Les enfants d’abord
Lundi 1 juin dernier, j’ai participé à Parenthèse à une soirée consacrée à l’étude sociologique menée durant ces 20 dernières années, auprès des enfants en situation d’immigration intérieure en Chine, de la campagne à la ville.
A cette occasion, le sociologue faisait remarquer que le rythme de nos vies d’adultes est calqué sur le rythme scolaire. Sans donner l’impression de défoncer des portes ouvertes, sa remarque a fait “tilt” chez l’auditoire, et je m’en sers à ma façon.
Ce nouveau formatage de la vie sociale est le résultat de l’attention grandissante portée à l’enfant tout au moins en France depuis le XVII siècle. Il serait intéressant de voir de plus près comment cette évolution sociétale était impulsée et qu’elle était la place de l’Église catholique dans ce processus, instigateur, protagoniste ou réfracteur?
Toujours est-il, désormais l’enfant est considéré comme une catégorie sociologique à part. Et à partir de là, peu à peu se construit, à son sujet, un imaginaire d’enfant comme une valeur en soi. Dans cette nouvelle situation, les enfants sont toujours considérés comme des futurs adultes. Mais à qui, en attendant, on accorde un statut à part.
Avant de continuer, pour éviter tout anachronisme, remarquons au passage que la sociologie comme science s’est développée uniquement à partir du XIX siècle et celle de l’enfant au cours du XX siècle. Toutes les considérations descriptives et théoriques portant sur la place accordée à l’enfant sont les résultats des travaux propres à la sociologie de l’histoire.
Les malheurs de Sophie et ceux de Janusz Korczak (éducateur juif des orphelins juifs partageant avec eux le destin fatal durant la seconde guerre mondiale en Pologne) ont fait avancer la science.
La démocratisation de l’accès au savoir par l’obligation de scolarisation est devenue le véhicule principal de “l’empreinte enfant” dans l’organisation des sociétés modernes. Cette empreinte, inversement à celle du carbone, est bénéfique pour le devenir de l’humanité.
La qualité des sociétés se mesure désormais à l’aune de la place accordée à l’éducation des enfants. On sait que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Loin de là.
Et pourtant les efforts ne manquent pas, de la part des États qui gèrent la politique de l’éducation, souvent de façon très sérieuse avec le souci de préparer des nouvelles générations à affronter à leur tour leur monde, et y contribuer à leur façon au développement le plus intégral possible, tout au moins en accord avec les visées inscrites dans la politique générale d’un pays.
Les efforts ne manquent pas surtout de la part des parents soucieux de l’avenir de leurs enfants, alors que le milieu socio-culturel y contribue de façon significative. Plus le milieu familial et social sont favorables à l’éducation scolaire des enfants, plus ceux-ci réussissent dans leur vie d’enfants et dans leur vie future.
Le premier juin
Le premier juin, celui de mon enfance était toujours celui de la fête de l’enfant. Après la fête de la femme en mars, celle des travailleurs (en plus de géniteurs), début mai et puis celle de la mère, et enfin celle de l’enfant.
C’était aussi sans doute pour encourager les enfants à tenir bon dans les dernières semaines à l’école, les vacances habituellement commencent fin juin, pour une reprise le premier septembre.
Ces fêtes se déroulent toutes en parallèle avec les fêtes chrétiennes durant le printemps. Fin de Carême et la Semaine sainte avec la fête de Pâques en mars avril, puis le temps de Pâques, la fête de la Pentecôte, celle de la Sainte Trinité et fin mai ou début juin celles du Saint Sacrement et du Sacré Coeur de Jésus.
Ne me demandez pas s’il y a un lien et de quelle nature entre les deux séries de fêtes. Ce qui est certain, c’est que la laïcité s’impose de plus en plus sur les fêtes religieuses.
La festivité du premier juin se traduisait par des bonbons partagés en classe. Je ne me souviens plus qui les fournissait, mais probablement l’école. Je ne me souviens pas non plus si les instituteurs étaient particulièrement plus gentils et plus attentifs à notre présence en tant qu’enfants et pas seulement en tant qu’élèves.
Dans la Pologne d’aujourd’hui, côté catholique, puisque la fête continue à être célébrée après la fin de la période communiste et l’effondrement du bloc de l’Est, on se pose la question de savoir comment fêter le premier juin dans cette nouvelle situation socio-politique. La presse catholique va mettre l’accent sur la valeur des cadeaux immatériels, tel que l’eucharistie comprise comme un moyen de conduire l’enfant à Jésus.
“Une foi profonde enracinée dans l’Eucharistie est le plus beau cadeau que nous puissions faire à nos enfants pour leur vie d’adulte”, confie la mère de cinq enfants et auteure du livre L’Eucharistie en histoires.
“Il est particulièrement important que les parents ne considèrent pas la Première Communion comme une finalité, après laquelle la préparation religieuse pourrait s’arrêter. « Ce que je voudrais avant tout que les parents retiennent, c’est que le sacrement est un commencement », explique-t-elle.
À l’occasion de la Journée des enfants, ces mots nous rappellent que les parents peuvent offrir à leurs enfants de nombreuses choses précieuses et nécessaires : du temps, de l’affection, de la sécurité, des conversations, une éducation et des cadeaux matériels.” Dans cet ordre.
Finir l’année
Pour la plupart des pays de l’hémisphère nord, en juin on finit l’année scolaire. Alors que souvent cette fin de cycle de l’année se superpose avec l’année fiscale, comptable et d’autres activités plus ou moins rentables, auxquelles il faut faire face tant qu’il y a de la nécessité et de l’audace.
Tout s’accélère et tout est important, car tout tourne autour de l’enfant. Comment ne pas participer au spectacle dont votre enfant fait partie. C’est pareil pour la messe spécialement préparée pour et avec la présence active des enfants. Pouvoir s’exprimer en public à cette occasion, de plus en dehors du cadre scolaire, ne peut que faire du bien.
Et tout le monde est content. Le prêtre aussi, évidemment. Certes, l’Église catholique a son but particulier à poursuivre, celui de mener les fidèles au salut en Dieu. Cependant, cette mission profondément spirituelle n’est jamais séparée de la vie quotidienne. Bien au contraire, c’est dans la vie de tous les jours que se situe l’apprentissage de la vie chrétienne sur les chemins du salut.
En tant que prêtre travaillant auprès des Français, j’ai toujours été en admiration devant la capacité de si nombreux catholiques à se dépasser dans les services auprès de la communauté, tout comme dans la vie associative, caritative, culturelle, politique etc.
Lors du dernier conseil pastoral de la CCFHK, début juin, pour clôturer l’année sous forme de prière, comme cela se doit pour une organisation religieuse, j’ai proposé une prière d’action de grâce pour qu’elle nous accompagne dans notre reconnaissance mutuelle d’avoir mené tant de groupes sur le chemin du salut et de projets menés à termes durant cette année scolaire qui s’achève.
La prière trouvée sur Internet est enrichie, car adaptée aux circonstances de la CCFHK. La vie de la communauté chrétienne comme la nôtre est totalement calquée sur la répartition scolaire entre les périodes de classe entrecoupée de celles des vacances.
Prière d’action de grâce pour l’année pastorale
Dieu notre Père, source de toute vie et de toute grâce, nous voici rassemblés en conseil paroissial pour te dire merci. Au terme de cette année pastorale, nos cœurs débordent de reconnaissance pour ta présence fidèle à nos côtés.
Seigneur Jésus, nous te rendons grâce pour la vie de notre paroisse :
- Pour les sacrements célébrés : les baptêmes qui ont fait grandir notre famille, les eucharisties qui nous ont nourris, les pardons reçus et les mariages bénis.
- Pour la transmission de la foi : le cheminement des enfants du catéchisme, l’enthousiasme des jeunes et la soif de partager ta Parole.
- Pour le service des frères : les visites aux malades, l’accueil des personnes isolées et chaque geste de solidarité vécus dans la discrétion.
- Pour la beauté de nos célébrations : le dévouement des équipes liturgiques, la musique, les chants et tous ceux qui prennent soin de nos lieux du culte et de rassemblements.
- Pour ceux qui veillent sur l’ensemble de la communauté, sur le bon déroulement des activités, qui concrétisent des impulsions pour orienter la vie de la communauté, ceux qui assurent la communication et la transmission d’informations, ceux qui gèrent les biens matériels et nous tous qui veillons sur le bien-être spirituel des uns des autres et le salut éternel. Amen
Esprit Saint, souffle de vie, merci pour tous les fruits visibles et invisibles de cette année. Tu as guidé nos réunions, nos projets et nos partages. Rien n’aurait été possible sans ton aide constante. Nous te demandons pardon pour nos manques d’audace, nos impatiences ou nos divisions. Purifie ce qui a été accompli et guéris nos faiblesses.
Sainte Vierge Marie, Notre-Dame de Grâce, nous te confions notre communauté. Garde-nous toujours unis dans la foi, l’espérance et la charité. Nous te confions le thème de l’année “Courage j’ai vaincu le monde”, ces paroles de Jésus qui ont été choisies comme thème de cette année et celui de l’an prochain pour accompagner nos diverses activités.
Alors que s’ouvre le temps du repos, continue de veiller sur nos pasteurs et sur chaque paroissien. Que tout ce qui a été semé cette année grandisse sous ton regard, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
Action de grâce
C’est une expression bien jargonnante que le commun de mortel ne comprend pas forcément, soit pas du tout, soit de travers. L’expression porte sur la reconnaissance. Dire merci à quelqu’un de plus grand que soi, dont nous n’avons ni peur ni honte, c’est reconnaître que nous ne sommes pas condamnés à notre seule efficience dans la vie.
Reconnaître que tout ce que nous avons fait de bon, pour le moins bon, il y a le pardon et la réconciliation. Certes, bon et moins bon apparaissent au travers nos actions personnelles et collectives, mais nous n’étions pas les seuls acteurs.
Loin de là, le principal acteur est celui qui, bien qu’invisible, par nos actions bonnes, se rend bien visible. Ses traces sont restées figées dans les bilans, dans la reconnaissance, qui elle, en apporte le sceau de vérité et de confiance.
Les bulletins scolaires et les appréciations qui les accompagnent sont pleins d’efforts et de reconnaissance. Dans l’action de grâce, nous reconnaissons aussi que nous ne sommes pas propriétaires de tout ce que nous avons accompli, car nos œuvres vivent leur vie après avoir acquis de l’autonomie, vivant leur vie.
Caussade Jean-Pierre
C’est le nom d’un jésuite français du XVIII siècle qui sans doute ne vous dit rien. Si je l’évoque ici, c’est pour raconter dans cet avant dernier chapitre une autre expérience de ce mois de juin commençant, mois aux contours bien particuliers.
J’ai été invité par mon homologue, celui de la communauté catholique germanophone à une soirée sur la spiritualité de ce jésuite-là. Encore en y allant, je ne savais pas à quoi m’en tenir.
Le nom de Caussade me parlait, car j’avais côtoyé à Paris un prêtre, on étudiait ensemble, qui a fait une maîtrise en théologie de spiritualité sur ce jésuite. Son nom évoqué ces jours-ci à Hong Kong m’a agréablement surpris et je me suis donc résolu à y participer et à me rendre au Centre catholique.
La soirée regroupant une quinzaine de personnes fut intitulée “Le pèlerinage contemplatif avec le jésuite Caussade qui aide à mieux comprendre la spiritualité ignatienne”. Caussade, dans sa méthode d’accompagnement à la vie spirituelle insiste sur le moment présent à vivre, qui est à considérer comme un sacrement, sacrement du moment présent. Justement!
Avec l’approche de Caussade de la vie spirituelle, nous sommes face à une technique de maîtrise de soi. On pourrait dire comme chez tous les autres mystiques et ou maîtres spirituels. Cette maîtrise de soi se faisant toujours sous le regard bienveillant de Dieu qui nous parle. Mais pour être entendus, nous avons besoin de faire taire tous les bruits et les images qui les accompagnent générés par notre imaginaire qui se laisse vagabonder apparemment sans un but précis.
En se concentrant sur le flux sanguin qui se déplace au rythme des bâtiments du cœur, et sur le flux de l’air inspiré et expiré. Sauf lorsque le ventre vide gargouille, pourrait-on ajouter avec une pointe d’humour.
Après les exercices physiques nécessaires pour mettre en harmonie toutes les différentes parties de l’être, corps et esprit, ont suivi 25 minutes de méditations silencieuses accompagnées par des indications verbales de l’animateur.
Le partage pour ceux qui voulaient le faire fut très riche. Pour ma part, un retour au moment de l’accouchement de moi par ma mère a surgi à la surface de ma conscience. Je me sentais emporté par les fléaux de la vie.
Et surtout je me suis senti libéré du cordon ombilical, qui dangereusement serrait le cou, comme s’il ne voulait pas lâcher son emprise de peur de briser le lien intra-utérin entre la mère et l’enfant. Une naissance et une renaissance.
Ce mois de juin que l’on aime tant
Le mois de juin est chargé des choses à faire et des situations à vivre. Accompagner les enfants dans leurs démarches scolaires (examens et les inscriptions dans d’autres établissements), prévoir et surtout vivre le déménagement, organiser le temps d’été, que d’aucuns un peu rapidement et de façon presque désinvolte vont qualifier de vacances, or il s’agit surtout de rencontres; nombreuses sont des situations qui laissent une empreinte particulière sur le mois de juin.
Pour tout cela rendons grâce à Dieu et remercions tous ceux qui nous ont aidé à nous rendre plus nous-même à nous-même et ainsi aux autres.
Bonnes vacances aux allures de transhumance! Pas encore, mais on s’y prépare.
FIN




