Les chrétiens nigériens en danger de génocide.

Vatican News (Łukasz Sośniak SJ-vaticannews.va / Abuża) communique des prévisions à partir des informations disponibles et que l’on connaît de façon générale. 

Depuis 2015 on y a détruit plus de 2000 églises, entre 4 et 5 millions de chrétiens ont été forcés d’abandonner leurs maisons. Selon le dernier rapport, durant cette période, 12 milles chrétiens ont été assassinés. 

« Il ne s’agit pas ici des victimes des conflits entre les éleveurs et les agriculteurs. Au Nigeria on tue systématiquement des chrétiens, parce qu’ils sont chrétiens. » Souligne Mr Patterson, vice-président de l’Observatoire Américain de la Liberté Religieuse dans le monde.

Lors de son exposé au Capitole, il a attiré l’attention sur le degré de danger que court le pays. Il émet l’hypothèse selon laquelle le Nigeria peut devenir, à l’instar du Rwanda, le théâtre de génocide. 

Les organisations internationales et les puissances de ce monde dans son ensemble sont mises devant un fait bien probable. Elles connaissent la situation, c’est à elles de réagir. Est-ce encore temps et comment va t’on s’y prendre ?

La période de pandémie ressemble étrangement à une situation de conflit intra planétaire et même spacial. Elle est propice à la reconfiguration des relations entre pays et par conséquent à la réorganisation des centres d’intérêts. 

On observe le retrait des occidentaux de certains pays d’Asie, du Proche Orient et d’Afrique.

Le maintien de la paix, aujourd’hui abandonné au profit d’un chaos, espère-t-on passager, avant la reprise par une autre force pacifiante interne ou externe, qui se poursuivra sur des bases nouvelles. 

Parmi les populations fragiles, car minoritaires, se trouvent des chrétiens.

Ce qui c’est passé au Rwanda il y a 30 ans, et ce qui risque de se produire au Nigeria, ce ne sont ni les premiers ni les derniers désastres de ce genre. Et pas seulement contre les chrétiens.

Mais le danger de relativiser à outrance nous guette. On s’y est déjà tellement habitué. On est sans voix, ni capable de gestes concrets pour exprimer l’indignation. Plutôt étouffée, inhibée jusqu’à méconnaissable dans sa consistance première.

Et même si, en apprenant ce genre de chose, un semblant d’indignation identifiée comme telle nous traverse parfois, cela se traduit au plus par un mal au cœur. 

Un malaise passager, vagal qui a pour effet de couper la conscience de ses connexions qui l’alimentent en sensibilité, sensibilité grâce à laquelle l’identification avec ce que les autres peuvent vivre est d’ordre bien émotif. Mais une telle identification n’est pas assez profonde pour conduire à une action réelle.

Sauf peut-être dans un réflexe, tout aussi spontané qu’innocent, celui qui nous autorise à être capable de lever les bras vers le ciel. Le faire dans un geste de prière, à l’efficacité de laquelle on croit malgré tout un peu, sans y croire vraiment, pour exprimer une impuissance désabusée plutôt qu’un premier acte de révolte. 

Mais réellement, que pouvons-nous faire? En dehors du fait de prier et sans pour autant croiser les bras, parfois aller chercher à soutenir ceux qui y peuvent quelque chose. Et encore comment ? C’est si loin d’eux, c’est si loin de nos préoccupations quotidiennes, c’est si peu à la portée de notre main. 

Et finalement c’est si ennuyeux, dans tous les sens du mot, -source d’ennui parce que source de gêne- que la seule solution qui reste pour ne pas s’en embarrasser, pour finalement s’en débarrasser, c’est de résoudre le problème par un définitif et irrévocable : quand ça déborde c’en est assez! 

Et on en parle plus, un non événement parmi d’autres non-événements.

La banalisation de tels faits, divers et semblables à la fois, fait suite à tant d’autres annonces du même genre. Et elle l’ajoute à d’autres neutralisations de notre Cortex humain. Lui qui est chargé de mettre à distance nos émotions en les traitant de façon raisonnable. 

Pour survivre, nous avons besoin d’explications plus ou moins logiquement défendables à la clef. Mais pour expliquer et s’expliquer cela prend du temps, trop de temps. 

Nous n’en avons jamais assez, déjà pas assez, rien que pour nos proches, nos intimes. Et en faisant le compte, on constate des résultats désastreux, là aussi, surtout là, et là, ô combien.

Après tout, chacun ses problèmes.

Pour vivre, par habitude, pour ne pas la perdre, car nous y attachons plus qu’à tout. Pour ne pas nous perdre dans ce que l’on a déjà trouvé, on se concentre surtout sur ce qui nous concerne en premier. Et maintenant, tout cela se déroule sur le fond de la lutte contre la pandémie et ses conséquences.

Il y a de quoi faire. Sans l’excuser, notre passivité fait partie de nos réflexes d’autodéfense, de survie, de vie par habitude. Passivité par-ci parce que le réflexe de survie par-là.

On s’y est déjà tellement habitué à ce que certaines parties du monde soient ainsi en proie à des troubles sociopolitiques graves. En effet, qu’y pourrait-on dans notre situation? Notre voix est si faible, si peu audible. 

À quoi bon de nous en charger avec tout ce qu’il y a déjà à assumer! A quoi bon importuner inutilement notre conscience, la pauvre, elle en est déjà tellement chargée. 

Et pour peu qu’elle soit vraiment chrétienne, elle nous rend si fragiles. Mais comment savoir si elle est vraiment chrétienne? Elle, qui se cache sous le Cortex d’une mise à distance. Elle, qui, inconsciemment, trame le réseau des connexions reliant avec quelques-uns et le Christ lui-même quelque part. 

Après le Proche-Orient, l’Asie centrale et orientale, l’Afrique subsaharienne et quelques autres îles lointaines, même les vieux continent européen et ses deux sœurs jumelles les Amériques, tout le monde est concerné.

Est-ce même si important de dire que les chrétiens payent un tribut particulièrement lourd? Tribut versé dans les escarcelles de l’histoire humaine, dont la cruauté ne surprend plus personne non plus. 

Si souvent, l’expansion chrétienne est comprise comme résultat d’une dynamique coloniale. Dans certaines situations un argument contraire est difficilement défendable, dans d’autres nettement à distinguer. 

Dans d’autres encore, il y a à chercher avec soin et en détails pour comprendre l’imbrication et le degré de complicité réciproque. Et l’abus d’autorité plane toujours comme délit d’abus de faiblesse.

Mais puisque nous sommes à l’époque, où il faut aller vite dans les orientations à donner à la pensée et aux actions, les amalgames sont monnaie courante. La déprise y devient un allié invisible, parfois obscure, mais bien efficace. 

Dans cette déprise, on va parfois jusqu’à la cruauté. De la cruauté, il y en a partout, y compris dans les raisonnements. On s’est habitué à elle, la cruauté. 

Elle nous est tellement familière, que même les milieux de vie constitués des incubateurs d’idées stérilisés de toute influence de sa présence, à elle, la cruauté, comme dans la lutte contre la pandémie actuelle, rien n’arrive à en protéger à 100%.

Depuis toujours on sait que le risque zéro n’existe nulle part dans la réalité, dans la vie. Et les chrétiens, pas seuls, mais ils sont bien placés pour cela, le savent « à volonté ». 

Ils le savent d’autant plus, qu’ils habitent dans les zones géographiques et les pays qui ne sont majoritairement ni chrétiens, ni catholiques. Encore à quelques exceptions près, et même si tel est le cas par-ci et par-là, c’est en cours de changement, dans une évolution en leur défaveur.

Les derniers débats sur la place du christianisme rien que dans deux pays, comme actuellement le Canada et la Pologne, pour des raisons bien différentes, montre l’orientation que les populations de ces pays prennent et qui montre la dynamique qui l’accompagne.

La meilleure façon de se prémunir de ce danger, et non pas pour s’y habituer, ou encore moins le susciter, c’est de s’y exposer à dose homéopathique. Car si c’était pour s’y habituer, voire la susciter, ce serait le comble de l’horreur par le biais du sarcasme qui se nourrirait d’une indécence de premier ordre. 

C’est sans quoi, une fois désabusé de tout, on y tombe, comme des mouches prises dans l’attrape-mouche gluant, qui les attrape, immobilise et emprisonne. 

Ce qui n’est presque plus normal, c’est de trouver des zones géographiques encore en paix. Paix comme synonyme de prospérité et de tranquillité, ces deux composantes étant à la base d’une vie sociale équilibrée, composantes auxquelles on aspire naturellement, sans effort particulier. Et si des efforts restent à faire, c’est à ceux qui se sentent réellement menacés, car vivant dans des zones à risques. 

Certes, c’est un point de vue, celui d’une portion de l’humanité à qui a été épargnée ce genre de déconvenue majeure, car troublant profondément, et l’existence et la conscience.

Il y a fort à parier que, comme moi, pour la plupart, nous appartenons à cette portion de l’humanité. Bien que chrétiens, mais vivants dans des zones plutôt préservées d’une telle fragilité environnementale, à cause des conditions de vie qu’il n’est pas aisé de quitter.

Pour chaque être humain importe avant tout de se sentir en lien avec les autres comme il l’entend, selon ce que sa culture le lui a imprimé comme comportement et réflexe à avoir. Les livres sont pleins de recettes pour savoir comment les acquérir et les garder. 

Pour le chrétien il va de même, il est aussi tributaire de ce que sa propre zone d’influence exerce sur lui à partir de ses repères et de ses sources qui sont avant tout sociales, et très faiblement, véritablement évangéliques. 

Il a cependant une douce, et pas toujours agréable, obligation d’adopter un comportement traduit dans les réflexes de proximité et de présence même à l’égard de ceux qui sont en difficulté. Et sans tenir compte d’aucune sorte de distinction sélective à la base de ses comportements à leur égard. 

Tout humain en est capable, tout chrétien en est redevable. 

Dans les cadres de préparations au mariage, parfois je propose la lecture intégrale d’un des quatre évangiles. C’est pour fonder le socle sur lequel construire la compréhension du sacrement de mariage, et à partir de là, construire une vie de couple ainsi chrétiennement engagé. Pour leur donner quelques billes pour savoir comment jouer leur vie de couple, non pas comme une partie de poker, mais vivre leur vie pleine de force, pleine de générosité. Et tout cela, plein de fragilité. 

Et la vie se déroule, toute lointaine comme toute proche, entre l’apathie et la révolte, parce que entre l’indignation et la révolte, parce qu’entre le cœur troublé et la révolte. 

Entre tout cela, il y a un long chemin, qu’il est difficile de parcourir tout seul. Et on se dit parfois, à quoi bon, pour si peu de résultat. Les déceptions proches et lointaines sont les mêmes, à chaque fois lorsque l’amour manque à l’appel, lorsque le conscient manque à ses devoirs. 

Mais puisque tout est excusable, et rien n’est redevable, puisque tout s’en va, rien ne retient les catastrophes à l’échelon d’un couple, pas plus que celles à l’échelon d’un pays…

C’est l’amour que l’on assassine et l’on assiste impuissant à son génocide. 

Que Dieu nous ait en pitié!  

Et pour terminer une évocation des paroles prémonitoires.

En 1995 Jean-Paul II constate que sous prétexte d’un appel à la tolérance, se développe de plus en plus d’attitudes intolérantes et que cela concerne la vie sociale et les médias. 

Et ressentent cela de façon très douloureuse des croyants qui sont de plus en plus poussés sur la marge de la vie sociale, ridiculisés dans ce qui pour eux est sacré. La discrimination est de retour, sous des nouvelles formes, cela engendre l’inquiétude, mais donne à penser. 

En 2021 nous sommes en mesure de constater cela sous une forme nouvelle, avec des ingrédients anciens.  

Que Dieu nous ait en pitié!

Et qu’il y ait des gens qui continuent à chercher ce qui est juste et bon. Car sinon, un génocide local peut se transformer en un général, celui de l’humain et de sa valeur sacrée. 

Le crépuscule de la civilisation occidentale semble durer depuis déjà près de deux siècles. C’est beaucoup et trop peu à la fois. 

Beaucoup pour s’y habituer convenablement. Trop peu pour faire les comptes avant de re-planter la tente de la rencontre.