“de John Selden  a Thomas Hyde et Michel Shen en amont; de John Selden a John Saris en aval via Samuel Purchas et Richard Hakluyt; de la carte elle-même a Zhang Xie et son étude des routes, a Williame Laud et au routier qu’il n’a pas pu déchiffrer, vers l’avant; de la carte encore à Zhang Huang et a son encyclopédie et, au-delà, a Luo Hongxian et a son atlas national, vers l’arrière; avec une petite escapade depuis Selden en direction de Jacques Ier et du droit divin des rois, afin de le rattacher au droit de la mer; sans oublier John Speed et son atlas mondial pour nous donner un point de comparaison”. (p.256)

Si je tenais à finir par cette citation, c’est pour deux raisons. D’abord en m’approchant un peu de ce sujet, j’ai voulu montrer la véritable complexité de l’histoire et de sa reconstruction historique (j’avoue d’être un peu perdu dans les directions). 

Puis pour constater que si l’on veut comprendre un phénomène de stratégie politique  d’aujourd’hui (l’actualité nous fournit des exemples à ne plus tragiques), cela prend du temps.  Faire confiance aux spécialistes ne peut jamais se résoudre à abandonner la vigilance dans les conclusions.  

Difficile de trouver des traces solides quand elles sont marquées par les eaux des mers et des océans. Et pendant ce temps, les araignées attendront, la rose du vent suffira.

Pardon, en fait, j’allais oublier, la boussole et le compas sont des ancêtres du GPS, applicable aussi pour les croyants qui s’avère, comme dans la recherche de l’Arche perdu, que ni la boussole ni compas ne servent pas à grand-chose, si la fleur de la foi ne détecte pas, la rose du vent de la Pentecôte ne fleurira pas. 

Là, c’est terminé pour de bon.

FIN