Qu’on cesse de nous faire croire qu’il existe des mesures de confinement miraculeuses pour nous faire retrouver notre vie d’avant en quelques semaines et une bonne fois pour toutes. Il est temps de nous parler vrai. Il va nous falloir accepter de patienter jusqu’au moment où la vaccination aura été assez massive pour enrayer la pandémie. Prenons conscience que la crise sanitaire durera encore longtemps et que notre modèle social devra évoluer pour affronter ensuite la mutation climatique qui continue de s’aggraver.

PATRICK SAUVARD 

Des postes comme celui-ci, l’on en trouve de plus en plus souvent.

Ça y est, on commence à comprendre que cela va durer.

Mais il y a des choses qui durent et dont on aurait aimé que justement, elles ne durent pas. 

La pandémie en fait partie. L’événement lui-même est le plus vraisemblablement limité dans le temps, avant une prochaine, hélas! Les conséquences, quant à elles, vont se répercuter en écho douloureux. Et exigeant en termes d’attention et jusqu’à, on l’espère, de voir disparaître l’épidémie un jour et que l’on ne parle plus de tout cela. 

Est-ce si sûr que cela fonctionne ainsi. Car tout événement s’imprime dans le tissu sensible et la mémoire en conserve les traces. Tout est déposé dans les profondeurs de la mémoire humaine. Et ceci doublement, individuellement et collectivement. 

Mémoire fonctionne ainsi, elle retient sans que l’on sache comment, elle conserve les traces des événements qui se sont produits dans une existence avec ses échos dans la vie collective.  

C’est comme tous les sons qui sont envoyés dans l’espace cosmique sans, parait-il, jamais disparaître. Ils restent toujours vivants, pour user d’une figure de style poétique, sans abuser ni du lecteur ni du langage. 

C’est un peu à l’image de l’eau disparue de la planète Mars et que les scientifiques soupçonnent plutôt que s’être évaporée, ce qui doit être en partie vrai, être capturée dans la roche. Une curieuse manière de se cacher dans la matière dure à elle, l’eau, qui peut prendre une forme non seulement liquide, mais aussi gazeuse et même dure. Mais là, c’est dur de dur et plutôt bien mystérieux, car cela ouvre de nouvelles perspectives pour la compréhension physique du monde. 

Mais de la physique à la métaphysique il n’y a qu’un pas. De la mémoire de la résurrection du Christ à son oubli, il n’y a qu’un pas aussi. La mémoire conserve, la mémoire retient et exprime ce qu’elle contient y compris sous formes de souvenirs. 

Mais l’épiderme de notre mémoire profonde est toujours sensible et capable de communiquer si l’on veut bien l’écouter. Vouloir parce que pouvoir. Mémoire comme cocon, comme berceau de la naissance et même de la transformation. Telle une chrysalide qui se mue d’un verre, la mutation étant larvée depuis un certain temps. 

Pourquoi une telle introduction sur la mémoire pour un sujet concernant l’invitation à rester unis? A maintenir un lien. Pourquoi un tel thème pour le jour de Pâques, la fête qui renvoie à l’événement bien précis dans le passé? Qu’est-ce qui en reste dans la mémoire? 

Pâques est la plus grande fête chrétienne. La transformation de la vie annoncée à la suite de l’expérience du tombeau vide est lente, progressive. Souvent elle passe inaperçue. 

Elle se déroule au grès de nos souvenirs et de nos oublis. Elle est conservée dans la mémoire individuelle et collective. Elle resurgit à l’occasion des fêtes pascales, comme maintenant, sous l’impulsion des images et des sensations qui y sont associées. Les œufs de Pâques prenant souvent le dessus sur l’agneau pascal.

On peut y résister, on peut même se faire désensibiliser, comme une dent qui fait très mal et qui pour la neutraliser, on va même la dévitaliser. Avec la Pâque on peut adopter une attitude semblable et appliquer des méthodes similaires. 

Surtout, quand on a une dent contre, mais c’est au risque de s’y casser la dent. Car Pâques et ce que cela représente, c’est tellement consistant, tellement dur. La mémoire conserve tout cela, la mémoire en prévient, la mémoire y accompagne. 

Regardons ce qu’il y a dedans sur un terrain de plus consensuel, le plus objectif, au sens le plus formel. Regardons déjà du côté de la sémantique et ses signes visibles. Même si là aussi c’est dur à l’image de l’orthographe hésitante du mot lui-même. 

Pâque ou Pâques, un s ou pas, et pourquoi? Un hick qui interroge et devient de l’os à ranger. Pas seulement pour les férus de la bonne orthographe. Mais aussi et surtout pour les chercheurs de la vérité logée dans les événements de la vie marquée par la foi et identifiés comme tels par, car grâce à la foi. 

Cherchons d’abord dans la mémoire collective de l’histoire de l’évolution de l’orthographe du mot. Pâques ou Pâque: à chaque religion et suivant l’époque son orthographe.

Chaque année, une semaine après le dimanche des rameaux, les Chrétiens commémorent la résurrection du Christ lors des fêtes de Pâques. Un nom qui n’a cessé d’évoluer à travers les siècles pour éviter l’amalgame avec son homonyme au singulier: la Pâque, célébration juive.

Dans l’explication je me réfère à l’article d’Alice Develey du Figaro publié sur l’internet le 15/04/2017

« Pâques, originellement orthographié sans s, a subi au travers des siècles de changements de graphie dans le dictionnaire. En vingt siècles, le substantif aux racines judéo-chrétiennes s’est vu corrigé, rectifié, révisé, réformé, remanié et finalement épuré pour donner l’écriture qu’on lui connaît aujourd’hui.” 

Mais d’où vient le nom de Pâques? 

Du latin chrétien Pascha «la Pâque Juive», emprunté au grec paska, lui-même issu de l’hébreu biblique pesah «Pâque», du verbe pesah, pesa’h «passer devant, épargner». On y voit l’ouverture du passage comme celui dans la mer rouge avec sa charge symbolique de l’intervention divine pour libérer et conduire dans un lieu sûr. Mettre à l’abri, certes, mais pas pour ne rien faire ou conserver, condamner à l’immobilisme. Bien au contraire, pour agir.

Le terme est originellement au confluent de plusieurs racines. Un syncrétisme qui l’inscrit de fait au cœur d’un débat sémantique. Et ce débat nourri la pensée théologique enracinée dans les évènements constables, produits par la puissance divine, mais non sans recours à la participation active de l’homme.

“«Pâque» désignant la fête juive de la «Pâque» ou le «passage» de la mer Rouge par le peuple hébreu, tel que le narre le livre de l’Exode mais également, «agneau pascal», animal que l’on sacrifie lors de la cérémonie…. L’agneau pascal deviendra lors des célébrations de Pâques -écrit cette fois-ci avec un «s»- la représentation du Christ qui versa son sang pour le salut de l’Homme.”

Je vous épargne les aléas historiques des siècles passés qui ont marqué l’usage du singulier et ou du pluriel. “Ce n’est qu’après le XVe siècle que la distinction sémantique s’opérera entre Pasque (la fête juive) et Pasques (la fête chrétienne). Il faudra néanmoins attendre le XVIIIe siècle pour voir enfin poindre la graphie respective que l’on connaît des mots Pâque et Pâques.”

Notons donc, quitte à le répéter, que Pâque, sans «s», au féminin désigne d’après le Petit Robert cette fois-ci «la fête juive annuelle qui commémore l’exode d’Égypte». Pâques, au pluriel, représente «la fête chrétienne célébrée le premier dimanche suivant la pleine lune de l’équinoxe de printemps, pour commémorer la résurrection du Christ.» Ca c’est pour le résumé intermédiaire.

La Pâque, peut également être employée dans l’Église catholique pour désigner le Christ ou «l’agneau pascal», notre pâque. Christ notre pâque, saint Paul en parle dans la première lettre aux Corinthiens. Il en parle à l’occasion de la méditation sur la pâte sans levain pour en faire du pain à la hâte. Comme celui que les hébreux ont pris pour manger à la hâte avant de partir avec l’agneau pascal. 

Le levain est identifié au malin, le diviseur, le satan, la source du mal. On comprend alors comme suit:

“Il n’est pas beau, votre sujet d’orgueil. Ne savez vous pas, qu’un peu de levain fait lever toute la pâte? Purifiez vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain. Car le Christ notre pâque a été immolé. Célébrons la fête, non pas avec du vieux levain…, mais avec des pains sans levain: dans la pureté et dans la vérité” 1 Corinthiens 5, 6-8. On comprend aussi que c’est une invitation à faire ses pâques.     

« Rappelons enfin que de nos jours, la graphie du mot «Pâques» répond à des règles très strictes. Ainsi, le terme «Pâques» porte-t-il toujours la majuscule SAUF, lorsque celui-ci se retrouve précédé d’un article ou d’un pronom. Dans ces cas-là on écrira alors: «la pâque». À ne pas confondre, suivi d’une exclamation, avec la locution «par la pâque-Dieu»! Qui pour sa part nous renvoie à… un juron. »

Mais loin de tels égarements langagiers, nous sommes face à nous-mêmes et notre pâque, le Christ. Car c’est de lui et par lui et en lui que nous tenons la foi en la résurrection. A la suite de la sienne, en vue de la nôtre. Saint Paul nous transmet une description de l’événement constaté. 

“Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite : La mort a été engloutie dans la victoire.” 1 Corinthiens 15, 54.

Avant de se fixer définitivement, comme l’orthographe, la mémoire elle aussi est hésitante. Et comme l’orthographe, elle peut aussi être remise en cause. La mémoire consciente qui porte sur la résurrection du Christ et la nôtre est soumise aux aléas de la conscience fluctuante. 

Même chez les plus fervents adeptes de cette religion qui professe la mise à disposition d’un vaccin contre la mort. C’est ainsi que l’on peut aussi appeler la foi en la résurrection. Et depuis deux mille ans on cherche toujours la meilleure formule pour son efficacité. Car la durée de l’efficacité de la résistance contre la mort (surtout éternelle) fournie par les anticorps de la foi en la résurrection n’est jamais garantie à vie. Le baptême qui le promets, attend d’être suivi par les faits.

L’événement attesté des témoins oculaires, dont la mémoire peut faiblir par ci par là, ne fait pas de doute aux yeux de ceux qui cherchent sans a priori. Mais cette événement aux yeux de la foi devient un os à ronger de tous les protagonistes soucieux d’une bonne apologétique. Et certains s’y cassent la dent, alors que d’autres ont la dent dure contre.

Il devient, comme par ricochet, en boomerang, l’os de discorde dans les débats contradictoires qui animent nos vies à l’intérieur de nous-même et entre nous. Le chrétien en ruminant qu’il est, pour ne pas ressasser, doit faire passer la nourriture d’un estomac à l’autre. L’estomac des évènements ingurgités est suivi de l’estomac d’intégration qui nourrit. C’est ce que l’on appelle la maturation. 

A la mastication succède la digestion qui commence déjà avec la première phase et se poursuit dans celle-ci de façon plus ou moins heureuse en évitant tant que possible les flatulences et la constipation. Savoir répondre à la question où se cache la foi en la résurrection, c’est d’engager le processus de maturation de toute une vie qui d’une telle réalité en a envie. 

C’est une dynamique de croissance, pourrait-on dire, pour vouloir presque clore le débat. Or, on ne s’en sortira pas par un stratagème quelconque de contournement, d’expulsion, d’expropriation ou encore d’exmission, de reconduite aux frontières du réel du pays plat que l’on s’est un jour fabriqué pour rester tranquille et sans de tels tracas. 

Pour revenir au titre et pour reprendre avant de conclure, maintenir le lien, c’est maintenir le lien avec la source, la raison même pour laquelle on est en lien. Les valeurs qui nous animent et qui nous expriment sont là pour attester de la foi. C’est bien la raison pour laquelle on les évoque. Mais c’est indispensable, voire nécessaire de devoir vérifier si les valeurs auxquelles on se réfère ont bien le même patrimoine génétique que ce qui est sorti de la source. La foi chrétienne se réfère à la foi des apôtres. 

Nous sommes invités à nous en nourrir et vérifier la bonne intégration dans notre corps. Il s’agit du corps incorruptible qui ainsi est appelé pour grandir au détriment de celui qui est corruptible. C’est en prenant part physiquement et ou spirituellement au corps du Christ qui se donne dans l’eucharistie que nous chantons le Christ ressuscité. Il est vraiment ressuscité. Joyeuses fêtes de pâques. 

Et que l’on cesse de nous faire croire qu’il y a des formules magiques pour être dans la vie. Toute vie passe par la mort. Et toute vie peut aboutir à plus de vie et pour bien plus longtemps. Mais tout ceci est conditionné par le fait de savoir comment nous abordons dès maintenant cette réalité: fin de tout, fin de nous, ou un passage. Passage heureux, nous le souhaitons tous.