C’était pour Noël dernier

C’était à Noël dernier, le cadeau qui a eu le plus de succès. Un chien-robot est entré dans la vie quotidienne des enfants. Il est mieux que nature, il exprime des émotions, seulement positives, il est attachant, un chiot intelligent qui réagit aux caresses, qui court, renifle, en toute évidence content d’exister. 

Les premiers bénéficiaires, les enfants qui trouvent en lui un compagnon de jeux, qui n’est pas embêtant comme le grand frère ou la petite sœur. Lui, il est obéissant, docile, toujours content, ne râle jamais, ne pleurniche jamais, pas plus qu’il n’aboie. Pas besoin de le nourrir, pas besoin de changer sa litière ni le promener ou lui donner le bain après ses courses folles dans le jardin à la poursuite des taupes ou d’autres  félins comme lui.

Les seconds bénéficiaires, les parents, enfin l’enfant décolle sans difficulté aucune de l’écran (sur lequel je suis, en écrivant ce podcast, assis dans un A320 qui me mène de Pékin à Ałmaty il y a quelques jours). Un grand soulagement pour tant de parents qui ne savent plus comment lutter contre ce fléau qui touche d’ailleurs tout le monde, les parents eux-mêmes qui se gardent volontiers de ne pas trop stresser leur progéniture avec les interdits qu’eux-mêmes n’arrivent pas toujours à respecter. 

FROPLAY

« Froplay™ est déjà décrit dans les familles comme un “meilleur ami à câliner” — un jouet qui allie de manière unique émotion, technologie et éducation. »

On se souvient du transfert émotionnel opéré grâce à la poupée japonaise dans les années 1990 Tamagotchi;

« Le Tamagotchi est un animal de compagnie virtuel interactif de Bandai, disponible en français. Il implique de nourrir, soigner et jouer avec une créature numérique pour l’élever de l’œuf à l’âge adulte. Les modèles incluent des versions originales (années 90), Tamagotchi Pix (appareil photo) et Tamagotchi Uni (connecté). »

L’enfant y était actif, attentionné, un outil pédagogique pour éveiller un esprit d’attention à l’autre. Ici avec Froplay, les rôles sont inversés dans une interactivité où  l’enfant a un partenaire de jeu qui réagit, qui interagit, certes sorti tout droit de l’imaginaire du concepteur, comme la poupée, mais en action par lui-même. Tout au moins l’impression qu’il donne, car il est en interaction avec l’enfant qui joue et qui décide comment le faire jouer. La main n’est pas perdue, la pédagogie n’est pas perdue non plus, elle est seulement biaisée dans l’approche purement positive de Froplay qui ne peut être que bonne. 

Le chien-robot

Car justement c’est  là qu’il y a un problème. Le chien-robot n’est jamais dangereux, ni méchant ni désobéissant, etc. Dépourvu des côtés peu agréables dont on se passerait volontiers chez les vivants, Froplay  trace unilatéralement la voie côté soleil. 

Il est programmé pour être ainsi. On ne va pas s’en plaindre, on va juste s’interroger sur l’étendue de la valeur pédagogique du jouet, qui comme tout jouet n’initie que partiellement à la réalité complexe et contradictoire des êtres vivants. 

Pour sa défense, il est bourré  de capteurs sous sa fourrure de qualité supérieure, il est bourré de capteurs qui activent des moteurs silencieux (pas de risque de rots ou autres flatulences). La haute technologie au service de l’enfant, un outil pédagogique pour donner aux enfants la possibilité d’exprimer des émotions (positives toujours). 

Et si le geste est trop brusque, le chiot va émettre un bruit étouffé de gémissement, une manière de dire qu’il n’est pas content, mais il le fait de manière à ne pas provoquer la même chose que ce qu’il vient de subir. 

Le vrai pédagogue qu’est ce chien 

Le vrai pédagogue qu’est ce chien et surtout qu’est le concepteur par le jouet interposé. Ce que l’on appelle tirer vers le haut, activer les réflexes qui respectent les autres, car nous parions sur le fait que les autres nous comprennent. C’est ainsi que l’enfant apprend à être gentil et attentionné, et à maîtriser ses débordements.  Et pour une fois, il ne se fait pas gronder par les grands. Mais gentiment remis à sa place et puisqu’il aime jouer, l’enfant lui pardonne la correction à son égard.

La pédagogie positive aura ses effets chez tout le monde, chez les grands comme chez les petits. On ne dira plus en cours de récréation va te faire…, personne n’évoquera le nom de la mère de façon à faire souffrir le destinataire. On se prendra tous par la main, on va danser une farandole à faire pâlir la terre de ses rotations. 

A l’occasion d’un même Noël, celui de l’an dernier, la vidéo pub en mettant en scène le loup végétarien procède d’une même intention. Franchement qui va s’en plaindre, pas moi à qui un ami a envoyé, il y a quelques jours, la photo d’une biche dévorée par les loups pas loin de sa maison dans le nord-est de la Pologne, dont le rouge sang maculait la blancheur de neige couvrant de sa nappe douce la terre en hibernation.  

Une utopie de plus

«  La prophétie d’Isaïe 2:4 (et Michée 4:3) annonce un temps de paix universelle où les nations transformeront leurs épées en socs de charrue (outils agricoles) et leurs lances en faucilles. Cette métaphore biblique symbolise la conversion des instruments de destruction et de guerre en outils de production et de vie.” 

Un bon rappel dans ces temps qui courent.

Paroisse Notre-Dame de Nantes +3

Points clés de la vision d’Isaïe :

  • Désarmement et Paix : « Une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre, et on n’apprendra plus la guerre ».
  • Transformation des outils : Les armes de guerre deviennent des instruments utiles à l’agriculture (socs, serpes), favorisant la vie.
  • Arbitrage Divin : Cette paix advient lorsque Dieu (ou la Parole de Dieu) devient l’arbitre et le juge entre les peuples.
  • Symbole Pacifiste : Cette image est devenue un symbole universel de paix, notamment représenté par la statue de l’ONU offerte par l’URSS en 1959. 
  • Welcome to the United Nations +5

Le texte est une invitation à passer de la violence à la réconciliation, transformant les mentalités et les actions pour construire un monde plus fécond. « 

La prophétie est très claire, un texte qui décrit ce genre d’utopie: on ne se battra plus, on ne se fera plus la guerre, on va transformer l’épée en soc pour cultiver la terre. Et même “le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau; le veau, le lionceau et le bétail que l’on engraisse, seront ensemble et un petit enfant les conduira” (Isaïe 11,6).

Les droits d’exister

Si les utopies religieuses ont le droit d’exister (une opinion parmi d’autres), on le tolère pour la plupart, car on les considère comme inoffensives, et ce parce qu’on les considère justement comme des utopies, donc des réalités irréelles. Alors que les utopies politiques (les utopies pédagogiques sont à leur service d’une manière ou d’une autre) naissant dans le même réservoir d’imaginaire humain que les utopies religieuses, pour améliorer ce qui ne va pas sur terre, pour y parvenir, tendent à les appliquer à la lettre, et on court à la catastrophe. 

Or, la Bible (en l’occurrence) décrit l’horizon sans se faire d’illusion sur la réalisation, une sorte de défaitisme peut être que l’idéologie politique tente à son tour à corriger en proposant une fraternité par-ci, une sororité par-là, une zone franche par-ci, une zone  défrichée par-là! 

Tout est à taille humaine, moyens imaginaires comme les moyens concrets pour mettre en place l’utopie qui fait avancer le monde… avec des dégâts collatéraux auxquels nolens volens tout le monde ou presque consent.

Dans les religions (tout au moins si j’ai bien compris la plupart et le christianisme en particulier) la prétention à la fraternité universelle est inscrite dans l’ADN de chaque être humain. Certes de façon différente, mais avec une visée toujours la même, bonheur de tous au détriment de personne. C’est tellement utopique, que la plus simple observation démontre l’impossibilité de sa réalisation. Et pourtant on y tient! 

Une utopie contre une autre.

Pourquoi ce détour par la Bible et la mise en résonance entre les différentes sortes d’utopies? Pour nous laisser entraîner par les tourbillons de la vie qui cherche des alliés où elle peut. Le soulagement des parents face au problème d’écran est réel, il est aussi partiel, comme partiel car inachevée peut être une partie d’échecs que l’on a commencé sans se donner les moyens de pouvoir la terminer. 

Un jouet à toujours une fonction pédagogique dans le développement psychomoteur de l’enfant. Restant dans son monde  d’enfant avec les outils qui sont les siens, il se prépare pour entrer dans le monde d’adultes qui disposent d’autres moyens d’expression. Même si, et là se trouve le problème, ils semblent jouer avec leur vie comme s’ils étaient enfants.

Si l’enfant a le droit de jouer à la vie d’adulte, à son grand dam l’adulte en est spolié doublement, dans l’incapacité due à l’incongruité de la situation, ni jouer à l’enfant ni jouer à l’adulte. Pour l’adulte la recréation de jeu est terminée en vertu d’être plus, (non pas dans le réel, car l’enfant est dans son réel en jouant), en situation de responsabilité à l’égard de deux réels, du sien et celui de l’enfant. Le cumul de mandats à vie ou presque.

Un extra-terrestre?

Avec Froplay nous avons à faire à un extra-terrestre, bien de chez nous, d’ici la terre!, mais tellement nouveau que comme s’il venait d’une autre planète. Et ce n’est qu’un début. On se souvient aussi de “E.T”, ce garçon extraterrestre qui échoue sur notre planète pour des raisons que j’ignore, ou avais oublié. Depuis le Pinocchio (et bien évidemment depuis bien avant), le merveilleux de l’enfant s’anime sous le souffle des créateurs. Comme le Ressuscité s’anime sous le souffle de la foi. 

Froplay est l’héritier de tout cela et le prototype de bien d’autres choses à venir. Prototype (parmi d’autres) de la robotisation de l’humain par lobotomisation de son esprit. Les vrais enjeux commenceront pour les humains avec l’intervention directe dans le corps humain des éléments robotisés (pour l’instant externes au corps physique) pour accroître toujours plus les performances humaines. 

Quand est-ce que Froplay sera conçu d’un vrai chiot à qui on mettra toutes les qualités attendues. C’est déjà fait avec les OGM. Le champ d’expérimentation est vaste. Quelle régulation sera suffisamment capable d’endiguer les débordements de toutes parts, y compris d’en haut de la pyramide sociopolitique? 

L’inventeur australien Lucas Ward l’a fait par amour pour son fils qui ne pouvait pas en avoir en vrai, car allergique aux poils de chien. Mais papa aimerait trouver la solution. Plus de 100 mille enfants en profitent, le cercle vertueux se propage, à tout problème il y a toujours une solution. À condition que l’on ne crée pas de problèmes qui n’avaient pas besoin d’exister, si l’on s’y était pris différemment. 

Conclusion

La robotique n’est problématique que pour les utilisateurs, pas pour les concepteurs. Plus on va se sentir proches des uns ou des autres dans un jeu d’identification à un ensemble de valeurs majoritairement véhiculées, plus on va avoir envie d’y être pris en compte. 

Une verite de La Palice qui concerne aussi Froplay amélioré dans le futur proche. J’y vois une bonne solution, car le jouet bourré d’électronique va devenir de plus en plus à l’image du garçon avec qui il va interagir. Un mimétisme technologique pour le meilleur et pour le pire.

“Froplay™ est le chien-jouet que les enfants adorent et en qui les parents ont confiance. Il bouge, réagit et se sent comme un vrai chien, remplaçant facilement les smartphones et aidant les enfants à apprendre et ressentir de manière naturelle. Un jouet moderne avec un cœur sûr, interactif et tout simplement adorable.” 

On ne tarit pas d’éloge. Moi aussi, surtout sur le concepteur qui a trouvé un moyen pour rendre à son fils la vie viable en compagnie des autres, quitte à les fabriquer de toutes pièces. 

Le transfert affectif fonctionne et la fonction éducative du lien opéré au moyen de ce transfert, bien que limitée surtout aux effets de décollage de l’écran, quoique non exclusivement, est évidente. Il y a sans doute mieux ailleurs, la métaverse n’a pas encore dit son dernier mot, à peine le premier : J’existe!

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Photo ©FROPLAY