L’écologie au cœur. Dieu l’a rêvé, l’homme l’a fait. Non sans mal. Comment aborder l’environnement ? Ok, très important et délicat à la fois. Où est la limite entre la culture de la fécondité comme résultat d’une participation respectueuse mutuelle et l’attitude de rendement, voire d’exploitation, pour ne pas dire de la rapine.

 

Exploiter les gisements miniers, comme exploiter la terre dans son ensemble, c’est se l’asservir. Tel n’est pas le plan de Dieu. N’en déplaise aux interprétations erronées de la Bible à la première heure de la prise de conscience dans la deuxième moitié du XX siècle. « Soumettez-vous la terre » la phrase telle que l’on trouve dans certaines traductions a suffi pour infecter la pensée écologique d’un sentiment anti-chrétien.

 

Et même Laudato si du pape François de 2015 a du mal à se frayer un chemin au milieu d’un maquis composé d’une touffe dense où poussent bien des ronces de toutes espèces d’idéologies qui se nourrissent de croyances profondes, dures, peut-être inflexibles, peut-être même plus épineuses que bien d’autres.

 

Même si Laudato si est plutôt bien accueilli au sein des communautés chrétiennes et lus par des hommes politiques (Macron en a cité des passages sans en indiquer la source), les militants et surtout les sympathisants des mouvements écologiques l’ignorent largement.

 

La faute à Voltaire, comme toujours, lui qui avait « imposé » l’obligation de creuser un fossé infranchissable entre les différentes sources d’information. Les vraies informations venant des sciences naturelles et homologuées par l’intérêt qui leur est accordé, en aucun cas ne doivent s’entremêler avec les pensées obscures produites par les religions qui n’ont rien compris à l’accession de l’homme à la vérité.

 

Face à un tel fossé, pour y faire face, à chacun de trouver son intérêt pour susciter ses capacités à dépasser une inertie léguée par histoire. L’héritage oui, notre liberté d’en disposer avec amour de la vérité oui encore davantage.

 

Voltaire n’est plus là et la liberté continue à creuser son sillon là où la pensée libre passe sans pourtant connecter de manière collatérale. C’est comme dans les connexions entre les neurones dans le cerveau, plus il y en a, plus d’informations circulent. La liberté suppose la libre circulation des biens et des idées.

 

La prise de conscience de la nouvelle génération dans le domaine de l’écologie est encourageante. Elle ouvre des perspectives nouvelles pour la prise en compte de l’environnement humain matériel. Mais pas seulement. 

 

Le pape parle même de l’écologie intégrale, celle qui intègre tout, donc de façon holistique, plénière, complète. Sans méconnaître aucun des aspects de la vie et de leur environnement.

 

L’adjectif intégral fait comprendre que tout l’ensemble des domaines concernés n’est pas une éventualité, c’est une nécessité, et même impérieuse. Il y va aussi de l’intégrité qui, elle est d’ordre moral. Par exemple, il n’y a pas de solution idéale au problème de pollution. Mais il y a une responsabilité morale pour tendre vers une amélioration de la situation.

 

Pour les uns ce sont des raisons conjoncturelles, économiques, d’intérêt futur plus qu’immédiat, sous la poussée des jeunes générations. Pour d’autres encore, c’est par peur d’étouffer, d’être noyé, par nécessité de protéger les siens.

 

Pour le chrétien c’est une douce obligation d’avoir une conscience sensible à l’égard des situations difficiles que d’autres peuvent vivre. Cette conscience s’enracine dans la reconnaissance de Dieu comme le créateur qui a donné l’ordre à l’homme de lui soumettre en son nom la terre. Nullement au sens de l’exploiter en la pillant comme font des envahisseurs avides de gains nouveaux pour étendre leurs zones d’influence, asservissant non seulement la terre mais aussi ses habitants.

 

Passer du charbon et du nucléaire aux sources d’énergie labellisées comme green dont les éoliennes, c’est juste améliorer un peu la situation, mais pas résoudre le problème. De même pour les voitures électriques…. 

 

L’empreinte carbone est un indice très important, mais il ne peut être considéré séparément de tout le reste. Le pape le rappelle, tout est lié, l’écologie intégrale suppose une attitude morale, l’homme qui en est détenteur n’est dans la posture de l’écologie intégrale que seulement à cette condition-là. 

 

C’est un message plein de confiance à l’égard de la nouvelle génération qui est pleine de ressources en termes d’innovation dans l’approvisionnement en énergie pour continuer à nous propulser dans la vie et dans ses nouveaux espaces.

 

L’environnement extérieur est bien évidemment tout aussi important que l’environnement intérieur à nos habitats, ainsi qu’à nos maisons intérieures que sont nos vies. Ce que l’on aura compris en parcourant Laudato si, c’est que l’écologie intégrale comprend l’écologie spirituelle. 

 

L’écologie spirituelle doit tenir compte non seulement de ses aboutissants, mais aussi de ses tenants. Et le chemin, dont les tenants le balisent et le composent, peut être long et périlleux. Tant d’intérêts particuliers, parcellaires souvent s’entremêlent et luttent pour l’exclusivité, sinon pour obtenir une part substantielle du gâteau.

 

Or, la vie physique sûrement, mais spirituelle en grande partie aussi, dépend de la qualité de l’air que l’on respire et de l’eau que l’on boit, de la nourriture que l’on absorbe, sans oublier les médicaments que l’on avale. La liste est longue des domaines qui composent notre environnement où s’entremêlent les facteurs du bien-être matériel et spirituel.  

 

Il est impossible de faire mention de toutes les composantes de la dimension spirituelle, l’écologie touche à tout ce dont l’homme a besoin pour bien vivre. L’écologie spirituelle en dépend aussi tout en rendant de précieux services à l’écologie humaine et même environnementale.

 

Mais être écolo cela a un coup, tout d’abord mental, pas le pire, mais surtout financier. Et dans le domaine spirituel un coup élevé, celui de la volonté de bien agir pour être dans les clous de la voie royale indiquée par le Créateur.

 

 Lutter contre les habitudes néfastes qui grèvent le déficit écologique, c’est devoir payer plus cher. Payer plus cher en termes de valeur marchande, mais aussi payer plus cher en termes d’attention mentale et surtout spirituelle, ce qui peut de façon indéniable s’avérer bénéfique pour tout le monde et à tous niveaux.

 

En attendant, cela ressemble à une double faute. Qui peut se le permettre en termes pécuniaires ? Celui qui a des revenus plus que convenables. Et dans le domaine spirituel, celui qui a un haut potentiel de courage créatif pour réaliser le plan de Dieu et du coup le sien. Mais chacun peut faire quelque chose.

 

Les mouvements écologiques prennent souche d’abord chez les bobos qui, tout en profitant des avantages de sociétés urbanisées, préfèrent vivre proches de la nature. Paris plage et Paris village sont deux éléments du drapeau dont ils drapent leur emblèmes bobos, ce qui frappe ceux qui veulent leur ressembler. A la mode comme à la mode, question de goût et d’opportunité. Et des moyens que l’on y met.

 

L’attention écologique dans son ensemble s’enracine dans un bon réflexe qui émane d’une bonne écoute de la nature humaine. Pourvu que cela ne se transforme pas en arme idéologique du combat des riches qui veulent toujours plus. Si en revanche, cela reste contenu dans la dynamique d’un meilleur vivre ensemble, c’est prometteur d’un avenir certain, car avenir ouvert à tous.

 

Il est possible d’imaginer une maison à sept toits à revisiter et éventuellement sans doute à la réparer. 

 

Le premier toit abrite notre corps, dont nous avons la charge, une belle mission et une vraie responsabilité. Nous faisons ce que nous pouvons, mais souvent l’écologie intégrale laisse à désirer. Et la dimension spirituelle y tient peu de place, voire si peu, quelques traces constatées au microscope de la sincérité.

 

Le deuxième toit abrite notre famille, famille de sang et ou de cœur. Et là sur le plan spirituel d’une famille à l’Église domestique il n’y a qu’un pas. Une communauté de vie (y compris les communautés religieuses) où la communion est désirée. Mais où elle est difficile à maintenir, à stabiliser et à faire croître. Là aussi l’écologie est un défi avec ses propres exigences liées à la proximité du vivre ensemble. 

 

Ceci est vrai sur le plan matériel, humain et relationnel, et rien n’est étranger à la dimension spirituelle. Une écologie spirituelle pratiquée en famille (place de la prière et de la culture chrétienne), par l’éducation fondée sur ces principes, favorise l’enracinement de l’attention à l’environnement comme création divine.

 

Le troisième toit abrite la communauté de vie sociale, le quartier, le village, la ville. Et donc la communauté d’appartenance spirituelle, pour nous la paroisse, le diocèse, l’église, la cathédrale. Dedans ça grouille de vie sociale et associative, où la charité au nom de la foi côtoie le bénévolat. D’une générosité à l’autre, l’écologie intégrale se tricote un nom, celui de la solidarité.

 

Le quatrième toit abrite l’universalité du vivant et son environnement : air, eau, nourriture, énergie, déchets… Il contient tous les désirs et actions pour se sentir à l’aise, en harmonie avec la nature. C’est l’environnement mental et donc aussi spirituel général qui est à prendre en compte, avec les communications tous azimuts, et la capacité à les traiter qui y est en jeu.

 

Le cinquième toit abrite le cosmos, l’infiniment grand, comme l’infiniment petit. S’y trouve tout ce qui nous fascine et nous dépasse en même temps, tout ce qui renvoie aux origines de l’univers et de la vie, toute vie. Tout ce qui fait bouger les lignes entre envisageable et réalisable, entre acceptable et impossible. Et ceci aussi bien dans le domaine technique que dans le domaine bioéthique. L’écologie intégrale y est convoquée comme plénitude, qui, si elle n’est pas vraiment possible à atteindre, elle est tout au moins à désirer.

 

Le sixième toit est composé de nos visions du monde, de nos capacités à nous connecter dans le dialogue polyèdre aux dimensions œcuméniques et interreligieuses, interpensées et interactions.

 

Le septième, le plus haut, celui qui abrite le « rêve » du ciel, est même placé au ciel, c’est notre vie éternelle. Il y aurait tant à dire et si peu peut être dit, le respect pour l’écologie intégrale l’emporte sur bien des bavardages jugés inutiles.

 

Et pour bien les aborder tous, il faut partir de la finalité, de là-haut. Tout y est subordonné, tout y est coordonné et tout y est configuré.

 

Donc pour résumer en revenant à Laudato si, le pape le constate avec force : tout est lié, mais tout est fragile, tout est fragile, mais tout est don. Et si tout est don, tout est gratitude. L’écologie intégrale nous permet d’envisager le rapport au monde dans l’attitude du service du bien commun.

 

Et moi et moi, je peux y avoir ma place avec d’autres, par moi, mais pas pour moi seul, mais aussi pour les autres, comme pour tous les autres. Et tous pour Dieu, car Dieu pour tous. Dans l’approche de l’écologie, il faut de la créativité.

 

La différence entre les créatifs de l’écologie comme dans tout autre domaine et les répétitifs est importante, et leur succession est indispensable. C’est que les premiers ouvrent la voie, sans forcément être de véritables meneurs et ceux qui suivent, ne font qu’appliquer le processus. 

 

Pour cela il faut d’abord demander aux doux rêveurs de s’exprimer, puis sans trop s’appesantir passer aux artistes de tout genre que je qualifierais de poètes qui transcendent car transforment. Qui, comme les musiciens, font voyager de façon sonore, qui comme les sculpteurs, dans cet amas de cellules et de matières inanimées arrivent à faire connaître voire reconnaître la stature de la création nouvelle. Dès maintenant sur terre.

 

L’écologie intégrale a de l’avenir si elle se transforme en véritable écologie spirituelle. D’une révolution industrielle à une autre écologique il n’y a qu’un pas. Il y va du bien-être de tous, et cela suppose une transition lente mais profonde et efficace. Sans arrangement ni concession, mais en vérité et pour une commune ascension.