Pris de vitesse?

 

Ce podcast est le résultat d’un constat qui interroge et oblige à se positionner. 

 

Comment se situer en chrétien (catholique pour ceux qui s’y identifient) face à l’évolution du monde actuel? Le monde qui, sous nos yeux et surtout sous notre nez, prend rapidement une tournure de plus en plus anxiogène. Ce n’est pas beau à voir et cela ne sent pas bon non plus. Convoquée à la barre, l’espérance chrétienne est interrogée. 

 

Nous sommes pris de court par le vent qui amène des alluvions aériens d’une composition déjà bien connue, mais enrichie d’éléments nouveaux, propres à notre époque. Ainsi incommodés, nous cherchons à y faire face. Se boucher le nez et plus si affinité, c’est-à-dire la bouche, les yeux et les oreilles, c’est ressembler étrangement aux héros légendaires des trois singes qui ni.., ni.., ni…

 

Notre cerveau reptilien est en éveil. Il nous envoie des signaux pour réagir. Allons-nous suivre ses indications? C’est bien plus que des recommandations. Ici, il s’agit de la survie, la raison pour laquelle le cerveau reptilien a été sollicité. 

 

Habitué à un mode de vie surtout urbain, le cerveau reptilien est rarement sollicité, et tombant en désuétude, il finit par être endormi et même considéré comme étant sans utilité aucune, on l’ignore comme s’il était débranché. 

 

Les produits de beauté et la sécurité générale, dont bénéficie tout au moins des pans entiers d’humanité, favorisent la neutralisation de la fonction vitale du cerveau reptilien utilisé dans les situations limites pour la vie, vie rarement exposée aux dangers touchant à l’existence elle-même. 

Quand le cœur s’émeut.

 

Il s’agit des émotions générées au cœur de nos existences, que nous identifions avec le cœur, l’organe qui les communique le plus directement. Ces émotions remplissent nos corps, nos têtes et font pression sur nos esprits en atteignant l’âme sensible, qui justement ne peut pas rester insensible face à tout ce qui lui est communiqué. 

 

Les émotions lourdement chargées circulent entre nous et communiquent avec des mots qui parfois les accompagnent. 

 

La teneur de ces mots, sous forme d’expressions chargées de ressentiments, exprime le besoin de s’affranchir de ce malaise, que l’on n’a pas envie de porter tout seul, ni pendant très longtemps. C’est une sorte de purge automatique, naturelle, comme celle des radiateurs qui ont pris de l’air à la place de l’eau chaude ou de la vapeur. 

 

Mais ici c’est bien plus grave, tous les sens y sont conviés jusqu’à l’odeur de brûlures des catharsis désirées. Ce qui éveille les souvenirs de tant d’autres dans le passé. Et le malaise est non seulement entretenu, mais par la connexion entre différentes parties des vases communicants qui relient le passé et le présent, il est surtout augmenté. Mais on ne peut pas dire qu’avec cela l’humanité en bénéficie en termes d’humanité augmentée, donc enrichie dans le sens positif du terme.

 

Cette teneur révèle une nouvelle époque vers laquelle nous basculons à une vitesse rarement observée lors des changements comparables. Mais pour pouvoir réellement apprécier la particularité de notre situation, il nous aurait fallu disposer des éléments très précis de mesure des changements comparables, ceux survenant dans le passé, que peut-être seulement des grands cataclysmes aient pu provoquer avec une fulgurance inégalée.

 

Or nous ne sommes pas face à de tels phénomènes naturels comme la météorite qui a fait disparaître les dinosaures, ou plus récemment les grandes épidémies dont nous avons connaissance, qui décimaient jusqu’à l’époque récente, des pans entiers de l’humanité. 

 

Nous sommes face à un phénomène des plus ordinaires, qui accompagne un long processus de l’évolution de mentalités. Ce sont elles qui sont visées dans ce podcast. 

 

Le terme mentalité est habituellement appliqué à un ensemble de personnes qui partagent les mêmes points de vue ou semblables sur certains nombres de questions touchant un vivre ensemble. Des identités ethniques, nationales et autres, plus transversales internationales, comme l’identité chrétienne, se laissent repérer en identifiant les éléments particuliers propres à chacune d’entre elles.

Le réveil forcé!

 

Personne n’apprécie d’être interrompu dans son sommeil profond, lorsque le réveil sonne ou que l’on frappe à la porte avec insistance, qui pour un dormeur n’a rien d’amical. On a bien compris, le mode de fonctionnement du monde établi au XXe siècle, et surtout après la seconde guerre mondiale, est remis en cause. Profondément!

 

Se réveiller dans un monde nouveau n’est pas très rassurant pour la plupart des communs de mortels. Alors que cela peut devenir un stimulant excitant les papilles politiques et économiques pour en tirer profit pour soi et les siens.  

 

Et en fonction de cet impératif tenir compte de l’environnement plus large, voire planétaire et universel, n’est pas forcément à l’ordre du jour de telles visées, dont l’intérêt pour les siens n’est pas à prouver.

 

L’évolution en cours qui surgit, interroge et somme à s’y situer, mieux prendre position, ouvre des perspectives nouvelles au changement. La première phase de ce changement est marquée par une rupture assez radicale avec le passé récent. 

 

C’est à l’image des véhicules qui terminent leur existence légale, les propriétaires subissent le tassement ou l’écrasement des cartes grises jusqu’alors autorisant à circuler dans ces véhicules-là. Seulement des nostalgiques d’un passé révolu qui vont s’accrocher à sauver leur véhicule de la casse et continuer à rouler dans des épaves sans carte grise.

 

Un retour au passé, que l’on a réussi tant bien que mal à dompter et conjurer pour un temps, semble se terminer irrémédiablement. 

 

L’ère nouvelle est arrivée pour rabattre les cartes, avec les atouts, dont certains pays disposent plus facilement que bien d’autres. A qui les armes nucléaires, à qui la production et commercialisation des microprocesseurs, à qui l’exploitation des terres rares… 

 

En résumé, il s’agit des technologies modernes qui en résultent et le pouvoir que cela procure. AI s’invitant à la danse de saint Witz ne met pas que des vibrations enivrantes dans le corps et la tête pour les remplir d’un bien être tant recherché par tous, mais aussi des dérives nuisibles que certains détectent et dénoncent, alors que d’autres minimisent (comme toujours!) 

 

Tout cela, c’est-à-dire l’envie de minimiser, est fait afin d’assurer la chaîne de production afin de satisfaire les acheteurs et les garder en paix pour d’autres dépenses qu’ils seront invités à faire. Toutes les pax romana, americana ou cinica etc. ont leur capacité à s’établir et durer pour l’assurer.  

Dieu dans tout cela?

 

Évidemment, il se défend très mal, ou il est totalement absent, ne laissant aucune chance à celui qui voudrait faire valoir son “avis” pour imposer sa voix contre les voix de la nature. L’ordre mondial fondé sur la loi internationale durant les 70 dernières années, dans son concept-même émanant de l’universalisme chrétien et post chrétien, est en train de voler en éclats. 

 

Est remise en cause sa garantie de paix, garantie fondée sur la référence aux outils de conciliation, modération, temporalisation, et parfois d’interposition. Jusqu’à exposer les forces réelles militaires en mission, pour faire appliquer les résolutions émanant de l’entente, plus ou moins amicale, entre les représentants des peuples concernés et plus largement des lois internationales. Tout comme voir s’exposer au danger semblable les services humanitaires ou encore ceux qui sont chargés du droit de savoir et le communiquer à tous. 

 

Dieu, peu importe quelle forme il va prendre dans l’imaginaire de ses adeptes, et quel contenu on va lui assigner de l’extérieur, se défend mal. Alors qu’il est à l’origine de tout cela, et peut-être surtout c’est parce qu’il est à l’origine de tout cela qu’il se défend si mal. 

 

C’est tout au moins l’explication qui devient logique, dans les cercles culturellement marqués par la reconnaissance de son droit sur l’humanité et l’univers. Sans pour autant pouvoir aller jusque l’excuser d’avoir failli à ses devoirs de faire respecter l’ordre établi et surtout à l’établir conformément à ses lois. On rétorquera que tout est question d’interprétation. 

 

Mais jusqu’à être plausible à chaque fois? Le degré de satisfaction dépendra de l’endroit assigné sur l’échelle de valeurs. De ce point de vue-là, Dieu est responsable de l’universalisation des lois et de la contradiction affligée aux lois régionales, particulières, positives qui sont en opposition souvent frontale à la sienne, elles sont qualifiées de surnaturelles car révélées. Le plus fort est celui qui gagne directement ou par ses alliés.

Les belligérants actuels

 

Les belligérants actuels au Proche-Orient se réfèrent tous à la symbolique religieuse dans laquelle ils trouvent, qui un axe du mal et une barbarie à combattre, qui la vérité des gardiens de la révolution, qui un messianisme de survie et plus si affinité. 

 

Et ceux qui sont autour, ils sont dans l’approche matérialiste exclusive, éventuellement teintés des relents des souvenirs d’un passé que l’on convoque pour fournir des éléments nécessaires à la construction d’une mentalité, comme partout ailleurs pour garantir un vivre ensemble.

 

Toutes ces références, clairement avouées ou suggérées, sont présentes en arrière-plan dans les conflits souvent larvés, parfois ouverts, pour savoir qui a raison. On le sait, la raison est toujours du côté de celui qui a les moyens d’imposer sa raison. Rien d’illogique dans tout cela et dans cette approche, peu importe les moyens par lesquels on y parvient. C’est le résultat qui compte. Pure conséquence de la loi naturelle. 

 

Ce que semble réclamer pratiquement tout le monde. Ne nous étonnons pas que cela prenne le dessus. Toutes les religions et philosophies de vie (bouddhisme etc…) sont préoccupées par cette régression. Mais, elles ne peuvent pas s’en contenter. Ici je ne parle qu’au nom du christianisme, tel que je le comprends.

Trois religions monothéistes.

 

Dans l’évolution du monde actuel, les trois religions dites monothéistes sont concernées. Mais, chacune voit de façon assez différente l’application de la loi universelle, car divinement fondée. Pour ne pas dire de façon bien différente, que certains voudraient radicalement différente, voire divergente, au point d’être donc totalement opposée. 

 

Pour ne pas dire, ou, sans parler, ce sont des variantes de la même figure de style pour affirmer le contraire. Justement parlons-en! Parlons-en de la manière dont le contenu de chacune d’entre elles est appliqué à la chose publique par les responsables, qui y veillent comme ils peuvent. 

 

Et qui trouvent leurs alliés aussi là où ils peuvent. Quitte à épurer le contenu de tout ce qui ne convient pas pour assurer l’efficacité dans l’application de la responsabilité politique de la gestion de la société et de leurs administrés.

 

La radicalité de la vision de cette différence pousse l’autre, les autres, à se radicaliser à leur tour. Au dernier sondage, la jeunesse polonaise, qui n’est pas directement concernée par ce qui se passe au Proche-Orient, mais qui le devient en partie à cause de ce qui se passe aux frontières du pays. Elle serait donc sur cette pente. 

 

Et savoir qui a commencé est toujours aussi nul et non avenu comme argument, car semblable à la cour de récréation de l’école. Ce qui semble se passer dans le procès entre les deux géants de la Hi Tech qui se déroule en ce printemps 2026 en Californie. 

Et nous?

 

Par ce titre je voudrais signifier le retour au constat du départ, dont par la suite, j’ai essayé de donner quelques contours et clefs pour y entrer. Toujours avec la précaution et le respect pour les situations concrètes concernés dans ces conflits. Ce à quoi pousse la foi chrétienne dans son essence, pas uniquement elle, mais je ne parle ici que de l’intérieur d’elle.

 

Étant une éponge (pas seul, mais seul qui s’exprime ici), je ressens autour de moi, comme un trop plein d’émotions. Trop plein de sentiments contradictoires et souvent porteurs d’angoisses qui cherchent à se résorber avant de vouloir trouver des alliés pour se faire entendre, et finalement, pour le bien de tous, disparaître. 

 

Le phénomène actuel est infiniment plus profond et s’étend aux dimensions universelles pour submerger d’abord les plus vulnérables. Les éponges en font partie. Mais ce phénomène s’étend sur tous ceux qui commencent à comprendre qu’ils ont des choses à perdre s’ils ne s’y prennent pas bien pour les garder. Alors que d’autres vont chercher des solutions idéologiques capables de soulever des foules pour faire valoir des nouvelles lois à étendre sur de plus en plus grands ensembles d’humains.

 

Les lois universelles fondées sur la bonne entente entre les peuples ne fonctionnent plus. La petite parenthèse de moins d’un siècle dit le caractère négligeable de cette exception dans la manière habituelle, naturelle de gérer les relations. Dans la partie du monde, qui s’était arrogée ces droits à l’universalité en tentant de les imposer aux autres, domine la déprime. 

 

Elle envahit les cœurs et assombrit les horizons humains et spirituels, qu’ensemble, seules les âmes peuvent scruter sans dommage pour la qualité réelle d’aucun de ces deux horizons. 

 

Ce podcast se veut un plaidoyer pour un regard chrétien qui ose s’affirmer dans sa particularité, et qui peut aider à voir plus clair l’ensemble de la situation. Mais, il n’est pas là pour donner des leçons à qui que ce soit. Son auteur essaye de s’y comprendre et de comprendre le christianisme dans sa particularité. 

 

Le christianisme n’est pas un simple réservoir où puiser les solutions aux problèmes qui sont à trouver dans les démarches entreprises par des institutions nationales et internationales créées pour cela. Pour sa part, il prétend pouvoir jeter une lumière supplémentaire qui permettra, on l’espère, de comprendre un peu mieux ce qui nous arrive à cause de ce qui arrive dans le monde.

Le choix de Dieu! 

 

Les plus anciens se souviennent du livre témoignage du cardinal Lustiger, Les choix de Dieu. Il y explique la vocation du peuple de ses origines et celui de la promesse donnée au peuple nouveau, celui dont l’identité est fondée dans le Christ. Auquel, adolescent, Arron décide d’adhérer en recevant le baptême comme accomplissement de la promesse faite aux Pères. Et ainsi il présente sa vocation chrétienne comme accomplissement de la promesse faite aux pères.

 

Victime des persécutions qui touchaient à l’époque tout son peuple, il n’avait de cesse de chercher à comprendre ce qui en est de cette promesse donnés aux pères. Et comment elle se réalise au présent de sa vie. Dans sa réflexion, méditation et prière, la permanence de la promesse divine donnée au peuple élu que Dieu s’était formé au désert est ainsi réaffirmée. Dans son expérience, il rejoint son illustre prédécesseur, Paul de Tarse.

 

Et pourtant l‘histoire chrétienne ne s’était pas déroulée dans ce sens. L’Église catholique pour sa part a pu accueillir ce constat d’accomplissement et de permanence de la première promesse seulement dans la seconde moitié du XXe siècle. Dans les décennies précédentes, elle a pu se préparer à une telle révolution copernicienne dans sa relation tumultueuse avec les enfants d’Abraham, dont elle se considère en faire partie en vertu d’une adoption spirituelle rendue possible au moyen de la foi au Christ. 

 

Le Concile Vatican 2 (1962-65) voulant participer, dans la mesure de ses moyens, à la grande purge de la mémoire collective post guerres (les deux grandes et bien d’autres dans la même période ou dans le passé), l’Église a osé une approche nouvelle en rupture avec la tradition bimillénaire. 

 

Une approche nouvelle qui n’était que justice à ce qui a déjà été présent dans les écrits du Nouveau testament, mais enfoui sous le tas d’autres considérations explicatives en apparence parfois contradictoires. À la première lecture, l’évangile de Jean est particulièrement hostile aux juifs, et les pharisiens, comme dans les autres évangiles, en prennent des coups, théologiques, ici particulièrement appuyés. La vision d’hostilité exploitée pour les besoins de se démarquer du vivier initial a surtout scellé le sort des juifs dans la relation aux chrétiens. 

 

Ce que ces derniers, étant devenus majoritaires dans les sociétés du Moyen-Âge, ne se sont pas privés de jouir d’une impunité comparable à bien d’autres dans le passé et au présent de l’histoire de l’humanité. Cela s’était vu dans les applications concrètes limitant les droits civils (expression de l’époque moderne, droits à la propriété terrienne ou à accéder aux certains métiers) d’un état de fait caractérisé par une hostilité farouche, car considérée comme irréconciliable.

 

Alors que cette approche nouvelle, osée par l’Église catholique, nouvelle à l’échelle de l’histoire, rappelons-le, pas dans l’essence de la foi chrétienne qui la contient, elle le fait surtout au moyen de la méditation sur la mémoire et en lien avec les faits historiques : “scrutant le mystère de l’Église, le Concile se souvient” (déclaration conciliaire Nostra Aetate 1965 $4). Ce constat aboutit à la démarche de repentance dans la perspective spirituelle, non pas dans une approche comptable, ce dont sont chargés les historiens. 

 

Que les autres religions fassent de même ou pas, n’est pas ici l’objet de ce podcast qui se veut, rappelons-le, une tentative de se comprendre comme chrétien et appréhender les conséquences à en tirer.

 

Si j’évoque la figure de Lustiger, c’est uniquement pour attirer l’attention sur le fait que tout chrétien doit se poser cette question et peu importe comment se la pose un juif ou un musulman. 

 

Je n’entre pas ici non plus dans le débat pour savoir pourquoi Dieu permet la diversité des religions avec leurs avatars historiques. Je me concentre sur ce en quoi sa promesse est présente dans le christianisme. Et si cette question déborde sur le terrain d’élection du peuple juif, c’est uniquement du point de vue chrétien.

 

Pour résumer, la Bible du Nouveau testament s’adjoint à l’héritage scripturaire pris dans son ensemble comme témoin vivant de la promesse donnée à nos pères (les mêmes que ceux des juifs). Elle contient des indications qui sont à prendre au sérieux par les chrétiens, puisque c’est là que se trouve le réservoir de sens pour savoir comment être chrétien. 

Chretien, comment l’être?

 

Alors comment l’être? Comment l’être d’abord face au malaise exprimant le désarroi. Puis comment l’être face aux discours directs, sinon le plus souvent faits de façon insidieuse et indirecte, de haine. Pour y justifier l’opposition radicale jusqu’à dénier le droit à la dignité humaine, dans le sens le plus noble et basique à la fois. Et que dire de ceux qui prônent la haine pour justifier l’opposition en qualifiant les actes des autres comme le mal fait aux yeux de Dieu. 

 

Les catholiques posent souvent cette question. A l’époque de Moïse, la conquête de la terre promise était liée à des exterminations des peuples y existant avant. Selon le projet de Dieu, il n’y avait pas de place pour tout le monde, car, il n’y avait pas de place pour le mélange, dont il fallait se méfier comme de la peste pour sauvegarder la foi des pères. Les chrétiens qui ne prennent pas assez garde à cet égard en connaissent le prix en termes d’errements spirituels et humains.

 

Doit-on accepter un modus operandi similaire. Je n’entre pas dans le débat sur le bien-fondé de ces jugements, je reste au niveau de l’interrogation. Mais…

 

Le christianisme est imbibé des paroles du Christ qui interdit toute haine. Au contraire, il prône jusqu’à l’amour de l’ennemi. C’est déjà chavirant pour bien des chrétiens. Porter cette bonté, divinement fondée, mais comment peut-elle être humainement assumée? 

 

On connait le prix et on sait que cet amour de l’ennemi, celui qui veut ma mort, n’est pas réservé aux chrétiens. Mais les chrétiens sont dans l’obligation de le vivre, leur salut en dépend! Et la Miséricorde intervient dans la faiblesse. Même dans le reniement calculé?

 

Comment envisager cela chez les autres? Ce n’est pas la question ici. Je ne sais pas dans quelle mesure cette question trouve sa légitimité dans un discours chrétien. Surtout si l’on se tient aux divergences entre les mentalités religieuses, dont chacune gère ses questions à sa façon. 

 

Ce qui n’est pas neutre pour un vivre ensemble, mais cela ne résout pas le problème de vivre ensemble. Puisque les lois universelles n’ont plus de légitimité, il reste des vœux pieux des chrétiens, dans la mesure où eux-mêmes y accèdent et auxquels sont assimilés d’autres hommes, ceux de bonne volonté. 

 

Mais il y a plus grave. Le respect du commandement d’amour de l’ennemi fait partie du culte de Dieu. Comment le réaliser, où? Jésus répond à la samaritaine qui pose la question sur la pureté de sa religion, en déclarant que le culte n’est plus à envisager sur cette montagne (Garizim, celle des samaritains) ni à Jérusalem, mais en esprit et en vérité. (Jn 4). 

 

Par ce simple constat, Jésus dissout de façon théologique l’obligation du lien avec le temple. Et donc avec la terre promise au sens géographique. À la place de cela, il insiste sur le besoin de la conversion pour pouvoir rendre un culte véritable en esprit et en vérité. Le don de Dieu dont bénéficie le peuple Élu, est assorti de ses promesses. Mais qui toutes sont référencées sur la conversion. Les deux parties de la Bible sont pleines d’exemples qui illustrent cette constante.

 

Jésus ne spiritualise pas la religion, il lui donne des dimensions universelles que Pierre et surtout Paul de Tarse vont incarner. Il libère ses disciples d’un attachement émotionnel à un endroit qui l’a vu naître, grandir et mourir. Sans négliger le lien théologique à cause de la foi de nos pères symbolisée par le rocher d’Abraham.

 

Il l’enracine dans la vie concrète d’un individu, dont l’existence prime sur la collectivité. Même si l’appartenance au peuple y est constitutive de son identité, ce n’est pas elle qui fait que l’on est chrétien ou pas, mais la conversion pour accueillir ce Dieu à adorer en esprit et en vérité.

 

Chretien a une faculté assez paradoxale (c’est comme cela que je la vois dans la version parfaite) qu’en étant détaché de tout ce qui l’éloigne de Dieu, il est très proche de tout ce qui lui rappelle sa présence qui est avant tout chez tout homme et dans toute la création, à l’égard de qui et de quoi il doit respect divinement exigé.

Aimer, un long apprentissage

 

Donc pour résumer, le chrétien n’entre pas dans une dynamique messianique du peuple d’Israël. Il sait distinguer entre les enjeux politiques et religieux. Mais il sait aussi la vulnérabilité de l’approche religieuse face à l’approche d’une idéologie politique que la religion elle-même peut parfois susciter et même l’assumer de façon consciente.

 

Le chrétien apprend à aimer comme Dieu aime, tout en s’exerçant à appliquer à lui-même ce commandement qui est un programme, et si souvent ne correspond pas à la réalité. 

 

Et pour cela, il reste très attentif à ne pas se laisser submerger par les émotions négatives, toutes au premier stade, lors de leur émergence, aussi légitimes que d‘autres. En effet, ces émotions sont à considérer comme une première étape d’un travail qui reste à faire pour s’en dessaisir en les présentant à Dieu. 

 

Puis se laisser les transformer en émotions chrétiennement fondées. Et en faire quelque chose de concret pour, sinon améliorer la situation, tout au moins ne pas la laisser empirer.