De l’école Boulle aux grandes maisons de luxe

Formé à l’École Boulle, Philippe Larose débute dans les décors de théâtre, où il apprend autant la création que la réalisation et le travail des matières. « J’ai commencé sur une formation artistique (…) puis quelques années vraiment intéressantes dans les décors de théâtre, pas uniquement la création, mais beaucoup sur la réalisation, les peintures », raconte-t-il.

 

Ce goût pour le concret et la mise en scène l’amène progressivement vers le merchandising, notamment chez Lancôme, où il travaille sur le développement design à l’échelle européenne. Une immersion décisive dans l’univers cosmétique : « C’est là où j’ai commencé à connaître ce milieu. Je suis tombé dans une équipe de designers vraiment très intéressante. »

 

Le choc culturel fondateur

Parmi les projets marquants de sa carrière figure la création de l’image de marque de La Neige, maison coréenne. Une expérience aussi intense que formatrice.

 

Lors de la première présentation, Philippe Larose et son équipe se retrouvent face à une assemblée silencieuse de 25 personnes. « Ni sourire, ni déception, ni quoi que ce soit. C’était un petit peu stressant », confie-t-il. Le CEO finit par lâcher un mot positif en coréen avant de quitter la pièce. Trois heures d’échanges suivront, révélant un défi supplémentaire : la barrière de la langue. « On s’est aperçus que pratiquement personne ne parlait anglais. (…) Puis, tout doucement, on s’est adaptés. »

 

Au-delà du défi culturel, le projet lui ouvre une nouvelle dimension du design, entre exigence stratégique et finesse interculturelle.

 

Le design, traduction physique d’une identité

En 2001, Philippe Larose fonde Phil Design avec une conviction forte : le design n’est pas décoratif, il est identitaire.

 

« Le design, ce n’est pas une simple décoration. C’est vraiment la traduction physique de l’âme d’une marque. » Dans le luxe, chaque détail compte : matériaux, proportions, finitions. « Si le design est approximatif, le message de la marque est un petit peu brouillé. »

 

La mission de l’agence est claire : transformer une vision, parfois encore abstraite, en réalité tangible, fidèle à l’identité du client. Pour y parvenir, Philippe Larose s’appuie sur des valeurs qu’il juge « non négociables » : « le plaisir de travailler ensemble, l’entraide, le respect mutuel ». Une philosophie qui s’applique aussi bien en interne qu’avec clients et fournisseurs.

 

S’ouvrir au-delà du luxe

Si le luxe lui a appris « l’exigence extrême » et la rigueur, Philippe Larose souhaite aujourd’hui explorer d’autres territoires : boutiques locales, bureaux, projets résidentiels.

 

« Les grandes maisons ont des identités très codifiées, qu’on ne peut pas vraiment bousculer. » S’ouvrir à de nouveaux secteurs offre un « terrain de jeu vraiment fantastique », où l’expérimentation et la créativité prennent une place plus importante.

 

Cette diversification permet également de mettre l’exigence acquise dans le luxe au service de projets plus accessibles, y compris pour des marques émergentes. L’exemple de « Chez Raymond de Paris », une épicerie fine, illustre cette approche agile : optimisation de budget, réemploi de matériaux, solutions sur mesure. « Ce sont des projets vraiment excitants. »

 

Du luxe au résidentiel : un changement de posture

Travailler pour une maison de haute joaillerie et accompagner un particulier relèvent de logiques radicalement différentes.

 

Pour les grandes maisons, « la direction est très cadrée », les matériaux et budgets définis avec précision, et le rôle de l’agence consiste à exécuter une vision à la perfection.

 

À l’inverse, dans le résidentiel ou pour une jeune marque, le client ne sait pas toujours exactement ce qu’il souhaite. « C’est presque un rôle de psychologue », explique Philippe Larose. Il s’agit de comprendre les goûts, le mode de vie, l’entourage, les usages quotidiens. La part de création pure y est plus importante, mais aussi plus intime.

 

L’agence propose alors un accompagnement global, de la conception à l’installation, en passant par le suivi de réalisation : un service clé en main, personnalisé.

 

Une croissance maîtrisée

Pour les prochaines années, Philippe Larose mise sur la continuité et l’agilité. L’objectif n’est pas de bâtir une multinationale, mais de préserver une structure à taille humaine.

 

« Je ne cherche pas vraiment à bâtir une énorme société. Que ça reste à une échelle humaine est très important. » Une agence « fiable, agile », capable de saisir les bonnes opportunités tout en conservant son exigence.

 

Dans dix ans ? Il sourit : « J’aimerais bien que ce soit ici, avec vous, et en reparler de l’évolution et de ce qui s’est passé. »

 

Au bord de l’eau, l’image résume bien l’esprit de Phil Design : solidement ancré dans l’excellence, mais ouvert à de nouveaux horizons.