« Chers amis,

ne nous voilons pas la face.

Pendant le confinement, nos petits travers envahissent notre quotidien.

Le verre de vin du soir arrive de plus en plus tôt.

Les pauses cigarettes se multiplient.

Sans parler de nos autres manies.

Et avant qu’on s’en aperçoive, l’habitude est devenue une addiction !

Le paradis perdu

Notre bien-être trouve son origine dans notre cerveau.

Les fées dopamine, sérotonine et endorphine se sont penchées sur nous avant même le berceau.

En effet, durant la vie intra-utérine, le fœtus baigne dans une béatitude chimique.

Mais la félicité ne dure qu’un temps. »

Ce n’est pas moi qui le dit, mais j’en suis tellement d’accord que je prends ce billet publié sur le site de la santé Nouvelle page par Antoine, médecin généraliste… comme point d’appui pour le mien. J’espère qu’il ne m’en voudra pas, car comme lui, je suis un passionné de l’humain.

A Hong-Kong, ou partout ailleurs en Chine, sauf quelques exceptions (Wuhan…) nous étions préservés d’un confinement très pesant. Comparés à d’autres, comme par exemple en Europe en ce moment et en France en particulier, notre expérience dans ce domaine est relativement peu intense.

Mais peut-on vraiment comparer ? Face aux changements, surtout survenus de façon aussi inattendue, nous sommes bien inégaux dans les réactions psychosomatiques. Et que dire de notre vie spirituelle.

Dans les situations comme celle de la pandémie en cours, souvent la dopamine et ses deux consoeurs, que sont la sérotonine et l’endorphine, ont bien du mal à faire leur travail habituel. 

La dopamine joue dans le cerveau un rôle fondamental pour le contrôle de la motricité et est utilisée en thérapeutique pour son action stimulante sur le système cardiovasculaire. 

La sérotonine est une substance aminée élaborée par certaines cellules de l’intestin et du cerveau, jouant un rôle important comme vasoconstricteur et neurotransmetteur. 

L’endorphine est (de l’abréviation endogenous morphine — morphine endogène) est un neuropeptide opioïde endogène, c’est-à-dire un peptide agissant comme un neurotransmetteur, produit par le corps, agissant sur les récepteurs opiacés, sans toutefois être chimiquement apparenté aux composés de l’opium. 

Vous n’avez pas tout compris, ce n’est pas grave, moi non plus, l’important c’est de savoir que les neuropeptides sont des neuromédiateurs…. 

En simplifiant, d’après ce que j’ai compris, la dopamine assure le mouvement du corps associé au plaisir de marcher et de courir. La sérotonine assure la bonne digestion dans les deux cerveaux (ou deux ventres, si vous voulez) et la dernière nous procure la bonne sensation du sommeil pour faire de beaux rêves. 

Dans la situation déréglée, le corps souffre et l’esprit aussi. Le plaisir est remplacé par le déplaisir. Mais, on n’est jamais mieux placé pour connaître notre corps que lorsqu’il est quelque part défaillant. 

Si le travail de la dopamine et de ses consoeurs, est relativement bien maîtrisé dans les conditions dites normales, dans les situations comme celle de la pandémie, il n’est pas assuré correctement. Et cela se voit dans les effets secondaires indésirables. 

Sous pression constante, le corps, et l’esprit aussi, cherchent à résister comme ils le peuvent. C’est comme lors d’un typhon que nous connaissons un peu à Hong-Kong (un peu en comparaison par exemple avec les Philippines ou le Japon) les arbres soumis à la pression du vent finissent de guerre lasse par céder et se cassent.

Ces trois substances agissent sur la sensation du plaisir. Si elles ne sont pas bien employées, au sens d’être maîtrisées, elles sont aussi en lien avec les addictions. 

En effet, pour que les addictions apparaissent comme telles puis se fortifient, il faut deux facteurs : le manque d’un paradis et les circonstances favorables pour le ressentir. Pour ce qui est du premier, personne n’en n’est à l’abri, la médecine moderne nous en fait une démonstration irréfutable.

Nous sommes nés avec un tel manque, et sans doute avec lui nous mourrons. Pour ce qui est du second facteur que sont les circonstances, celles-ci sont diverses et variées. Aussi bien le manque du paradis que les circonstances extérieures à ce paradis pour répondre à ce manque sont d’intensité variable. Chacun réagit différemment, ce qui tient au corps et au mental, les deux combinés.

Comment cela se passe-t-il chez nous, les chrétiens ? Comme tous les vivants, et par la même, comme tous les mortels, nous sommes soumis aux mêmes lois de la nature. Sans vouloir enfoncer les portes ouvertes, il est préférable de se le rappeler, cela va de soi, mais c’est mieux de se le dire pour parler de différence. Car différence il y a, mais elle n’est pas forcément là où souvent on l’envisage.

Nous sommes nés avec le syndrome du paradis perdu et les trois grâces naturelles que produit le cerveau nous viennent au secours pour en pallier le manque. De ce manque naît aussi la conscience de l’autre paradis, celle de la première vie, vie rêvée des anges. Le chrétien la place dans le ventre de Dieu qui engendre et que les parents procréent.

Est-il de même pour notre esprit? on peut le supposer. Le ressenti général, et parfois la souffrance physique, le signalent au point que l’on ne peut pas passer à côté.  

Pour détecter le dérèglement spirituel c’est plus délicat, car les récepteurs ne sont pas réglés, comme c’est le cas du corps physique sur les stimulants, qui de façon automatique informent du plaisir et du déplaisir. Mais quelque chose de semblable se produit pour autant. Ces récepteurs spirituels sont les trois vertus théologales, foi, charité et espérance. St Paul en parle dans la première lettre aux Thessaloniciens 1, 1-3 le texte le plus ancien des écrits de Paul :

“Paul, Silvain et Timothée à l’Église des Thessaloniciens, en Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ, grâce à vous et paix. Nous rendons grâce à Dieu toujours au sujet de vous tous, faisant mention de vous dans nos prières incessamment, nous remémorant votre œuvre de la foi, et la fatigue de votre agapê, et la patience de l’espérance de notre Seigneur Jésus Christ, devant notre Dieu ».

Écoutons-le aussi dans un autre texte, lui bien connu, où après avoir exposé la voie supérieure à suivre si l’on veut être chrétien (l’hymne à l’amour) il le résume ainsi : « Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité. » 1, Co 13,13.

Une projection à valeur d’échappatoire, une révélation au contour d’un mystère, ou l’action de trois fées qui nous charment de leur grâces: dopamine, sérotonine et endorphine, mais qui sont enrichies et dépassées par leurs homologues divinement conçues que sont les trois vertus théologales : foi, espérance et charité. C’est le postulat de mon exposé d’aujourd’hui.

Dans la période de confinement, comme dans toutes les périodes de vie collective et individuelle, il y a deux types de comportement que l’on observe chez les chrétiens (comme tous les croyants). Soit les circonstances accélèrent le processus de maturation de la vie spirituelle, soit elles le freinent. Il n’y a pas de troisième voie, dite neutre, stable, comme avant, pas plus que dans toute situation humaine face à une telle nouveauté.

Car celui qui s’obstine à ne pas vouloir bouger sous les effets des circonstances extérieures, il se trouve dépassé au sens propre et figuré du terme par ce qui fait pression sur lui et donc il est obligé de faire appel soit aux trois fées, soit aux trois vertus pour prouver aux autres et surtout à lui-même qu’il ne bouge pas. Le Shadok qui pompe l’eau connaît la fatigue.

Le chrétien face à la crise majeure individuelle ou collective n’a donc que ces deux possibilités: avancer ou reculer. Or, il peut y avoir de fausses directions, comme il y a de fausses routes dans la déglutition. Si la sanction du corps est immédiate, ce n’est pas ainsi avec la sanction de l’âme. Celle-ci est plus patiente et par la même induit en erreur le jugement.

On peut augmenter le régime de prière pour évacuer l’angoisse face à l’inconnu de la nouveauté. Cette nouveauté est appréhendée comme bonne ou mauvaise, c’est selon ce dont nous sommes capables d’en déduire et les trois fées ou les trois vertus théologales seront là pour nous conduire sur le chemin qui selon le corps et ou selon l’âme nous l’indiquent comme bon à suivre. 

Mais augmenter le régime de prière pour évacuer l’angoisse peut être seulement efficace sur le plan psychosomatique régulé par les trois fées. Cela ne suffit pas pour être à l’écoute de l’âme, qui souvent dit timidement que c’est ailleurs que se trouve la porte d’entrée pour augmenter toutes ou l’une des trois vertus en particulier. C’est à ce moment-là que Shadok ne pompe pas en vain, il devient un allié des puissances supérieures qui l’entourent et lui donnent raison d’y pomper, sans avoir l’aire de pomper l’air.

Dit autrement, c’est dans les situations limites entre ce que nous connaissons et ce que nous ne connaissons pas, et surtout entre les situations que nous désirons selon les désirs de trois fées et les situations que nous redoutons selon les trois vertus que nous nous trouvons véritablement éprouvés.

Éprouvés comme de l’or au creux du 🔥 feu qui brûle toutes aspérités dont les trois fées sont les pourvoyeurs. Et si nous n’y prenons pas garde, sans nous en rendre compte, nous sommes dirigés par elles. Ce qui nous entretient dans l’illusion d’être sur le chemin du paradis perdu, à la reconquête duquel nous sommes lancés éperdument, sans garder ni foi, ni raison.

Et la religion ne serait d’aucun secours pour retrouver le bon chemin du paradis perdu, si elle ne conduisait pas sur les sentiers de ces trois vertus théologales que d’autres vont identifier avec les trois fées. C’est à nous de savoir si nous sommes dans la religion prise comme opium du peuple ou pas.

Tous les opiacés consommés au XIX siècle ici à Hong-Kong ou ailleurs ont bien servi l’imaginaire des concepteurs de la nouvelle religion qui prône le bonheur du corps régulé par les trois substances. Toujours pour répondre à l’impératif de la recherche du paradis perdu, qu’à l’instar de Marco Polo, les trois fées et leurs procréateurs de bonne grâce ont toujours voulu se situer dans un endroit bien topique.

La meilleure réponse donnée à toutes les nostalgies humaines d’une bien spirituelle aspiration est donnée par Levis-Strauss dans la Tristesse du tropique. Car toute pensée utopique voulant résoudre les problèmes terrestres avec les moyens terrestres en faisant une incursion dans l’espace du mystère de l’homme et de son univers conduit à la tristesse, cette disposition de l’âme qui languit de la vérité. Et découvrir le mécanisme de la machine symbolique qui régit la vie sociale ne gomme pas cette tristesse née de la nostalgie toujours en quête de son accomplissement.

Merci aux scientifiques de nous faire comprendre comment nous sommes conditionnés par la recherche du paradis perdu. Grâce soit rendue à Dieu pour toutes les inspirations qu’il nous envoie pour nous prémunir d’enfermement terrestre de ce qui n’est destiné qu’à la dimension céleste.

Paix à l’âme des uns et des autres, vive les mortels, et plus belle sera la vie éternelle.