Dans notre épisode précédent, nous avons vu les marchands britanniques faire tomber un empire à coups d’opium, jusqu’à ce que les Qing, humiliés, cèdent Hong Kong et s’enfoncent dans un XIXe siècle de traités inégaux et de dettes impossibles à rembourser. Mais il serait très paternaliste de penser que l’effondrement de l’empire est dû à l’ingérence occidentale. Bien qu’influente, celle-ci n’est qu’un des nombreux éléments qui ont poussé la jeunesse chinoise à en finir avec la monarchie. Et cette histoire commence justement à Hong Kong, dans les salles de classe de l’université de médecine, où un jeune homme originaire du Guangdong va transformer sa colère contre un empire à bout de souffle en projet pour un pays tout entier, une république. Bienvenue dans ce nouvel épisode du Port Parfumé.

Sun Yat-sen naît le 12 novembre 1866 à Cuiheng, un village à quelques kilomètres de Hong Kong, au nord de Macao.

Issu d’une famille de paysans, comme 80% de la population à cette époque, il voit le jour dans une Chine impériale archaïque, en proie à des ingérences étrangères et incapable de répondre aux diverses crises démographiques et économiques qui épuisent le pays, provoquant la colère de la population. C’est particulièrement le cas dans la région où Sun Yat-sen grandit. Quelques années avant sa naissance, la région du Guangdong a été le théâtre de la révolte des Taiping, menée par Hong Xiuquan, un révolutionnaire aux allures prophétiques prétendant être le frère de Jésus-Christ. Cette révolution paysanne et religieuse a grandement bousculé l’empire Qing en provoquant une guerre civile qui coûta la vie à 30 millions de Chinois en une quinzaine d’années, soit la guerre civile la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité. Mais au-delà de la tragédie du conflit et du caractère pour le moins original de leur leader, la révolte des Taiping a amené des idées nouvelles et réformatrices en rupture avec la dynastie mandchoue, comme l’égalité des sexes, le partage des terres et l’ouverture commerciale. Sun Yat-sen grandit abreuvé du récit héroïque des Taiping de Hong Xiuquan, que lui racontent les anciens du village.

À 13 ans, Sun Yat-sen part rejoindre son frère aîné qui s’est installé à Hawaï, alors royaume indépendant. Dans une école anglicane, on lui enseigne l’algèbre, la science, la physique, des matières nouvelles pour lui puisque l’éducation qu’il a reçue en Chine se concentre uniquement sur l’étude des textes anciens et de la morale confucéenne. Il se fascine également pour le christianisme, probablement influencé par son héros d’enfance et prétendu frère de Jésus, au point de vouloir se convertir. Son frère, qui craint de le voir trop s’occidentaliser, le renvoie en Chine dans son village natal. Mais difficile pour ce jeune adolescent, après s’être ouvert sur le monde, de se replonger dans l’étude de textes écrits il y a plus de 1000 ans et le culte des idoles qu’il voit désormais comme un folklore superstitieux, limitant pour le développement. Accompagné d’un ami, il s’introduit dans le temple Beiji, qui célèbre le dieu taoïste Pak Tai, empereur du Nord et de la mer, dont la statue majestueuse protège le village. Afin de prouver aux habitants que leur croyance n’est que superstition, il brise un doigt de Pak Tai, montrant ainsi que la statue n’est qu’un bout de bois qui n’a rien de divin. Furieux de ce sacrilège, les habitants du village bannissent Sun Yat-sen. Son père est alors forcé de le renvoyer ailleurs, moins loin cette fois-ci, sur l’autre rive de la rivière des Perles, là où une colonie britannique se développe depuis quelques années.

Sun Yat-sen arrive à Hong Kong en 1883, il a 17 ans. Il intègre d’abord la Diocesan Home and Orphanage, puis le Queen’s College, le premier lycée public de la colonie. Il y étudie l’anglais, les sciences, l’histoire mondiale, le droit occidental et découvre un concept politique qui n’a pas encore de traduction en chinois : la démocratie. Il finit par se convertir au christianisme, épousant ainsi la culture occidentale dont il observe au quotidien les bienfaits en arpentant les rues de Hong Kong, où le calme ordonné rime avec l’expression artistique. Un contraste avec sa région natale où, selon ses propres mots, il devait s’assurer que son fusil était en bon état.

C’est à cette période que Sun Yat-sen est marié de force avec Lu Muzhen, une villageoise choisie par ses parents, issue d’une famille de riches marchands. À l’inverse de son jeune mari qui s’occidentalise à Hong Kong, Lu est une Chinoise traditionnelle qui subit la coutume des pieds bandés. Cette pratique archaïque, proche de la mutilation, dont le but est d’empêcher le développement des pieds pour que ceux-ci mesurent aux alentours de 8 centimètres, conditionne les femmes à des activités d’intérieur, notamment la broderie, puisque le moindre déplacement provoque une douleur très forte. Sun Yat-sen, qui veut voir l’abolition de cette tradition, tout comme les Taiping avant lui, est dans un premier temps frustré de ce mariage qui ne s’inscrit en rien dans son idée du progrès. Mais lorsque le père de Sun Yat-sen tombe malade, la piété filiale de Lu et le soin dont elle fait preuve pour le veiller amènent Sun à se rapprocher de sa femme. Ensemble, ils auront trois enfants, un garçon et deux filles.

À l’université de médecine de Hong Kong, Sun rencontre trois étudiants, Chan Siu-bak, Yau Lit et Yeung Hok-ling.

Tous les quatre, qu’on surnomme bientôt les Quatre Bandits, se retrouvent régulièrement dans un salon de thé de Gough Street pour parler de politique, notamment des envahisseurs qui contrôlent la cité interdite. Car pour Sun Yat-sen, ses camarades et une grande partie de la population chinoise, les Qing usurpent le trône depuis 300 ans. Ce ne sont pas des Hans, mais des Mandchous. Aux yeux de beaucoup de Chinois, la dynastie mandchoue n’est pas si différente de la dynastie mongole : des barbares venus du Nord qui ont imposé leur règne à la population et entraînent aujourd’hui la Chine dans la défaillance la plus totale. C’est ce sentiment qui va amener Sun Yat-sen à une pensée nouvelle : le nationalisme. En 1892, Sun est diplômé, premier de sa promotion, et fort de son expérience hongkongaise, nourrit déjà de grands projets pour la Chine.

“Ici, à Hong Kong, les Britanniques n’ont fait cela que depuis quatre-vingts ans, mais nous, les Chinois, nous avons une histoire de quatre mille ans… Pourquoi les Anglais peuvent-ils faire une telle chose avec cette île stérile, alors que la Chine, en deux cents ans, n’a même pas une place comme Hong Kong ? C’est ainsi que l’idée m’est venue : nous devons copier le bon gouvernement de Hong Kong et l’étendre à toute la Chine.”

Convaincu que le dialogue est possible, il écrit une longue lettre à Li Hongzhang, l’un des hommes les plus puissants de l’empire chinois, proposant une série de réformes pour moderniser le pays. Aucune réponse ne vient. Persévérant, il se rend à Tianjin pour rencontrer directement le gouverneur et le persuader de sa vision. Il n’obtiendra pas d’audience ; le gouverneur Li a mieux à faire, la guerre vient d’éclater avec le Japon. Dépassés par une armée modernisée par la restauration Meiji, les Qing sont, une fois de plus, obligés d’inviter leur adversaire à la table des négociations, et de signer un traité inégal incluant une forte indemnité et la cession d’un territoire. Pour les Japonais, ce sera l’île de Taïwan.

Privé de dialogue et voyant à nouveau son pays abusé par une force étrangère, Sun Yat-sen est désormais certain qu’il n’y a qu’un seul remède à la Chine : renverser l’empire Qing. Il fonde à Honolulu, en 1894, le Xing Zhong Hui, la société pour le redressement de la Chine, et installe le quartier général l’année suivante à Hong Kong avec le soutien des Bandits. La défaite face au Japon a mis le gouvernement Qing dans une position délicate et plus que jamais instable. Pour Sun Yat-sen et ses camarades, il faut frapper vite et profiter de la situation. C’est ainsi qu’en octobre 1895, Sun Yat-sen déclenche la première insurrection révolutionnaire en marchant sur Guangzhou avec 3000 hommes prévus, afin d’y dresser le nouveau drapeau révolutionnaire, un soleil dans un ciel bleu. Du moins, c’était le plan. Mais des espions et des traîtres dans les rangs du docteur sabotent l’insurrection, et ce n’est qu’une cinquantaine d’hommes qui se présente à Guangzhou, là où la police Qing les attend. Sun Yat-sen parvient à s’enfuir à Hong Kong, mais les Qing capturent certains des insurgés, dont Lu Haodong, le créateur du drapeau révolutionnaire, qui sera exécuté, devenant le premier martyr de la révolution. La tête de Sun Yat-sen est mise à prix, et le Qing font pression sur la colonie britannique, qui se voit obligée de bannir son brillant diplômé de médecine. Forcé à l’exil, des espions Qing à ses trousses, Sun Yat-sen entreprend un voyage ulysséen à travers le monde qui durera 16 ans — 16 années durant lesquelles sa femme, ne pouvant le suivre à cause de ses pieds bandés, l’attendra en Chine, s’occupant de ses parents et de ses enfants.

Après un passage par le Japon, Honolulu et les États-Unis, où Sun Yat-sen s’emploie à récolter des fonds en allant à la rencontre de la diaspora chinoise, il arrive à Londres début octobre 1896. Il y retrouve James Cantlie, son ancien professeur de médecine à Hong Kong, qui l’installe près du British Museum.

Ce qu’il ignore, c’est que des espions à la solde de la légation chinoise le surveillent depuis son arrivée en Europe. Le dimanche 11 octobre, sur son chemin habituel, des hommes l’abordent et, se faisant passer pour des partisans, l’attirent dans un bâtiment de Portland Place : la légation chinoise elle-même. Il y est séquestré, dans l’attente d’être renvoyé de force en Chine pour y être exécuté.

Pendant six jours, Cantlie n’a aucune nouvelle. Ce n’est que le 17 octobre que Sun parvient à faire sortir un message clandestin, grâce à la complicité d’une domestique. Cantlie alerte la police, le Foreign Office, puis la presse. Le Globe s’empare de l’affaire. Le scandale éclate au grand jour, une foule se masse devant la légation, et le gouvernement britannique, outré qu’un enlèvement diplomatique de ce genre se déroule en plein Londres, fait pression pour la libération immédiate de Sun. Le vendredi 23 octobre 1896, après douze jours de captivité, Sun est relâché. Du jour au lendemain, ce petit pharmacien en cavale devient une figure révolutionnaire internationale. En voulant le faire taire, les Qing viennent, sans le vouloir, de fabriquer leur pire ennemi : un symbole.

Sun, désormais connu et légitime, s’installe ensuite à Tokyo, d’où il continue d’organiser la révolution à distance. La protection judiciaire qui interdit l’extradition des Chinois fait de la colonie britannique le hub de la révolution : le China Daily y diffuse ses idées, et Yeung Ku-wan, qui préside désormais la société pour le redressement de la Chine, continue d’y organiser la résistance. De temps à autre, Sun Yat-sen parvient à retrouver ses hommes sur un bateau ancré au large.

Cette protection n’est pourtant pas absolue. Le 10 janvier 1901, Yeung Ku-wan est abattu de deux balles à son domicile de la rue Gage, alors qu’il donne un cours d’anglais, son propre enfant sur les genoux. L’assassin, un agent envoyé par les Qing, s’évapore dans les ruelles de la colonie. Le gouverneur de Hong Kong tentera en vain d’obtenir son extradition ; ce n’est qu’en 1903 qu’un des agents impliqués sera finalement arrêté et exécuté à Hong Kong même. C’est ainsi, à distance et au prix du sang, que Sun organisera pas moins de dix tentatives insurrectionnelles entre 1895 et 1911, sans jamais cesser de croire au renversement de la dynastie mandchoue.

Pendant que les insurrections s’enchaînent, Sun Yat-sen découvre un modèle pour son idéal chinois en arpentant les rues de la capitale japonaise. Tout comme la Chine, le Japon est un empire bimillénaire qui s’était enfermé sur lui-même durant le shogunat, gardant le pays dans un archaïsme qui a volé en éclats lorsque la flotte du commandant Perry a débarqué sur ses côtes. Mais depuis la restauration Meiji, le Japon a rattrapé son retard et s’est immunisé contre les ingérences occidentales, devenant même une puissance militaire supérieure à la Chine et à la Russie. C’est là qu’il rencontre Tōyama Mitsuru, chef d’une organisation ultranationaliste japonaise, le Genyōsha, la “Société de l’océan noir”, fondée par d’anciens samouraïs déclassés par les réformes Meiji, farouchement anti-occidentaux et inquiets de leur influence sur l’identité japonaise. Tōyama devient un grand frère pour Sun Yat-sen, lui trouvant d’influents soutiens financiers pour mener son combat depuis le Japon. Ensemble, les deux hommes tissent un lien très fort et bâtissent un idéal que Sun Yat-sen portera dans ses discours : le panasiatisme, la conviction que l’Asie, berceau de civilisations bien plus anciennes que l’Europe, doit s’unir pour se soustraire au joug des puissances occidentales. Un idéal que Sun Yat-sen défendra dans son discours de Kobe, où il somme le Japon de choisir entre devenir “le chien de garde de la civilisation occidentale” ou “le rempart de l’Orient”, le suppliant d’aider la Chine à s’affranchir des traités inégaux et de renoncer à l’animosité historique entre les deux pays. Malheureusement, l’idéal de Sun Yat-sen ne résistera pas à l’ambition impériale du Japon, qui commettra quelques années plus tard des atrocités innommables en Chine.

Après plusieurs décennies de révolte, les Qing résistent encore à la colère du peuple.

Car si tout le monde veut voir les Mandchous quitter la cité impériale, il manque aux groupes révolutionnaires un consensus, une feuille de route claire. Et Sun Yat-sen va la leur donner. En 1905, à Tokyo, il crée le Tongmenghui, société de l’alliance de Chine, qui rassemble la plupart des sociétés secrètes révolutionnaires, et formule les trois principes du peuple : le nationalisme, la démocratie et le bien-être du peuple.

Peu de temps après, l’impératrice douairière Cixi, qui gouvernait l’empire d’une main de fer depuis un demi-siècle, décède. Puyi, un enfant de deux ans, monte sur le trône et devient le dernier empereur Qing. L’empire est au bord du précipice.

En octobre 1911, Sun Yat-sen est aux États-Unis, en pleine collecte de fonds. En lisant le journal depuis son hôtel, il apprend qu’un soulèvement à Wuchang a pris le contrôle de la province. Les provinces voisines font sécession les unes après les autres : l’empire Qing agonise. Sun se précipite et arrive à Shanghai après plus de seize ans d’absence, accueilli en héros. Le 1er janvier 1912 met fin à un empire de plus de 2000 ans et proclame la République de Chine. À 47 ans, Sun Yat-sen devient le premier président chinois.

Mais pour que la République soit pleinement légitime, l’empereur doit abdiquer — ce que seule la force militaire de Yuan Shikai, chef de l’armée du Beiyang et ancien ministre du gouvernement impérial, peut obtenir. Yuan propose un marché à Sun Yat-sen : s’il parvient à faire abdiquer l’empereur, Sun lui cédera la présidence. Sun, dévoué à son idéal plus qu’à son pouvoir, accepte. L’empereur abdique, Yuan devient président — puis, se voyant bien dans le costume du dragon, se proclame empereur à vie. Il démantèle le Kuomintang, le parti nationaliste anciennement Tongmenghui, et fait assassiner Song Jiaoren, le leader du parti qui s’apprêtait à devenir Premier ministre. Sun est à nouveau poussé à l’exil et repart au Japon. La première République de Chine aura été de courte durée, ne résistant pas à des siècles de traditions impériales. Après le décès de Yuan Shikai, qui n’aura pas eu le temps d’instaurer sa dynastie, le royaume se divise entre les provinces, chaque seigneur réclamant son dû. La Chine entre alors dans une sombre période dite des seigneurs de la guerre, où les ambitions des chefs nuisent au bien-être du peuple.

C’est dans cette période de trouble que la vie personnelle de Sun bascule à nouveau.

En 1915, il tombe amoureux de Soong Ching-ling, sa jeune secrétaire, de 27 ans sa cadette. Refusant d’en faire simplement sa maîtresse, il demande le divorce à son épouse, Lu Muzhen. Beaucoup autour de lui critiquent sa décision, mais Lu Muzhen accepte le divorce avec dignité, souhaitant que sa remplaçante puisse accompagner et soutenir Sun dans son combat révolutionnaire, ce qu’elle-même n’a jamais pu faire. Elle s’installe à Macao, où elle vivra le reste de sa vie les pieds libres, son ex-mari ayant banni la pratique du bandage durant sa courte présidence.

Ce mariage inscrit Sun dans une lignée familiale extraordinaire : la sœur aînée de Ching-ling épousera Chauncey Kung, qui deviendra l’homme le plus riche de Chine. Et la benjamine épousera le successeur de Sun Yat-sen, Chiang Kai-shek. Trois sœurs mariées au père de la République, à l’homme le plus riche du pays, et au futur président : la famille Soong tissera, sans le savoir encore en 1915, la toile du pouvoir chinois pour les décennies à venir.

En 1921, un général loyal à la cause de la République libère la région du Guangdong de son seigneur de guerre et invite Sun Yat-sen à revenir à Guangzhou. Celui-ci y proclame un gouvernement national dirigé par le Kuomintang, dont il prend la présidence. Son objectif n’est plus de renverser un régime, mais d’unifier la Chine — à la manière des empereurs fondateurs des dynasties Han et Ming, en conquérant les provinces. Et qui dit conquête dit armée : il fonde la Whampoa Military Academy et en confie le commandement à un jeune officier prometteur, Chiang Kai-shek. En quête de nouveaux soutiens — les Occidentaux ayant une fois de plus trahi la Chine lors du traité de Versailles — Sun Yat-sen se tourne vers la jeune Russie communiste, qui accepte de financer le gouvernement nationaliste à condition qu’il se réorganise avec le Parti communiste chinois. Ainsi, le 20 janvier 1924, le premier congrès du Parti nationaliste chinois se tient à Guangzhou, présidé par Sun Yat-sen, auquel participent son jeune chef militaire Chiang Kai-shek, ainsi qu’un jeune bibliothécaire de Pékin membre de la délégation communiste, Mao Zedong. Ensemble, ils préparent “l’Expédition du Nord”, qui doit les mener aux portes de Pékin.

Mais alors que tout semble prêt pour lancer la campagne militaire, Sun Yat-sen tombe malade.

Il est admis à l’hôpital, où on lui diagnostique un cancer du foie en phase terminale. Le 12 mars, après 40 ans de combat politique, Sun Yat-sen décède à 58 ans, sans avoir pu accomplir son rêve, laissant à ses successeurs la tâche de réunifier la Chine et de lui redonner sa liberté et sa grandeur face au monde. Une tâche qui prendra des années à s’accomplir, puisque ses successeurs, Chiang Kai-shek et Mao Zedong, choisiront la guerre civile plutôt que la collaboration que le père de la République appelait de ses vœux — une division fatale qui laissera la Chine exsangue et vulnérable, au moment même où le Japon, brisant la promesse panasiatique qu’il avait faite à Sun, se jettera sur elle.

Aujourd’hui, sur les bords de la baie, sa statue continue de surveiller la République dont il n’aura connu, de son vivant, que les premiers et les plus douloureux tourments. Si vous voulez suivre ses traces, un sentier existe pour ça : le Dr Sun Yat-sen Historical Trail, un parcours de seize étapes à travers Central et Sheung Wan, qui commence à l’Université de Hong Kong — là où, peu avant sa mort, il était revenu prononcer un discours devant les étudiants :

« Où et comment ai-je acquis mes idées révolutionnaires et modernes ? Je les ai acquises à Hong Kong. »