Le temps de vacances d’été, c’est une occasion de rencontres en famille et entre amis. C’est d’autant plus précieux lorsque l’on ne les voit pas souvent et lorsque, comme beaucoup d’entre nous, on habite loin d’eux. Je vous propose aujourd’hui cette méditation dans cette période de l’année qui suit la période estivale, où se superposent plusieurs dates importantes pour ma vie. 

L’automne est pour moi la saison de l’année marquée par plusieurs naissances, celle à la vie physique, celle de ma présence en France, et celle de ma présence à Hong Kong. D’où le contenu de ma prise de parole d’aujourd’hui aux accents personnels, autobiographiques même, et que l’on veuille bien me le pardonner. 

Pour l’été dernier, précisément pour début août, j’avais justement noté dans mon agenda le rassemblement d’une branche de ma famille. Je me faisais une joie profonde de pouvoir retrouver des cousins et leurs familles, ceux dont j’ignore pour beaucoup leur composition et les contours de leur existence réelle. Pour certains, à cause de l’éloignement géographique surtout de ma part.

Mais pour d’autres, à cause des aléas de la vie relationnelle affaiblie au fil des années. Chacun se concentrant sur son cercle familial le plus proche qui bourgeonne, s’étoffe et se démultiplie; de nouvelles familles se créent dans les fratries immédiates et la vie ainsi démultipliée se prolonge dans des générations nouvelles, suivantes.

Les réunions familiales sont précieuses et les croisements des différentes familles souches apportent de la richesse que l’on tente à monnayer de notre mieux. Les rencontres planifiées ou fortuites sont toujours l’occasion de « confronter » ses apports indispensables à notre équilibre personnel et social. 

Et leur manque, voire l’absence en terme de coupure, est toujours une source douloureuse d’un mal-être que seulement la réconciliation véritable peut « consoler ». Et chercher des lieux de maintien et de consolidation est déjà un effort non négligeable au profit d’un tel équilibre.

Mais la pandémie en cours nous a déjà forcés à plusieurs remaniements dans nos agendas. Le plus significatifs sont les reports de mariages et pour l’année prochaine c’est apparemment déjà plein en terme de capacité d’accueil des convives. Sans savoir ce que la pandémie (en cours) réserve. Moins nombreux semblent les courageux dans ce contexte qui planifient dans l’année à venir un mariage en bonne et due forme. 

C’est encore plus douloureux pour les deuils des proches que l’on ne peut pas accompagner et dont les cicatrices attendent toujours de pouvoir se faire dans le temps au moyen des commémorations familiales attendues. Et par ailleurs que dire des accompagnements souvent à distance des enfants qui s’installent dans un autre pays pour étudier ou, diplôme en poche, à la recherche d’un premier emploi.

Dans tout ceci la vie familiale est fortement perturbée. Ce type de rassemblements font partie des annulations, et on espère de reports quand c’est possible. Mais, c’est souvent difficile, comme pour mon rassemblement familial, pour le moment sans nouvelle date précise. Et pourtant, comme tout malheur est bon à quelque chose, la face peut-être la plus inattendue est celle de retrouvailles véritables. Elles se révèlent au fil du temps dans cette période de séparation avec les uns et donc retrouvailles avec d’autres. 

On a vu à quel point peut aussi être bénéfique, dans cette période de séparation avec les proches, la technique moderne. C’est tout de même les communications par internet qui permettent de renouer le contact, et parfois de façon inattendue. 

Comme par exemple dans mon cas avec cette cousine dont j’ai retrouvé la trace de l’existence en Angleterre via une connaissance commune nouée à Hong Kong, alors que j’ai seulement un vague souvenir de l’avoir vu enfant l’une ou l’autre fois. 

L’été est un temps de rapprochement familial, parfois aussi effectué de façon inattendue. Ce qui m’était arrivé en juillet de l’année précédente, lors de mon dernier séjour en Pologne. J’avais décidé de visiter mes deux dernières tantes par alliance. Étant chez une, j’apprends que l’autre vient d’être hospitalisée dans un état grave. Je me rends aussitôt en compagnie de mon frère aîné, à son domicile. 

Hélas personne à la maison. Je prends quelques photos de la demeure, de la cour extérieure. Où se trouve comme témoin d’espèce du vivant, sagement posté un cheval. Comme s’il attendait des nouvelles lui aussi avant de servir de courrier, pêle mêle, de bonnes et de mauvaises nouvelles. La tante est décédée le soir même. 

Je décide donc de prolonger de quelques jours mon séjour en Pologne de sorte de pouvoir rester jusqu’aux funérailles avant de m’envoler pour la France. Vues les circonstances des retrouvailles, je me considérai presque bien chanceux d’avoir pu renouer à cette occasion avec une partie de ma famille. 

C’est lors du repas qui a suivi les funérailles que je me suis trouvé à table avec un de mes cousins qui m’a (enfin!) présenté sa femme et ses d’enfants, jeunes adultes. Apprendre des détails sur leur vie familiale, études et aspirations professionnelles de la nouvelle génération c’est communier à la vie de ceux avec qui nous sommes liés par les liens de sang. 

La mémoire familiale, celle de nos ancêtres est alimentée de deux façons. 

Par la tradition orale sous forme des souvenirs, ô combien chers, recueillis et transmis de génération en génération (à combien remonte la vôtre ?). Elle est appuyée par les documents précieux provenant des archives familiales constituées en interne ou à partir des archives civiles et ou religieuses, ces deux vecteurs de notre identité consciente. Mais il n’y a pas que cela.

La seconde façon de constituer la mémoire familiale est celle fournie par la génétique, dont la traçabilité époustouflante permet de retrouver les liens et comprendre d’où on vient afin de mieux se comprendre au présent et se projeter sur un avenir plus ou moins proche. 

Du point de vue chrétien, nous savons que, tous ceux que nous avons perdus de vue sur cette terre au présent de nos vies où nos aïeux inconnus, nous savons que nous espérons de les retrouver un jour au ciel. Retrouver un jour au ciel, c’est une manière bien maladroite de parler de notre irruption dans l’éternité. 

Mais, il faut appuyer dessus, et c’est parce que nous entrons dans la notion de communion, communion de saints. Comme nous le professons dans le Credo : « je crois à la communion des saints et la vie éternelle, Amen. » 

Et en attendant, comme dit un poète polonais, dépêchons-nous de nous aimer les uns les autres, il reste si peu de temps, dépêchons-nous! C’est notre meilleure réponse à toutes les difficultés à rejoindre physiquement tous ceux que nous désirons retrouver et/ou tout simplement trouver. 

Les occasions s’y présentent, mais pas forcément le choix de le faire. Le caractère circonstancié n’enlève en rien la valeur d’une belle rencontre. Il est seulement un supplément heureux de l’attitude d’accueil quotidien de ce qui vient dans les rencontres régulières avec nos « compagnons » de vie. A qui nous souhaitons bonheur et longue vie, à eux qui font partie de nous même, car nous d’eux. 

Et dans la perspective chrétienne ce cercle s’étend aux extrémités de l’humanité rencontrée dans ses représentants au détour d’une action planifiée ou fortuite.

Alimentant la mémoire de nos liens sensible car trempés dans le même sang, ne cessons pas d’alimenter la mémoire de la rencontre décisive pour toutes les autres.

Celle du Christ qui nous convie à la rencontre de sa famille, celle des enfants de Dieu en nous disant : “faites ceci en mémoire de moi!”. Une telle mémoire nous tient ‘au chaud’, maintenant, plus tard, à jamais.