C’est encore l’actualité immédiate qui me pousse à choisir ce thème. Sans que ce soit envisagé au départ, religions et modernité deviennent de facto un troisième thème d’une série.

Série qui se dessine comme étant consacrée à la place de l’Église catholique au cœur du monde actuel. 

 

Après un double zoom sur la situation de l’Église catholique en Allemagne avec son chemin synodal et son rapport à la modernité, nous voilà embarqués pour un autre voyage. Celui au cœur de l’humanité et son rapport aux religions, mais sans perdre de vue la place de l’Église catholique en particulier.

 

Jusqu’à preuve du contraire, notre espèce homo sapiens est la seule à cultiver un pan culturel de ses activités environnementales liées aux croyances et le lien avec l’au-delà. Religion vient du mot religere ou religare, relire ou relier, ou finalement des deux, pas de contre-indication ni sémantique ni généalogique. Et l’homo sapiens en a montré son intérêt à partir du moment où il s’est mis à honorer ses morts.

 

L’Église catholique reste donc au centre de notre réflexion menée durant ces trois derniers podcasts. Elle est à prendre en compte en tant qu’une réalité à haute valeur symbolique ajoutée. Avec sa charge symbolique dans le domaine spirituel et politique, depuis bien longtemps elle cristallise les attentes déconstructionnistes visant la proposition chrétienne. 

 

Elle n’est pas la seule dans le collimateur des déconstructionnistes de tout ce qui peut entraver le développement individuel qui reste le fer de lance de la modernité actuelle. Mais la proposition chrétienne est bien placée pour en être une cible de prédilection. Et cela ne date pas d’aujourd’hui.

 

Le monde actuel quant à lui est à prendre en compte en tant que réalité complexe. Une réalité qui génère une dynamique propre en termes de son autodétermination comme projet humain. Son identité se définit par son désir exclusif de se prendre en main avec les moyens d’action élaborés localement pour favoriser une telle dynamique. Pour le plaisir individuel.

 

Et tout ceci sur le fond d’une accession individuelle au bonheur. Est-ce d’ailleurs une des conséquences de la marque chrétienne comme sous-produit, où on insiste non sans raison mais pas uniquement, sur la responsabilité individuelle plutôt que collective comme c’est le cas en Asie par exemple ? C’est tentant, mais trop simpliste. Ceci peut être un sujet pour une autre fois. 

 

Au ras de pâquerettes on constate la dynamique du développement individuel versus une prise de conscience globale qui passe par chaque individu faisant partie intégrale d’un tout. Tel est le terrain véritable de la rencontre de la proposition chrétienne et de la modernité actuelle.

 

Un microsystème d’un côté et un macro-système de l’autre. Dans les deux, des individus reliés avec ou sans leur consentement et pour des raisons diverses et variées, dont les plus fondamentales viennent d’être présentées.

 

Et mon tropisme pour la sociologie des religions, un penchant contracté dans l’adolescence et sanctionné par une maîtrise obtenue autrefois à Varsovie, y trouve son terrain de prédilection. Et c’est dans la proximité d’une stratégie géopolitique que cette présentation est faite. Pour preuve cette porte d’entrée sous forme d’un étonnement qui en dit long sur la stratégie de la communication, comme une variante de la stratégie géopolitique en générale.

 

Je n’en revenais pas, je n’en croyais pas mes oreilles. C’est sur une chaîne française que j’ai entendu cette déclaration si surprenante. Le christianisme a du bon pour la société en général et la démocratie en particulier. Ça, j’en suis convaincu depuis si longtemps, depuis que je m’intéresse à ces questions-là. Mais alors sans jamais trouver un écho favorable de l’autre côté, de la part de la société civile qui nourrit des ambitions et oriente des recherches sur les problèmes qu’elle se pose.

 

Est-ce sur TV5 Monde ou TV 24 heures, laquelle de deux, je ne suis pas capable de le savoir aujourd’hui. À moins de vérifier en fouillant dans les archives, ce que je n’ai ni l’envie ni le temps de faire. Et j’espère que l’on me le pardonnera. Certainement l’une de deux, car ce sont les seules chaînes que j’essaie de regarder dans mes quelques moments disponibles lors de mon lundi de semi-repos. 

 

C’est une interview avec un spécialiste de la géopolitique et donc des religions qui m’a bouleversé de la sorte. Il s’agit de Dominique Reynié qui est un politologue, homme politique français et homme médiatique. 

 

« Professeur à Sciences Po, ses travaux portent sur les grands enjeux de société ; politiques, économiques et sociaux. Il est notamment reconnu dans le monde académique pour ses travaux sur l’opinion publique européenne, le populisme, ou encore la raison d’État. Il est à l’origine de la notion de « populisme patrimonial » », relate un site.

 

Il vient de publier un ouvrage sur la situation religieuse dans le monde. Ni le premier, ni le dernier. Un vaste programme, ambitieux et plein des vrais fruits. Car mesurer la religiosité de nos contemporains n’est pas chose facile.

 

Les sociétés primitives avaient intégré la religiosité dans l’appareil de la gouvernance de la tribu, de l’ethnie, du peuple… La religiosité, c’est une référence à un monde invisible, imprévisible, parfois menaçant. Si l’on s’y prenait bien, ce monde d’au-delà pouvait devenir plutôt coopérant pour assurer la bonne récolte et la victoire dans les campagnes militaires… On ne demande rien de plus que d’être bien nourri, en bonne santé et en sécurité. 

 

Les référentiels de la religiosité moderne se déplacent, migrent, quittent les endroits traditionnellement investis. Ce mouvement s’opère au profit d’endroits nouveaux, souvent inattendus pour les regards habitués aux répartitions classiques. Croyants, pas croyants, pratiquants, pas pratiquants, engagés, non engagés, témoignant par la parole, contredits dans les actes, soucieux d’une intimité spirituelle etc… 

 

Nombreuses sont les catégories, qui sont des sortes des boîtes dans lesquelles on peut mettre les différentes personnes, en les étiquetant de façon exclusive dans ceci ou dans cela. Une répartition bilatérale, pas de zone grise, séparation et clarté, rien à avoir avec mélange et confusion.

 

Cependant il est difficile de mesurer par exemple la religiosité des athées. Les enquêtes d’auto-identification prévoient une case sans religion en termes positivistes, ce que l’on dit de soi-même. Bien sûr, ils en ont une, voire plusieurs. Comme nous tous, et là j’en englobe pêle-mêle tout le monde, comme dans la constitution française sans distinction de religion. 

 

Quelle est donc la religiosité des athées, à laquelle les croyants déclarés n’échappent pas non plus ? Je la qualifierais, pour mettre un peu plus de piment dans mon propos, de religiosité populaire.

 

Une croyance pour le travail, une autre pour le repos, une pour la famille, une pour les amis. A qui l’argent, à qui la gloire, aux uns la conquête du monde, aux autres la soumission aux jeux, aux uns les conquêtes du cœur 💓. Aux uns et aux autres être collectionneurs de rêves remplissant le vide qui, une fois percés tombent pour s’évanouir sans vague ou avec. Cela dépend du poids des rêves dans un champ gravitationnel de l’existence donnée et de la météo atmosphérique de l’ambiance psychosomatique.

 

Mais de tout cela, les croyants déclarés, rappelons-le en tant que théistes répertoriés dans les registres officiels, eux aussi en sont bien traversés. C’est dire la complexité de la démarche quand on s’aventure sur ce terrain, vaste et profond comme l’humanité et son mystérieux trésor. 

 

Tel n’est cependant pas l’objectif de travail du politologue français. Il a utilisé des outils classiques dont les données sont facilement quantifiables et comparables. Qui, contrairement aux attentes, suscitent de l’intérêt déjà dans la sphère journalistique.  

 

Qu’est ce qui a été découvert et que révèle le livre ? Comme je l’ai mentionné rapidement en parlant de mon étonnement, il y deux choses à relever.

 

Tout d’abord le constat sur l’état religieux du monde. Les religions ne sont pas mortes ou sur leur déclin, attendu, voire déclaré par certains. Certainement, elles sont en transformation dans la manière de fonctionner. D’appartenance à un corps constitué l’accent se déplace vers le principe de la religion à la carte. Une appartenance libérée d’une soumission à des règles générales, imposées sous forme de dogmes et rites qui suivent. Ni mort ni perte de vitesse.

 

Évidemment le christianisme et l’Église catholique en particulier sont les plus touchés par cette évolution. Leur structuration dogmatique et organisationnelle est visée dans ce type de comportement moderne. La vie communautaire est donc affaiblie et les trois religions, de part leur concept de base que sont judaïsme, christianisme et islam, sont le plus touchés. 

 

La seconde chose qui frappe, et c’est en l’entendant que j’ai été pris par une émotion intérieure profonde. C’est la première fois sur une chaîne officielle française que j’ai entendu quelque chose de ce genre. En substance, l’auteur du livre sur le XXI siècle et le christianisme, a relevé le bienfait du christianisme pour la société moderne et pour la démocratie en particulier. 

 

Car le christianisme, cela on le sait depuis bien longtemps, est la seule religion qui a intégrée dans son autoconscience une attitude d’autocritique et d’introspection sous le regard de la conscience éclairée. Mr Reynié ne se prive pas de le clamer haut et fort. Mais c’est quelque chose que l’on ne sait pas parce ce que cela ne se disait par tout au moins publiquement et de façon si nette. Et sans contestation de la part de la journaliste qui l’interviewe. 

 

La jeune journaliste devait avoir bien préparé son dossier, car elle n’a pas fait les remarques que les journalistes ont à leur disposition pour affaiblir le propos en fonction de la ligne éditoriale de la rédaction. Et la religion catholique en prend régulièrement sur la tranche. Je ne connais pas l’orientation religieuse (eh oui de nos jours il faut parler de l’orientation partout pour dire la tendance) de l’interviewé. 

 

J’ai voulu vérifier la référence du livre, mais wikipédia n’a pas encore référencé son dernier ouvrage sous le titre, si j’ai bien noté Le XXI siècle du christianisme. Les résultats des analyses des données obtenues à la suite des résultats des enquêtes…. Ce sont des données brutes qui demandent à être affinées par le regard averti d’une complexité d’approche et surtout averti de simplification dans les conclusions.

 

Les données brutes sont là. 31 % de la population mondiale est chrétienne. Le message chrétien universel, rapport entre la démocratie et le christianisme, l’autocritique de la religion et du pouvoir, tout le monde y passe.

 

Selon le livre, la croyance en une religion est une pratique toujours très répandue dans le monde entier. L’humanité est en fait en majorité croyante. À ce jour, les chrétiens constituent le premier groupe religieux suivi des musulmans avec 24%, 15% pour les hindouistes. Les bouddhistes sont quasiment à 7% et les autres communautés religieuses sont considérées comme minoritaires, comme (par exemple) les juifs avec 0,2%. 

 

Elle précise que lors des dernières années, les populations de presque toutes les sociétés industrialisées « se sont laïcisées mais pour autant, on ne peut pas vraiment parler d’un déclin des religions, mais bien d’une évolution ».

 

L’évolution de la démographie devrait changer la donne. Le nombre des naissances musulmanes devrait être plus important que celui des naissances chrétiennes d’ici dix ans. « Entre 2055 et 2060, 232 millions de bébés devraient naître de mères musulmanes, contre 226 millions de mères chrétiennes. « 

 

La raison, selon le Pew Research Center relatée par la journaliste, c’est des taux de fécondité qui seraient plus élevés et une population relativement jeune dans les familles musulmanes. Je me réfère à une journaliste qui en parle dans une autre émission. 

 

Et la chose intéressante est que, en situant le rapport entre la démographie et la religion, elle ne spécifie pas que le tableau est complet lorsque l’on compare avec les naissances dans les familles non croyantes, dite athée ou ce taux est beaucoup plus faible.

 

XXI siècle du christianisme, le livre fait penser à cette fameuse expression attribuée à Malraux : “le XXI siècle sera spirituel ou ne sera pas”.

A l’évidence il le sera, mais comment ? 84 % de la population mondiale se réclament d’une affiliation religieuse. Cela pour le moins en France étonne, la citadelle de la laïcité se sent quelque peu indisposée par une telle évidence. Là où on croit en avoir fini avec la religion, non seulement celle-ci résiste, persiste et signe partout dans le monde, et cela est même présent en France. 

 

C’est une injure à une vision laïcarde de la république qui d’ailleurs dans sa loi de séparation, bonne et juste, n’en demande pas tant. Il ne s’agit pas d’éradiquer la religion mais lui permettre de s’exercer librement y compris avec le droit d’entrer et de sortir.

 

Evidemment cela pose problème avec l’islam qui dans sa constitution d’origine ne peut séparer politique et religieux. Ce qui est à prendre en compte dans la manière de prendre en compte sa place en France par exemple. Mais à chacun son boulot.

 

Et le constat d’une prise de distance dans les jeunes générations à l’égard du christianisme est une consolation pour les milieux qui activement promeuvent la fin du christianisme sur la place de la religion dont l’influence va finalement finir par s’affaiblir. 

 

Sauf, comme le constate l’auteur, le retour du religieux (on en a déjà parlé dans les années 80 à propos du rêve de Compostelle) est la conséquence d’un monde instable. La religion fournit une réponse sous forme de communautarisme. Dans bien des pays cela est très présent et la tendance est-elle à la croissance ? Ce que l’on serait tenté de croire. 

 

Le repli communautariste est la réponse à l’affaiblissement du discours politique. De fait, ce repli guette aussi certains milieux chrétiens et catholiques. Le pôle politique ne fait pas le poids face au pôle économique et financier. Ces derniers se sont pour la plupart du temps autonomisés, tout en s’y soumettant un peu, surtout soumettant le pôle politique à leur propre service. Ainsi de tout le temps l’argent gouverne le monde. Parfois sous forme d’un système mafieux aux dimensions planétaires, les structures du mal dont parlait déjà Jean Paul II. Encore une possibilité d’un prochain sujet ?

 

Place de la religion, promesse, menace, chance, danger, méditation et paix intérieure, engagement et solidarité. Mais aussi radicalisation et crainte de rupture, d’évaporation religieuse. Religion sans transcendance ni révélation, une autoproduction pour le compte d’épanouissement personnel, pardon individuel, puisque la notion de personne disparaît sous les décombres de toutes ses évolutions. Tout est possible. Sans doute l’instinct religieux de l’homme n’a toujours pas dit son dernier mot. 

 

Il serait intéressant voire utile pour le christianisme de savoir comment il va se situer dans cette nouvelle configuration socio-politique, teintée d’une nébuleuse spirituelle. Et pour l’Eglise catholique s’ajoute un défi, celui lié à lourd appareil administratif et conceptuel hérité en grande partie de l’Empire Romain. Un jour viendra où le rendez-vous avec l’histoire sera pris pour en solder le compte. Là aussi.

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Annexe non enregistrée.

 

Source Wikipedia.

*Dominique Reynié, né le 17 juin 1960 à Rodez, Aveyron, est un politologue, homme politique français, et homme médiatique.

Depuis octobre 2008, il est directeur général de la Fondapol, un cercle de réflexion ( »think tank ») ou fondation politique économiquement « très libérale » [1] selon Challenges et « ancrée à droite » [2] selon Les Echos. Il s’est présenté à des élections régionales sous l’étiquette UMP (renommée depuis LR) [2].

Il est un chroniqueur récurrent de l’émission politique « C dans l’air » sur la chaîne de télévision France 5 et est aussi régulièrement intervenant sur France Inter.