Le 11 janvier, le commissaire européen Andrius Kubilius, a relancé l’idée de remplacer les 100 000 soldats américains stationnés sur le continent européen par une force européenne permanente. Or l’épine dorsale, ou « backbone » de la dissuasion en Europe, repose largement sur l’OTAN, avec à son sommet les Etats-Unis. 

Mais dans ce cas là, qui pourrait bien être aux commande de cette armée européenne ? Le commissaire Kubilius le dit : il s’agit plus d’une « invitation au débat » que d’une proposition institutionnelle « prête à signer ». Car l’armée c’est une chaîne de commandement, un système de planification, des règles d’engagement, une logistique, une doctrine et des communications sécurisées. Or, aujourd’hui, la défense européenne dispose bien d’une politique de sécurité et de défense commune, mais pas d’une armée UE unifiée. Les opérations militaires de l’UE se montent donc au cas par cas, ou via la capacité de conduite (la MPCC), sur la base des contributions nationales et limitée. L’OTAN, elle, dispose d’une architecture de commandement intégrée, exercée de manière permanente. C’est donc ce contraste que le commissaire souhaite mettre en lumière, face aux incertitudes américaines. Mais ce débat sur l’armée européenne s’ancre aussi dans une réalité très matérielle : la capacité à produire, acheter, entretenir er déployer. 

Et cette idée est ancienne. Elle remonte aux années 50. Torpillée dès 1954, installant la défense au coeur de la souveraineté. La coopération et l’interopérabilité deviennent alors la norme. Mais à la fin de la guerre froide, la France et l’Allemagne lancent le Corps européen Eurocorps en 1992, à Strasbourg. Un quartier général multinational, se présentant davantage comme une machine de commandement et de planification, plutôt qu’un stock permanent. Sa certification par l’OTAN comme quartier général terrestre lui permet un haut niveau de préparation, de procédures et d’évaluation. Mais désormais, soit in reste dans l’addition de formats nationaux coordonnés, soit on construit une structure permanente.

Reste donc à en décider la forme. Le commissaire Kubilius évoque une armée de 100 000 hommes et suggère une capacité de remplacement stratégique. Mais dans le détail, faut-il copier l’OTAN ? Créer une armée à 27 ? Ou l’élargir au Royaume-Uni, la Norvège et même la Turquie ? Pour l’heure 10 pays composent l’Eurocorps (la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Luxembourg, la Pologne, la Grèce, la Turquie, l’Italie et la Roumanie). 

Question à régler aussi : le cadre juridique. La PESCO (Coopération structurée permanente) a été créée pour permettre à des Etats volontaire de prendre des engagements plus contraignants et développer des projets communs. Elle pourrait fournir un cadre idéal. Mais le traité de Strasbourg paraît plus flexible. 

Le Commissaire Kubilius relance le débat en forçant l’Europe à regarder ses mécanismes tels qu’ils sont : une puissance normative et économique qui a commencé à s’organiser industriellement et financièrement, mais qui, au niveau militaire, hésite encore entre une logique de coordination et une logique d’intégration. En 2026, l’Europe est donc confronté à un choix important : mieux coopérer, ou accepter de construire une armée permanente. Affaire à suivre…