Les bienfaits de la crémation
Il est samedi après-midi, environ 17 h, je suis en train d’écouter le podcast d’un scientifique canadien (son très léger accent l’a trahi, mais m’a aidé à l’identifier).
Wait, wait, wait, wait, c’est sur les bienfaits de la crémation.
C’est intrigant, je me suis même posé la question de savoir si ce n’est pas une visée apologétique qui prédomine sur le contenu. Pas vraiment, ou plutôt si de la visée apologétique il y a, elle est là où je l’ai pensé.
C’est un scientifique passionné, limpide et passionnant qui traite un sujet pas facile pour le commun des mortels, et de plus est, avec un tel détachement. Au point qu’en l’écoutant, cela donne l’impression d’assister à un miracle en direct. Celui de la vie qui se produit sous nos yeux.
Certes, sous forme d’une décomposition chimique d’un corps mort, mais en écoutant l’ensemble, on a l’impression d’assister à une description de la chaîne de vie en direct. A la suite de ce que les oreilles ont capté et communiqué au cerveau, les yeux de votre imaginaire suivent les oreilles, tellement fort et limpide est son exposé.
Le corps brûlé
Qu’est-ce qui se passe lors de la crémation? C’est un procédé qui consiste à brûler le corps mort, dont résulte entre 1,5 à 3 kilos de cendres. Le même poids que celui d’un bébé à la naissance; même si la consistance en termes de contenu chimique n’est pas tout à fait la même, cela mérite d’être remarqué ce que n’omet pas de faire notre scientifique.
Le corps est composé de 65% de sa masse d’eau, puis de protéines 💪15%, lipides (graisses) 10-15%, sels minéraux 5% et glucides (sucres)<1%. Quatre éléments matériels composent notre corps: Oxygène, Carbone, Hydrogène et Azote. (O, C, H, N), plus calcium et phosphore. 🌿Puis quelques Éléments Mineurs et Traces (< 1%) 🥗
Les atomes (O C H N) entrent dans des configurations multiples entre eux, ce qui donne par exemple H2o (eau) ou Co2 (dioxyde de carbone) etc. Tout cela se combine et recombine de façon extrêmement précise pour permettre à l’ensemble de fonctionner. Et procurer la joie de vivre qui est une valeur ajoutée à la matière, qui, elle n’a pas de sentiments, pas plus que de mémoire.
Les atomes ne portent aucune trace de combinaisons précédentes, encore moins de combinaisons futures. Indemnes, intactes, ils sont maintenus tels quels lors de différentes réactions chimiques qui interviennent dans le processus de combinaisons, et sont rendus tels quels à la fin du processus de recombinaison.
Ce qui se passe lors de la crémation. L’eau s’évapore et le reste ne pèse pas lourd, juste une poignée de souvenirs chez ceux qui restent et s’en souviennent. Les atomes ne contiennent aucun souvenir de la personne, l’eau qui s’évapore probablement non plus.
Pour dissiper ce doute, car il y a, les études sont menées, considérées comme sérieuses par les promoteurs de la théorie en faveur et pas dignes d’intérêt scientifique pour les autres. L’eau qui faisait partie du corps encore au moment de la mort ou juste avant la crémation, de quoi se souvient-elle? Laissons cette question ouverte sans pencher d’un côté ou de l’autre.
Venus de la terre et retournés à la terre
Dans la crémation se fait “le retour à la terre”, le retour à l’univers se fait donc en accéléré. Les atomes qui eux sont dans ce processus indestructibles, dans la mesure où ils se volatilisent comme la vapeur en échappant à la gravité qui maintient ensemble les cendres, ces atomes circulent dans l’air et se recombinent à d’autres atomes pour être aspirés par un autre être vivant…
Ainsi la fluidité de la matière de l’univers chez les vivants (y compris les plantes) est assurée. On ne peut que s’en réjouir. D’ailleurs déjà de son vivant, le corps renouvelle toute sa composition chimique tous les 7 ans.
Avec l’élimination des cellules mortes et par d’autres moyens de renouvellement, le recyclage ainsi opéré garantit la stabilité de la vie, tout en lui laissant des traces des imperfections d’un cycle à l’autre, que l’on va appeler le vieillissement qui entre autres entraîne la fatigue, ce qui se ressent sur le plan de la joie ainsi un peu ternie.
On a compris que tout être vivant est voué à disparaître en tant qu’un être vivant, mais tout ce dont il était composé est recyclé, car de la matière il vient et dans la matière il s’enfuit. Ce que le bouddhisme a parfaitement compris et intégré dans sa philosophie de la vie, dont les enseignements sont dispensés par un maître grâce à un accompagnement sous forme d’une initiation comme pour une religion.
Notre scientifique Richard est tellement fasciné par ce mouvement de la matière dans le corps, car dans le cosmos, qu’il ne jure que par cela, et c’est là où il y a un os à ronger.
La science et la religion
Plusieurs fois, il tape sur la métaphysique et la considère comme de la poésie, dont on ne peut rien tirer d’intéressant pour comprendre l’univers. J’ai de la pitié pour lui, j’ai aussi des questions ou plutôt des échanges à envisager pour savoir comment est-il arrivé à une telle conviction sans se poser la question sur une autre manière de voir le monde. Ou plutôt sur le prolongement du sien qui semble bien logique.
N’est vrai que ce qui est mesurable, cela s’appelle scientisme, ses représentants, chacun à sa manière et dans son domaine, ont bien scellé cette conviction qui aujourd’hui est majoritairement partagée sous forme d’une nouvelle religion, car fondée sur une croyance que l’on n’arrive pas à justifier autrement que par une sorte d’a priori sur le caractère exclusif de la vérité scientifique, tant qu’à faire, au moins là il n’y a pas de discussion, ni de doute possible.
Mais notre scientifique n’est pas opposé à poursuivre sa réflexion en tant que scientifique, toujours animé par la fascination de ce qu’il découvre. Sur ce terrain je le suis avec une jouissance assurée pour constater avec lui que le plus fascinant chez les êtres vivants (déjà pour la matière inanimée c’est fascinant, mais dans une autre mesure), c’est l’organisation des quatre atomes de base pour donner des chaînes de molécules, les premiers composés organiques.
Ces chaînes de molécules sont classés en quatre types différents: Glucides (sucres, source d’énergie), Lipides (graisses, stockage d’énergie), Protides ou protéines (assemblage d’acides aminés, enzymes, muscles) et Acides nucléiques (ADN et ARN, support de l’information génétique). Tout cela dans des proportions très précises. Est-ce dans le passage entre les atomes et les molécules que se situe le secret de l’apparition de la vie?
Comment cela se fait-il que certains atomes, comme ces quatre, se rassemblent pour entrer dans des combinaisons, dont ils n’ont aucune mémoire préalable. Qui les a fait agir, d’où vient la commande et pourquoi? C’est la structure qui est la plus fascinante. J’en conviens aussi. Par rapport au processus naturel de décomposition, dans la crémation en accéléré tout est dispersé dans l’univers. C’est la structure qui disparaît purement et simplement en rendant la liberté primaire au quatre atomes (C O H N).
Mais se pose alors pour lui la question de la mémoire. Qu’est-ce qui fait que c’est important. Il a visiblement du mal à admettre la disparition totale de l’être humain (pour ne se limiter qu’à lui) comme le soutient le bouddhisme par exemple. Il veut sauver la mémoire, qui ne disparaîtra pas. Car gardée dans la mémoire des autres?
Aimer pour vivre
Vivre dans la mémoire de ceux qui aiment. Ce n’est pas très clair, et j’avoue me trouver devant un discours inabouti. Car d’un côté, ce n’est pas vraiment l’apologie de la crémation, bien que considérée comme un procédé de purification (de qui, de quoi et pourquoi faire?). Alors que de l’autre côté, il semble totalement fermé à l’idée d’une autre manière de voir la vie matérielle.
Alors que le christianisme avec sa foi en la résurrection des corps à cause de la résurrection du Christ peut apporter des éléments en prolongement à sa fascinante, n’hésitons pas le répéter, explication, celle d’un scientifique, même si celui-ci a toutes les caractéristiques d’un scientiste qui n’aime pas la concurrence.
Comme si notre scientifique s’était arrêté à mi-chemin, car limité par le dogme scientiste, selon lequel si besoin de le rappeler, je ne crois que ce que je vois et mesure, ce que j’expérimente et compare ce qui est comparable; le reste fait partie de l’imaginaire produit dans les cerveaux faibles qui ont besoin d’être rassuré.
Alors, qu’il voit une échappatoire dans la mémoire d’amour, mémoire que les atomes n’ont pas. Mais qui la garde? On peut aller dans l’imaginaire pour envisager les différentes directions.
Où es-tu, la mémoire?
Est-elle dans les réalités fantasmagoriques, ou dans des zombies post mortem demeurant vivants, mais sans corps physique, car la science l’interdit. On peut aussi aller chercher de la mémoire chez les proches, justement ceux qui la portent par amour, ce qu’il préconise apparemment le plus naturellement. Qu’est-ce que l’on fait alors de la mémoire négative?
En tant que support, cette mémoire est sujet de transformation, d’oubli et finalement au bout de quelques générations de disparition quasi totale. Sauf pour quelques chanceux illustres de leurs vivants ou les devenus depuis la découverte de leur existence selon le principe de “ce qui est rare est cher”.
Il y a aussi une démarche chrétienne, qui ne craint pas d’emboîter le pas au scientifique pour le faire sortir de sa myopie devenue toute naturelle et justifiée par les conditions de travail et les circonstances sociétales, en l’occurrence postes chrétiennes.
Référer tout à l’amour ce n’est pas seulement un sujet à la mode, c’est une prise de conscience de l’humanité qui cherche le sens de son existence, qui cherche sa destinée. Est-elle dans les recombinaisons des atomes sans mémoire, non, ou alors dans ce qui leur reste mais stockée où? Enterrée dans les bunkers de connaissance et vulgarisée à dessein, ou mise dans un cloud pour que chacun s’en serve à sa guise?
Amour prime
Pour le chrétien, ni l’un ni l’autre. Il est dans le corps du Ressuscité. Les premiers parmi les hommes, le Christ sauveur. Il est le premier objet d’une recomposition d’atomes en cellules et en molécules pour constituer un corps de glorification. Certes la résurrection des morts était attendue dans le peuple juif à l’époque de Jésus, mais pas celle d’un homme trois jours après sa mort, ce qui les a pris de court, car une telle rapidité était imprévisible, inenvisageable.
Or, comme note un bibliste, Jésus au matin de Pâque, inaugure vraiment une nouvelle manière d’être vivant, celle d’un “corps spirituel, transfiguré par les forces créatrices de l’Esprit”. Il poursuit, “celui qui se fait voir” à leurs yeux, a manifestement franchi les frontières de notre monde temporel” (Michel Hubaut, Le verbe se fait chair, commentaire de l’évangile de Saint Jean, Salvator, Bible en main, 2008, p. 363).
Puisque (et à condition) qu’on le considère comme étant à l’origine de tout cela, pourquoi interdire à Dieu d’en faire un tel usage. C’est que les écritures semblent attester, ceux qui l’ont reconnu, ils l’ont toujours fait par amour. C’est le cas des premiers témoins, Marie Madeleine et saint Jean, de leur témoignage se dégage des archétypes de cette attitude de reconnaître la vie par amour.
Comme si leur amour les a rendus capable de le reconnaître, de “le ressusciter dans leur mémoire”. Rien à voir avec l’imaginaire qui produit une projection comme si elle était réelle. Les hallucinations n’entrent pas en ligne de compte, témoignages multiples dans des contextes différents, excellent la présence du phénomène. C’est ainsi que procède la foi catholique dans la communion eucharistique.
Manger le corps du Christ
Manger le corps du Christ pour transformer le mien, c’est d’accepter un processus. Pas celui qui s’opère avec la permission de permettre (ou pis à son insu) de prendre possession de mon corps par une réalité vivante nuisible à mon existence, une sorte de ver solitaire qui me rongerait de l’intérieur comme un cancer peut faire.
Dimanche soir, le lendemain de l’écoute du podcast sur les bienfaits de la crémation, pour me rafraîchir la mémoire, j’ai regardé un film qui date de 1979, intitulé Alien. Durant le visionnage du film, j’ai été un peu perturbé par le côté incongru de son contenu que je réabsorbé dans une phase de ma réflexion sur le sujet en étant déjà persuadé de pouvoir, de devoir en faire un podcast.
Mais le lendemain matin, lundi, lors de la messe j’en ai compris le lien.
Manger le corps du Christ, c’est permettre au corps qui le mange de l’absorber pour le bien du corps entier. J’entends sourdre quelques réflexions aux relents ironiques sur le cannibalisme, mais tout ceci est déjà bien étudié (y compris au travers des miracles eucharistiques), acté et classé sans suite par les experts, y compris non chrétiens. La mystique chrétienne n’a pas peur de naviguer sur des eaux si peu connues.
Manger le corps du Christ, sur le plan extrêmement basique, naturel, favorise la cohérence entre les différentes parties de mon corps. Et ainsi, peu à peu, je me prépare à devenir le sujet du miracle de ma propre résurrection d’entre les morts; un corps glorifié à l’image de celle du Christ et sa ressemblance.
Puisque le propre d’un corps vivant est d’être composé d’un 7 puissance 27 de cellules, je peux aussi envisager d’être recomposé dans une configuration qui n’est plus assujettie à la corruption matérielle, car destinée à la vie incorruptible au ciel. Ce qui se passe dans le cas du Christ ressuscité.
Pourquoi interdire à Dieu d’en faire ce qu’il veut de sa création matérielle? Il nous manque un logiciel pour traiter cette équation, qu’à cela ne tienne. La foi chrétienne le fournit avec tout équipement supplémentaire sous forme de recharge et de connexions nécessaires compatibles avec la Centrale, le corps du Ressuscité le troisième jour.
Il est monté au ciel
50 jours après la résurrection, Jésus est monté au ciel dans son corps glorifié, ce que commémorent les catholiques ce jours-ci.
Lui qui avait mangé devant ses disciples pour montrer qu’il n’est pas un fantôme ou un autre zombie. Un corps physique, mais qui se dispense des certaines lois que la nature impose et la grâce en suppose pour s’y poser.
Les bienfaits de l’incinération, peut-être il en a sur le plan purement physique en termes d’une réintégration des atomes dans l’univers qui les absorbent dans un anonymat qui ne fait pas le bruit, sauf celui des flammes.
Pour ceux qui les reçoivent de leurs vivants, les bienfaits de la résurrection peuvent déjà se mesurer en termes d’une harmonie constatée de plus en plus forte de leur corps et esprit ainsi unifiés.
Ils ne sont pas les seuls à tenter une telle démarche. Ils sont les seuls à prétendre que les atomes qui n’ont aucune mémoire peuvent cependant se recombiner à nouveau pour retrouver la mémoire du passé, totalement anoblie par la bienveillante miséricorde du Dieu-amour.
Pourquoi regarder vers le ciel?
C’est la question qu’entendent les disciples ébahis à la vue de la disparition de leur maître, question posée de la part de deux hommes en vêtements blancs… (Ac1,10-11) De quelle “matière” d’ailleurs sont-ils, ces deux-là?
Et de quoi de plus normal pour un croyant que de regarder vers le ciel? Les disciples ont une réponse: “Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel”.
Traditionnellement on a compris que son retour aura lieu à la fin de l’histoire de l’univers, ce que l’on appelle le second retour pour juger les vivants et les morts. Même si ceci est toujours tenu pour vrai dans la religion chrétienne, soutenu par l’attente messianique du peuple juif, mais en fait, le Christ n’est jamais parti.
Il est seulement rendu invisible à nos yeux, ce que nous commémorons lors la fête de l’Ascension célébrée ces jours-ci. Alors que les yeux de la foi détectent sa présence dans l’eucharistie où se réalise la promesse de sa présence.
Il y a de quoi se poser des questions sur cette manière d’être présent de façon physique, présence bien que mystérieuse pour la science, mais présence. Mais une présence pas impossible, puisque fondée sur les lois naturelles, mais rendue telle en vertu de la loi divine découverte à l’occasion, selon laquelle gratia supponit natura, la grâce suppose la présence de la nature pour s’y manifester.
Même si les lois de la nature sont dépassées par ce qu’elle, la grâce pouvait permettre au Ressuscité de se manifester, par cet effacement, la nature participe à sa façon à l’amélioration de son état.
Le premier bénéficiaire en est le croyant lui-même, qui, laborieusement mais patiemment, avançant comme un âne, ne cesse de progresser, surtout aux yeux de Dieu vers qui il aspire et dont il tire la force.
Je ne sais pas s’il y a des bienfaits de la crémation et pour qui. La catharsis par le feu sur terre est un symbole d’une autre catharsis, celle qui dans le feu de l’amour divin purifie l’âme et rend vie au corps.




