Bonjour à tous,

 

En tant que coaches nous sommes appelés lorsque des individus ou des groupes sont à la croisée des chemins : ils ont vécu un changement (grand ou petit) ou vont en vivre un. Au fur et à mesure de l’accompagnement, il se peut que des résistances apparaissent, le plus souvent mues par des leviers inconscients, individuels ou collectifs.

 

Au-delà du travail issu de la PNL sur les croyances limitantes ou soutenantes, je me suis intéressée aux biais cognitifs pour proposer à mes clients un outil supplémentaire sur la connaissance de soi et de leurs équipes.

 

La théorie des biais cognitifs a été développée au début des années 70 par les psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman. Ces derniers cherchaient à justifier la prise de décision irrationnelle dans le domaine économique. En 2012, ils ont publié un livre issu de leurs 30 années de recherche : « Les 2 vitesses de la pensée ».

Ils y décrivent 2 systèmes :

 

Le système 1, automatique et incontrôlable, se met en place par associations d’idées, de souvenirs, d’émotions, etc. Il en résulte une vision cohérente mais biaisée de la réalité. C’est le système à l’œuvre dans nombre d’actions et d’interactions.

Le système 2 lui est calculateur et se structure plus lentement. Ce mode de pensée prend en compte le système 1 mais répond davantage à un effort mental.

 

Un biais cognitif apparait quand on laisse souffler très fort le système 1 !

 

Les biais cognitifs sont donc des mécanismes de pensée spontanés et inconscients qui poussent le cerveau humain à porter un jugement, ou prendre une décision rapidement. Les biais cognitifs influencent nos choix, en particulier lorsqu’il faut gérer une quantité d’informations importantes ou que le temps est limité. Il se produit ainsi une forme de dysfonctionnement dans le raisonnement.

 

Tversky et Kahneman ont mis l’accent sur le versant négatif de l’influence du Système 1. Les recherches récentes en neurosciences ont pourtant montré que des décisions prises par le système 1 pouvaient également être positives pour l’individu ou le groupe.

C’est d’ailleurs sur cela que se base toute la science récente des Nudges, ces petits coups de pouce qui nous permettent d’adopter un comportement automatique et positif dans le quotidien.

 

Pour comprendre les biais cognitifs il faut se pencher sur les 4 principaux besoins de notre cerveau :

1. Faire le tri dans les informations disponibles

2. Décider des informations que nous retenons (ou pas)

3. Agir vite

4. Trouver du sens

 

1er besoin : faire le tri

Le trop-plein d’informations est nocif, nous n’avons pas d’autre choix que d’en filtrer la quasi-totalité.

-> Nous remarquons ce qui a déjà été amorcé dans la mémoire ou ce qui est souvent répété

-> Les choses bizarres/drôles/visuellement frappantes sont plus marquantes que celles qui ne le sont pas

-> Lorsqu’un élément change, nous le remarquons

-> Nous sommes attirés par ce qui confirme nos propres convictions

-> Nous remarquons les failles des autres plus aisément que les nôtres

 

2ème besoin : Choisir ce que nous retenons

Nous gardons les informations strictement nécessaires : celles qui sont le plus susceptibles de répondre au 1er besoin (l’excès d’information disponible) et nourrir le 4ème besoin (trouver du sens).

-> Nous stockons différemment les souvenirs selon la façon dont ils ont été expérimentés

-> Nous réduisons les événements à leurs éléments clés

-> Nous effaçons des spécificités pour former des généralités

-> Nous modifions et renforçons quelques souvenirs après coup

 

3ème besoin : Agir vite

Nous devons agir vite pour rester dans la course ! Nous prenons donc des raccourcis !

-> Nous préférons les options simples en apparence aux options complexes et ambiguës

-> Pour éviter les erreurs et les décisions irréversibles, nous sommes motivés à préserver notre autonomie et notre statut au sein d’un groupe

-> Pour accomplir des choses, nous avons tendance à terminer ce qui nous a déjà coûté du temps et de l’énergie

-> Pour rester concentrés, nous privilégions ce qui est immédiat et signifiant,

-> Pour agir, nous devons être sûrs que nous pouvons avoir une influence et sentir que ce que nous faisons est important

 

4ème besoin : Trouver du sens

Le monde peut être très déconcertant et pourtant nous devons en trouver le sens.

-> Nous projetons notre état d’esprit et nos suppositions actuels sur le passé et le futur

-> Nous pensons savoir ce que les autres pensent

-> Nous simplifions les probabilités et les nombres pour qu’ils soient plus faciles à appréhender

-> Nous nous figurons les choses et les gens que nous apprécions ou qui nous sont familiers meilleurs que les autres

-> Nous extrapolons des attributs sur la base de stéréotypes, de généralités, et d’antécédents

-> Nous projetons des histoires et des motifs, y compris à partir de données éparses.

 

Les chercheurs ont listé près de 200 biais cognitifs derrière chaque stratégie pour répondre à ces 4 besoins de notre cerveau !

 

On ne peut pas ne pas avoir de biais : ils nous permettent de fonctionner, de créer et de raisonner. Et je trouve qu’être conscient de ses biais, de ceux de son équipe permet d’accéder à une plus grande autonomie car nous prenons conscience que notre interprétation du monde n’est pas la seule interprétation du monde, la carte n’est pas le territoire ….

 

Voici quelques exemples de biais :

 

Biais de confirmation : la tendance à rechercher, à interpréter, à privilégier et à mémoriser les informations qui confirment ses idées préconçues ou ses propres hypothèses et à accorder moins de poids aux autres.

 

Loi de l’instrument : La confiance excessive dans un outil ou des méthodes familières, ignorant ou sous-estimant les approches alternatives. « Si tout ce que vous avez est un marteau, tout ressemble à un clou. »

 

L’Effet Dunning – Kruger est la tendance des personnes non qualifiées à surestimer leurs propres capacités et celle des personnes expertes à sous-estimer les leurs.

 

Le biais de Projection est la tendance à supposer avec confiance que les autres partagent notre mode de pensée, nos attitudes et nos croyances et anticiper leurs actions.

 

L’effet de groupe : la tendance à faire (ou à croire) des choses parce que beaucoup d’autres personnes font (ou croient) la même chose. Relatif au besoin d’harmonie et de consensus.

 

Il y en a bien d’autres ! Je vous encourage à créer 2 listes : les biais qui vous freinent et ceux qui favorisent l’agilité de vos équipes. Ne restez pas seul face aux biais cognitifs, entourez vous !

 

 

Je vous souhaite de belles expérimentations !

A bientôt

 

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Une cartographie de tous les biais : https://www.usabilis.com/wp/wp-content/uploads/2018/05/01-The-Cognitive-Bias-Codex-John_Manoogian-III-jm3.pdf